vendredi 21 septembre 2007
Riding Alone
Riding Alone de Zhang Yimou, 2005 Avec Ken Takakura, Küchi Nakai, Shinobu Terajima
Alors que son fils Kenichi est mourant et qu’il refuse de le voir, Takata, son père, va parcourir des milliers de kilomètres et tout mettre en œuvre pour exaucer son dernier rêve…
Hôpital de Shinjuku, Japon. Un dénommé Kenichi est en phase terminale d’un cancer. En froid depuis des années avec son père, il ne souhaite pas le voir. La femme de Kenichi lui donne alors une cassette vidéo dans laquelle est exposée les arts populaires chinois de la région du Yunnan. Ces arts sont le violon d’Ingres de son fils mourant. Takata réfléchit alors longuement à ce qu’il pourrait faire pour son fils dans ses derniers instants de vie.
Sur la cassette vidéo Kenichi avait promis à un acteur de théâtre de revenir l’année d’après pour filmer sa pièce intitulé « Parcourir seul un millier de kilomètre » référence à l’époque des Trois Royaumes et à un personnage en particulier : le célèbre Guan Yu. Takata pensant qu’il s’agit là d’une occasion unique pour faire plaisir à son fils, il décide de partir pour la Chine direction le Yunnan. Accompagné d’un interprète, Takata sillonne la région et s’engage vers la petite ville de Lijiang où fut tournée le film de son fils.
Il retrouve par chance les lieux de la pièce de théâtre mais est confronté malheureusement a une difficulté qui semble être au-dessus de ses moyens : l’acteur Li Jiamin qui incarnait le seigneur Guan est passé par la case prison pour avoir trop bu et engagé sa responsabilité. Or Li Jiamin est un talent unique, sa voix, son incarnation du personnage sont bien au-delà de toutes les performances de ses collègues de théâtre. Takata ne veut donc que lui, ce qui semble compromis. Le père de Kenichi se sent impuissant dans un pays dont il ne connaît rien et dont il
ne parle pas la langue. Il va tout faire pour avoir les faveurs de Li Jiamin, même si celui-ci croupit en cellule. Mais tourner un film pour son fils dans une prison chinoise n’est pas chose facile. Humble et enfouissant ses sentiments derrière sa culture japonaise il ne peut cependant s’empêcher de fondre en larmes devant les autorités chinoises, sa seule chance de rendre une dernière fois son fils heureux avant son voyage vers les aïeux… Miracle ! Oui, il s’agit bien d’un miracle, je dirais même plus : il s’agit d’un film de Zhang Yimou. Ce dernier que l’on croyait définitivement perdu dans les blockbusters commerciaux comme Hero ou la Cité Interdite, ressurgit dans le domaine du social pour nous surprendre avec Riding Alone. Même s’il ne s’agit que d’une parenthèse (puisque le cinéaste n’en a cure depuis pour le social et préfère les grandes fresques reluisantes), Zhang Yimou nous rassure quelque peu sur ses compétences cinématographiques.
En voyage au Yunnan, province comptant plus de 25 ethnies différentes et facilement plus de 40 millions d’habitants, le Spielberg chinois, comme il aime se faire appeler, nous mène sur les traces d’un homme à la recherche de soi, à la recherche de sa famille, et qui, de surcroît, est de nationalité japonaise. Rares sont les films chinois avec un premier rôle nippon. On peut facilement imaginer qu’avec les relations tendues entre ces deux pays, il est difficile pour l’un comme pour l’autre de faire la politique de la main tendue. Alors que se prépare une batterie de longs métrages sur Nanjing et Harbin, deux villes martyres des atrocités japonaises de l’époque, Zhang Yimou, l’homme à qui l’on ne refuse rien, prend le risque de mettre l’excellent Ken Takata aux avants postes. Il profite de cette occasion pour brosser par de petits détails le portrait des différences culturelles qui séparent la Chine et le Japon.
Par exemple au Japon, il n’est pas possible pour un homme de montrer ses sentiments. L’épopée de Takata en Chine montrera à ce japona
is que les chinois n’ont pas peur de pleurer face aux autres, voir même d’exposer leurs faiblesses. Il dira de lui-même que cette capacité à se montrer sans masque est une composante essentielle de la dignité humaine, et porte ici une petite estocade à un peuple nippon qui a su souffrir sans le dire et qui cache encore aujourd’hui la plupart de ces plus grandes douleurs, génératrice d’une évanescence de la véritable pensée enfouit sous une politesse sans égale. D’ailleurs lorsque Takata versera de chaudes larmes face à la caméra, le cinéphile se doute bien de tout l’effort, de tout le poids de cet acte. Zhang Yimou laisse aussi apercevoir le milieu carcéral chinois même si l’on se doute bien de l’embellissement du domaine. Malgré cela, l’essentiel est là, dans un des moments les plus lacrymaux du long métrage où Li Jiamin revêtit ses habits de théâtre en pensant à son fils, loin de lui. C’est à partir de cette scène qu’on comprend que Zhang Yimou s’essaye à une triple lecture des relations père/fils entre Takata et sa progéniture, Li Jiamin et la sienne, et enfin entre Takata et le fils de Li Jiamin.
Ce contact privilégié avec les chinois laisse à Takata une doucereuse sensation, celle de la chaleur humaine qu’il ne connaissait pas et qu’il découvre lors d’un banquet organisé pour sa venue. Le réalisateur exploite alors les différences entre les niveaux de vie des deux pays pour accroître les disparités entre Takata et le petit diable de Li Jiamin. Cependant on reste quelque peu perplexe face à toute une complaisance niaise présente au long du film. En effet, les autorités locales sont montrés comme sensibles et accueillantes, la prison comme un bel hôtel (ou presque), les relations sino-japonaises au beau fixe, avec toujours un côté affectif renforçant le pathos déjà surexposé.
En définitive, même si Rid
ing Alone donne une image consensuelle de la Chine (la positive attitude ?), Zhang Yimou redonne de la prestance à sa filmographie. Mais pour combien de temps ? A la vue de la Cité Interdite et de son court métrage pour les 60 ans de Cannes, le cinéaste de la cinquième génération nous a bien berné. Cependant ce film étaye la nécessité aux chinois et aux japonais de se constituer un avenir commun. En cela, c’est déjà un bon point. Damien Paccellieri


















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Perdu a l'hotel dans ma campagne chinoise, je viens de finir de regarder ce film ... Quelle claque ! Magnifique. On est alors bien tente de faire des paralleles dans sa propre vie. rip
ps : un tres grand merci a vous pour la tenue de ce site merveilleux qui m'aide a entrouvrir en partie l'ame de ce peuple