mardi 25 septembre 2007

In the Mood for Love

In The Mood for Love de Wong Kar-wai, 2000
Avec Maggie Cheung, Tony Leung Chui-wai

Hong Kong, 1962. M. et Mme Chow emménagent dans leur nouvel appartement le même jour que leurs voisins, M. et Mme Chan. Sans comprendre comment cela a commence, Chow Mo-wan et Chan Li-zhen apprennent que leurs époux respectifs ont une liaison. Cette découverte les choque mais les rapproche. Ils se v
oient de plus en plus souvent et le voisinage commence à s'en apercevoir. Il semble n'y avoir aucune possibilité pour eux de vivre une relation amoureuse. Mais la retenue, les réserves émotionnelles de Mme Chan hantent M. Chow, qui voit ses sentiments changer.



Le cinéma chinois en pleine e
xpansion depuis le début des années 90 retrouve ici l'auteur génial de Chunking Express et son berceau, celui de Nos années sauvages pour aborder l'exiguïté d'une relation et la vertu de l'absence.

Hong-Kong, 1962, M. et Mme Chan emménagent dans l'appartement de Mme Suei, logeuse et joueuse invétérée spécialisée dans le commérage en tous genres, tandis que M. et Mme Chow font de même dans l'appartement voisin. Jusque là, rien d'extraordinaire ! Jusqu'au jour où M. Chow et Mme Chan apprennent que leurs époux respectifs ont une liaison.
Récit d'adultère bien ordin
aire me direz-vous.

Mais c'est sans compter la magie du cinéma de Wong Kar-wai qui transcende finalement la quotidienneté des relations et nous donne à voir l'autre côté du miroir. Ce n'est pas aux époux adultères qu'il s'intéresse, ceux-ci n'existent d'ailleurs que par leurs voix, la mise en scène habile les cachant toujours aux yeux du spectateur.

Au contraire, il va peindre l'amitié troublante qui se tisse entre M. Chow et Mme Chan trahis par leur trop grande confiance (en eux et en leurs mariages).
Et c'est un cinéma sombre, tamisé à la lumière caressante des rues et des corridors, resserré au corps comme une de ces robes cham
arrées à la mode qui galbent Mme Chan que nous propose le réalisateur.
Il dit vouloir être comme
Hitchcok, " un cinéaste de la maîtrise ", il l'est sans conteste. Seule une mise en scène aussi soignée, un montage aussi réfléchi peut mettre en valeur deux acteurs extraordinaires : Tony Leung (prix d'interprétation, Cannes 2000) et Maggie Cheung dans son premier vrai rôle de femme secrète, altière et si fragile en soi.

Tout le film est un prélude à l'amour où une main caressée, une confidence arrachée, un baiser volé, un souffle retenu sont autant de signes qui concourent à témoigner d'une idylle naissante mais que les deux protagonistes se refusent à accepter. Jusqu'au moment où M.Chow avouera ses sentiments à sa compagne des heures oisives lorsqu'il aura vu les siens changer également. Ils verront alors que tout n'est pas aussi simple que dans les romans de chevalerie qu'ils écrivent ensembles, à l'abri des médisances : " les choses arrivent sans qu'on s'en aperçoive ". Tout dans cette œuvre est le fruit d'un subtil jeu de non-dits, d'équivoques et de coïncidences soulignés par une construction récurrente et une mise en abîme : La même scène jouée deux fois sous deux angles différents, acteurs jouant leurs propres rôles ou ceux de leurs alter ego. Jusqu'à l'issue du film où le choix est laissé au spectateur : "A travers une fenêtre poussiéreuse, il regardait le passé qui lui semblait flou et indistinct ".

Les temples bouddhiques du Cambodge apparaissent ici comme un intermède nous rappelant que tout n'est qu'impermanence sur Terre. Le fruit d'un amour qui aura été jusqu'à Singapour sera sûrement à voir dans cette jeune tête brune que l'on aperçoit encore de dos. Pour que l'on n'y reconnaisse pas les yeux de son père ? Néanmoins tout se finit là où tout a commencé, le cycle s'étant refermé, il laisse une porte ouverte sur l'avenir.

Maggie Cheung est cette actrice qui, d'un sourire, d'une larme à su nous émouvoir autant que Tony Leung nous impressionne par sa quiétude tumultueuse, sa frénésie flegmatique. L'art d'exister sans en faire trop. C'est un nouveau couple qui vient de s'inscrire au fronton des studios chinois.
Un couple qui restera dans les mémoires aussi brûlant et volatile que l'icône de l'amour qu'ils véhiculent.


Vianney Meunier

(2001)

Publié par damien à 12:03

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