mercredi 26 septembre 2007
Dix Mille Foyers de Lumiere
Dix Mille Foyers de Lumière de Shen Fu, 1948Avec Lan Ma, Wu Yin, Shangguan Yunzhu
Présenté en ouverture du cycle de Shanghai des années 30 et 40 à la Cinémathèque française, Dix Mille Foyers de Lumière nous présente Hu Zhiqing et toutes les difficultés qu’il va connaître en compagnie de sa famille.
Zhiqing travaille dans une entreprise réputé de Shanghai et gagne honorablement sa vie mais les temps sont difficiles, le prix des matières indispensables à la vie quotidienne ne cesse d’augmenter. Avec sa femme et sa fille Ni Ni, le quotidien est toutefois assez agréable dans leur petite maison louée. Malheureusement dans la campagne chinoise, la situation n’est pas aussi belle qu’en ville : la pauvreté et les blessures de guerre empoisonnent encore la vie des ruraux.
D’ailleurs la maman de Zhiqing ainsi que toute sa famille souhaitent s’installer à Shanghai pour tenter de subvenir un peu mieux à leurs besoins insatisfaits.
Cependant Youlan, la femme de Zhiqing n’est pas favorable à la venue de sa belle mère. En pleine période de grossesse, Youlan préfère envoyer de temps à autre de l’argent et éviter leur arrivée dans leur modeste logement.
Mais il est trop tard, la maman de Zhiqing est déjà en chemin.
Zhiqing fait donc de son mieux pour l’accueillir avec le reste de sa famille : son deuxième fils, la femme de son deuxième fils et leur enfant. C’est à ce moment que la situation sociale et professionnelle de Zhiqing se détériore, à commencer par la perte de son emploi. Il hypothèque alors ses biens pour payer nourritures et loyers. Difficile ainsi d’assurer le train de vie d’une grande famille désormais réunit…
Datant de la dernière années avec 1949 où Shanghai constituait le cœur du cinéma chinois, Dix Mille Foyer de Lumière relate, comme de nombreuses œuvres de l’époque, des difficultés économiques de la Chine (1945 : sortie partielle de la guerre avec le Japon, 1945-1949 : guerre fratricide entre le Guomindang et le Parti Communiste) pour toute une frange de la population comme Zhiqing qui ne peut malheureusement faire face à ce chaos qui emporte avec lui de nombreuses familles.
Longtemps Shanghai occupera le statut de ville meurtrit car les communistes y voient l’incarnation de la déchéance et du déshonneur de la Chine, métropole aux concessions étrangères, mode de vie à l’occidental, bastion d’un capitalisme débridé.
La ville restera en porte à f
aux jusqu’à la nomination de Jiang Zemin à la mairie puis bien des années plus tard à son accès aux magistratures suprêmes, favorisant alors le développement de la métropole et la choisissant comme berceau de la nouvelle économie chinoise (même si Deng Xiaoping y faisait déjà allusion). Mais revenons à l’époque du long métrage. Le réalisateur Shen Fu fait de son film une œuvre capitonnée, un vase clos dans le cadre du foyer familial et du lieu de travail, sans jamais se risquer à sortir si ce n’est pour montrer l’industrialisation de Shanghai ou la vitalité d’une cité encore aux abois.
Si le film risque de lasser en surexposant un misérabilisme omniprésent, Shen Fu exploite parfaitement le monde du travail et les relations professionnelles afin de laisser respirer sa structure narrative.
Avec la perte de son emploi, la tension entre Zhiqing et Youlan est de plus en plus palpable jusqu’à alterner le caractère pourtant si gentille (même les si les traits du visage sont parfois trop tirés) de cette dernière.
De toutes ces pérégrinations où la grand-mère, clé de voûte de la famille, apporte au long métrage une sensibilité et une force de caractère essentielles, le réalisateur en tire de nombreux essais techniques : bascule de la caméra, jeux de plans renforçant le pathos de la situation sociale de Zhiqing, superposition d’images avec la thématique du cadenas, plan de foule avec la rixe dans le bus, clin d’œil avec le chat, spectateur et victime des aléas de la vie, …en résumé, des essais convaincants pour la plupart même si on dénote parfois une trop grande légèreté dans leurs utilisations.
Enfin, si certains chapitres familiaux et humoristiques sont également réussis, on regrettera toutefois le consensualisme du long métrage étayé par un message de fin paradoxal, se résumant à « c’est l’époque qui veut ça ».
On a bien envie de dire à Shen Fu qu’avec tout ce que cette famille a enduré, les raisons sont bien plus perplexes. Mais le réalisateur n’en fait pas son cheval de bataille, dommage.
Ainsi Dix Mille Foyers de Lumière n’est peut être pas une œuvre essentielle du cinéma chinois mais s’avère très enrichissante et doté d’une prestation d’acteur exemplaire. Un film très représentatif de cette fin de règne du cinéma de Shanghai.
Présenté en ouverture du cycle de Shanghai des années 30 et 40 à la Cinémathèque française, Dix Mille Foyers de Lumière nous présente Hu Zhiqing et toutes les difficultés qu’il va connaître en compagnie de sa famille.
Zhiqing travaille dans une entreprise réputé de Shanghai et gagne honorablement sa vie mais les temps sont difficiles, le prix des matières indispensables à la vie quotidienne ne cesse d’augmenter. Avec sa femme et sa fille Ni Ni, le quotidien est toutefois assez agréable dans leur petite maison louée. Malheureusement dans la campagne chinoise, la situation n’est pas aussi belle qu’en ville : la pauvreté et les blessures de guerre empoisonnent encore la vie des ruraux.
D’ailleurs la maman de Zhiqing ainsi que toute sa famille souhaitent s’installer à Shanghai pour tenter de subvenir un peu mieux à leurs besoins insatisfaits.
Cependant Youlan, la femme de Zhiqing n’est pas favorable à la venue de sa belle mère. En pleine période de grossesse, Youlan préfère envoyer de temps à autre de l’argent et éviter leur arrivée dans leur modeste logement.
Mais il est trop tard, la maman de Zhiqing est déjà en chemin.Zhiqing fait donc de son mieux pour l’accueillir avec le reste de sa famille : son deuxième fils, la femme de son deuxième fils et leur enfant. C’est à ce moment que la situation sociale et professionnelle de Zhiqing se détériore, à commencer par la perte de son emploi. Il hypothèque alors ses biens pour payer nourritures et loyers. Difficile ainsi d’assurer le train de vie d’une grande famille désormais réunit…
Datant de la dernière années avec 1949 où Shanghai constituait le cœur du cinéma chinois, Dix Mille Foyer de Lumière relate, comme de nombreuses œuvres de l’époque, des difficultés économiques de la Chine (1945 : sortie partielle de la guerre avec le Japon, 1945-1949 : guerre fratricide entre le Guomindang et le Parti Communiste) pour toute une frange de la population comme Zhiqing qui ne peut malheureusement faire face à ce chaos qui emporte avec lui de nombreuses familles.
Longtemps Shanghai occupera le statut de ville meurtrit car les communistes y voient l’incarnation de la déchéance et du déshonneur de la Chine, métropole aux concessions étrangères, mode de vie à l’occidental, bastion d’un capitalisme débridé.
La ville restera en porte à f
aux jusqu’à la nomination de Jiang Zemin à la mairie puis bien des années plus tard à son accès aux magistratures suprêmes, favorisant alors le développement de la métropole et la choisissant comme berceau de la nouvelle économie chinoise (même si Deng Xiaoping y faisait déjà allusion). Mais revenons à l’époque du long métrage. Le réalisateur Shen Fu fait de son film une œuvre capitonnée, un vase clos dans le cadre du foyer familial et du lieu de travail, sans jamais se risquer à sortir si ce n’est pour montrer l’industrialisation de Shanghai ou la vitalité d’une cité encore aux abois.Si le film risque de lasser en surexposant un misérabilisme omniprésent, Shen Fu exploite parfaitement le monde du travail et les relations professionnelles afin de laisser respirer sa structure narrative.
Avec la perte de son emploi, la tension entre Zhiqing et Youlan est de plus en plus palpable jusqu’à alterner le caractère pourtant si gentille (même les si les traits du visage sont parfois trop tirés) de cette dernière.
De toutes ces pérégrinations où la grand-mère, clé de voûte de la famille, apporte au long métrage une sensibilité et une force de caractère essentielles, le réalisateur en tire de nombreux essais techniques : bascule de la caméra, jeux de plans renforçant le pathos de la situation sociale de Zhiqing, superposition d’images avec la thématique du cadenas, plan de foule avec la rixe dans le bus, clin d’œil avec le chat, spectateur et victime des aléas de la vie, …en résumé, des essais convaincants pour la plupart même si on dénote parfois une trop grande légèreté dans leurs utilisations.
Enfin, si certains chapitres familiaux et humoristiques sont également réussis, on regrettera toutefois le consensualisme du long métrage étayé par un message de fin paradoxal, se résumant à « c’est l’époque qui veut ça ». On a bien envie de dire à Shen Fu qu’avec tout ce que cette famille a enduré, les raisons sont bien plus perplexes. Mais le réalisateur n’en fait pas son cheval de bataille, dommage.
Ainsi Dix Mille Foyers de Lumière n’est peut être pas une œuvre essentielle du cinéma chinois mais s’avère très enrichissante et doté d’une prestation d’acteur exemplaire. Un film très représentatif de cette fin de règne du cinéma de Shanghai.
Damien Paccellieri


















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