jeudi 19 juillet 2007
The World
The World de Jia Zhang-ke, 2004Avec Zhao Tao, Chen Taisheng, Jing Jue
Premier film de Jia Zhang-ke à se voir avaliser par les autorités officielles, The World marque un tournant dans l’actuel développement cinématographique chinois.
En effet, il n’était pas concevable pour un cinéaste indépendant comme Jia Zhang-ke de réaliser un long métrage sous les regards castrant du pouvoir en place, Wang Xiaoshuai en avait déjà fait les frais avec So Close to Paradise. Cependant l’idée avait fait son bout de chemin grâce à un relatif assouplissement des organes internes du Bureau des Films comprenant que ces talents du cinéma chinois réussissaient à se faire remarquer dans les grands festivals internationaux.
Pour Jia Zhang-ke l’enjeu fut des plus simples : après avoir été coupé de son public naturel, ce film était l’occasion de fêter ses retrouvailles avec les chinois puisque ces œuvres n’avaient pas été autorisées en Chine (même si ça circulait sous le manteau).
A travers les différences culturelles observées, ce haut lieu pékinois offre une panoplie de petits boulots relevés par Jia Zhang-ke dès les premières minutes lorsque Xiao Tao cherche un pansement à travers une série de longs couloirs habités par une flopé de presdigitateurs les plus divers.
Dès lors le cinéaste ne s’arrête plus dans sa démarche d’abattre les représentations et laisse jaillir des situations sociales habilement mises en scène.
Le début du long métrage est même d’une résonance folle dans l’observation d’un vieil homme ramassant des bouteilles vides, seul travail possible pour se nourrir à son âge avancé, sans protection sociale, sans espoirs de vivre une fin de vie heureuse.
« Je fais le tour du monde sans quitter Pékin. »
Cette idée ancrée et martelée dans la conscience des employés du parc est peut être la seule qui leur donne encore un peu d’espoir surto
ut lorsque lesdits employés en sortent pour retrouver le climax de la capitale. Dans cet appel au monde, Jia Zhang-ke digitalise les relations sociales par la présence de scène en animation (lors d’un envoi de SMS) où les humains perdent progressivement en proximité pour gagner en distance grâce aux hautes technologies (Internet, téléphone portable..). Le réalisateur marque ainsi de son empreinte comme Hou Hsiao-hsien l’avait fait avant lui, une césure dans les relations sentimentales de la jeunesse en rapport au temps..
« Tu me donnes un jour, je te donne le monde. »
Alors que certaines filles russes venues pour travailler dans le parc se sont échappées pour terminer en filles de plaisir dans un bar karaoké, d’autres se meurent sur les chantiers où parents et familles viennent toucher le maigre butin offert au décès de leurs chairs. L’avenir semble alors bien terne pour tout un pan de la population urbaine qui gît ici, aux portes du monde…
« Est-ce qu’on est mort ? Non c’est juste le début. »
En effet The World marque le début d’une nouvelle transformation de la jeunesse, même si celle-ci se situe dans un parcours évolutif depuis le milieu des années 80.
Jia Zhang-ke lance des regards sur la société, où ce parc, telle une prison sentimentale moderne, reflète la sensibilité d’une génération décalée, dépassée par sa réalité.
Les derniers instants du lo
ng métrage, comme une dernière figure contemplative, signée d’une musique de Lim Giong, laissent croire en une Chine qui veut changer, qui peut changer, tout en laissant trépasser une jeunesse sans grands desseins d’avenirs. The World est donc à coup sûr, une réflexion essentielle doublée d’un acte symbolique dans la carrière encore jeune de Jia Zhang-ke. C’est enfin un long métrage à se procurer aussi pour le documentaire présent sur l’édition mk2, portrait d’un futur grand du cinéma mondial.
En effet, il n’était pas concevable pour un cinéaste indépendant comme Jia Zhang-ke de réaliser un long métrage sous les regards castrant du pouvoir en place, Wang Xiaoshuai en avait déjà fait les frais avec So Close to Paradise. Cependant l’idée avait fait son bout de chemin grâce à un relatif assouplissement des organes internes du Bureau des Films comprenant que ces talents du cinéma chinois réussissaient à se faire remarquer dans les grands festivals internationaux.
Pour Jia Zhang-ke l’enjeu fut des plus simples : après avoir été coupé de son public naturel, ce film était l’occasion de fêter ses retrouvailles avec les chinois puisque ces œuvres n’avaient pas été autorisées en Chine (même si ça circulait sous le manteau).
Le chef de file de la sixième génération rompit ainsi avec la tradition « indépendantiste » du cinéma chinois pour pactiser avec ceux dont la politique les diabolisait. De ce fait, Jia Zhang-ke se prit de nombreuses critiques de la part des cinéastes indépendants chinois, notamment du côté des documentaristes et des budgets low-cost qui croyaient fermement en sa corruption. Mais Jia Zhang-ke exploita brillamment son projet et se tourna vers l’u
n des plus curieux parcs de Chine, appelé The World, où les chinois peuvent y voir les plus beaux monuments du monde en taille réduite. En résumé, comment visiter le monde sans avoir quitter son pays, ce qui pourrait se traduire en Chine par « pas besoin d’aller voir les autres, nous le ferons à votre place». Cependant, il faut aussi y voir un divertissement pour le peuple chinois qui n’a pas forcément les moyens de visiter la Tour Eiffel ou le Vatican.
n des plus curieux parcs de Chine, appelé The World, où les chinois peuvent y voir les plus beaux monuments du monde en taille réduite. En résumé, comment visiter le monde sans avoir quitter son pays, ce qui pourrait se traduire en Chine par « pas besoin d’aller voir les autres, nous le ferons à votre place». Cependant, il faut aussi y voir un divertissement pour le peuple chinois qui n’a pas forcément les moyens de visiter la Tour Eiffel ou le Vatican.A travers les différences culturelles observées, ce haut lieu pékinois offre une panoplie de petits boulots relevés par Jia Zhang-ke dès les premières minutes lorsque Xiao Tao cherche un pansement à travers une série de longs couloirs habités par une flopé de presdigitateurs les plus divers.
Dès lors le cinéaste ne s’arrête plus dans sa démarche d’abattre les représentations et laisse jaillir des situations sociales habilement mises en scène.
Le début du long métrage est même d’une résonance folle dans l’observation d’un vieil homme ramassant des bouteilles vides, seul travail possible pour se nourrir à son âge avancé, sans protection sociale, sans espoirs de vivre une fin de vie heureuse.
« Je fais le tour du monde sans quitter Pékin. »
Cette idée ancrée et martelée dans la conscience des employés du parc est peut être la seule qui leur donne encore un peu d’espoir surto
ut lorsque lesdits employés en sortent pour retrouver le climax de la capitale. Dans cet appel au monde, Jia Zhang-ke digitalise les relations sociales par la présence de scène en animation (lors d’un envoi de SMS) où les humains perdent progressivement en proximité pour gagner en distance grâce aux hautes technologies (Internet, téléphone portable..). Le réalisateur marque ainsi de son empreinte comme Hou Hsiao-hsien l’avait fait avant lui, une césure dans les relations sentimentales de la jeunesse en rapport au temps..« Tu me donnes un jour, je te donne le monde. »
Alors que certaines filles russes venues pour travailler dans le parc se sont échappées pour terminer en filles de plaisir dans un bar karaoké, d’autres se meurent sur les chantiers où parents et familles viennent toucher le maigre butin offert au décès de leurs chairs. L’avenir semble alors bien terne pour tout un pan de la population urbaine qui gît ici, aux portes du monde…
« Est-ce qu’on est mort ? Non c’est juste le début. »
En effet The World marque le début d’une nouvelle transformation de la jeunesse, même si celle-ci se situe dans un parcours évolutif depuis le milieu des années 80.
Jia Zhang-ke lance des regards sur la société, où ce parc, telle une prison sentimentale moderne, reflète la sensibilité d’une génération décalée, dépassée par sa réalité.
Les derniers instants du lo
ng métrage, comme une dernière figure contemplative, signée d’une musique de Lim Giong, laissent croire en une Chine qui veut changer, qui peut changer, tout en laissant trépasser une jeunesse sans grands desseins d’avenirs. The World est donc à coup sûr, une réflexion essentielle doublée d’un acte symbolique dans la carrière encore jeune de Jia Zhang-ke. C’est enfin un long métrage à se procurer aussi pour le documentaire présent sur l’édition mk2, portrait d’un futur grand du cinéma mondial.Damien Paccellieri


















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