vendredi 27 juillet 2007

The Postmen in the Mountains

Postmen in the Mountains de Huo Jianqi, 1999
Avec Liu Ye, Ten Runjun, Chen Hao

En Chine, un vieux facteur qui parcourt la région montagneuse de Hunan est sur le point de prendre sa retraite. Son fils lui succède et apprend alors le rude métier de facteur…






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Voilà une valeur étalon de ce que le cinéma chinois continental peut offrir de mieux. On croyait cette cinématographie perdue entre le trop populaire et commercial Zhang Yimou, le trop imbu de sa personne Chen Kaige et le jeune mais talentueux Jia Zhang-ke. C’est avec des longs métrages comme Postmen in the Mountains de Huo Jianq
i (déjà réalisateur de Life Show, A Time to Love), Spring Subway de Zhang Yibai ou plus récement le Mariage de Tuya de Wang Quan’an que la génération DV et celles des électrons libres semblent enfin prendre son envol. Certains d’entre eux ont fait le pari de garder le cinéma chinois dans son intégrité culturelle. Et tel est le cas de Huo Jianqi avec Postmen in the Mountains.

Nous suivons les aventures d’un facteur proche de la retraite qui lègue à son fils ce difficile métier. Dans la région de Hunan, connue pour ses superbes montagnes et ses chemins escarpés, vivent de petits villages chinois de diverses cultures et ethnies avec en commun le même amour de la nature. Le facteur doit en connaître chaque habitant et chaque habitude, comme cette vieille femme dont le fils est parti à la ville sans plus jamais donner de nouvelles et dont il est la seule chose qui la tient encore en vie, pleine d’espoir qu’un jour, elle puisse le revoir. Il se doit aussi d’apprécier la nature qui l’entoure, ses dangers insoupçonnés, ses magnifiques ruisseaux à traverser et ses quelques murs de terre à escalader. Fidèle à son poste, il doit apporter les nouvelles et l’actualité aux habitants coupés du monde par ces montagnes. De la grand-mère à l’étudiant qui attend ses résultats, le facteur le gardien sacré de ces courriers si précieux.

Le fils prend alors la relève d’un père vieillissant et commence son apprentissage des rudiments et des subtilités de ce métier. Alors que son paternel était tous les jours sur les sentiers, ce dernier n’a pas eu la chance de la connaître vraiment et ce passage de relais est le rendez vous propice à la découverte de ces deux membres de la même famille.
Au cours de ce long voyage accompagné par Buddy leur fidèle chien, les deux facteurs, l’ancien et le nouveau, vont brasser leur histoire, leurs découvertes et leurs vies dans les montagnes de Hunan … Postmen in the Mountains est un long métrage incontournable. Alliant tradition, nature, quête identitaire et analyse sociale, le réalisateur ne manque pas de confectionner en 1 h 30 l’un des plus beaux films chinois. L’essence même de l’œuvre se retrouve dans la nature. Qu’elles soient montagneuses, forestières ou rurales, Huo Jianqi nous emporte dans la région des brumes.

Ici tout se fait à pied et si King Hu était un maître dans la prise des cadres naturistes, la succession est ouverte par Huo Jianqi nous déléguant un sublime voyage environnemental et vierge de quasi tout modernisme. Ce dernier point est justement un outil essentiel à la démarche sociale de l’auteur. En effet, à plusieurs reprises le modernisme environnant vient se frotter aux traditions locales. Ainsi, le fils connaît déjà la radio alors que son père ne supporte pas cette boîte à musique. L’autocar passant au loin montre que des transports collectifs se sont mis en place mais le vieux facteur, issu de l’ancienne génération, préfère fouler la terre malgré ses rhumatismes aux genoux. Le réalisateur montre au final ce que le père cherche à préserver : son bonheur dans la montagne, loin de toute trace technologique de la ville. Cette tradition étayée par la présence du chien Buddy. Fidèle parmi les fidèles, il a pour mission d’avertir les habitants de la présence du facteur et de guider nos aventuriers postaux au sein de la mère nature.

Comme Buddy était le chien du père, celui-ci le pousse lors de sa retraite à rejoindre son fils et à le guider dans les montagnes. Un passage de témoin synonyme d’une piété filiale, de la préservation des traditions.
Accoutumés aussi à vivre isolés de toute autre population, certains peuples comme les Dong, (ethnie des régions du sud) animent leurs villages de leurs danses festives autour du feu, où les filles rencontre au clair de lune les garçons du village, séculaire habitus matrimonial.

D’autres thèmes comme la quête identitaire est au centre de Postmen in the Mountains. Ici, le fils souhaite devenir facteur sans connaître réellement le patriarche de sa famille. Ce dernier souffre physiquement depuis des années et montre bien plus ses faiblesses que les qualités d’un père infaillible comme le voit tous les petits garçons. Son fils grandit et avec le temps sa recherche d’une propre identité devient essentielle.

Pour lui, choisir le métier de fa
cteur, c’est croire un jour à la reconnaissance de l’État en tant que membre de son administration. Malheureusement cela n’arrivera pas à son père, et seuls quelques mercis et de petits adieux lui seront donnés en fin de carrière. Si modeste qu’il soit, le père est déçu du manque de reconnaissance par ses supérieurs. Porter sur le dos un sac aussi lourd qu’un homme dans les montagnes dangereuses du Hunan n’est pas chose facile.

Mais le fait que de nombreux interludes sont contés en voix off par le fils, nous offre la chance, petit à petit, de découvrir tout comme lui son père. Tout cet ensemble se rattache à une douce critique de certains éléments étatiques et démographiques. Cela commence par fustiger le corps administratif qui, en plus d’être corrompu, se permet de ne pas reconnaître les mérites d’un homme. Puis lors d’une sortie, le facteur rend une visite personnelle à la vieille grand-mère qui n’a plus de nouvelles de son fils parti à la ville. Ici, le réalisateur met en exergue l’abandon des campagnes pour les villes et celui des personnes âgées laissées pour compte par la nouvelle génération. Les problèmes économiques sont aussi de la partie lors d’une très belle scène entre le facteur et les enfants du village. On découvre alors qu’il n’y a qu’un seul l’instituteur désireux de ne pas rester dans ce village pour plus d’une cinquantaine d’enfants. Tous ces sujets développés dans Postmen in the Mountains s’imbriquent avec succès par le talent naturaliste du cinéaste régalant nos rétines de la première à la dernière minute. On se laisse bercer tendrement par cette comptine chinoise et par sa musique traditionnelle nous délestant, un instant, de nos turpitudes habituelles.

Teng Rugi, acteur prodigieux dans le rôle du père, récompensé comme meilleur acteur chinois grâce à ce film, montre tout son naturel, son expérience, ses joies et ses pleurs. Encore trop peu connu dans nos contrées, on peut le retrouver dans la série ‘Yi en ian Yi en ian’ (Année après année) qui conte la vie de deux familles chinoises, membres après membres et années après années de 1949 aux années 90.
Il absorbe absolument toutes les autres interprétations même celle de son fils, Liu Ye, alors jeune premier à la carrière aujourd’hui fabuleuse, et aussi celle de la célèbre Chen Hao, sous les traits de la fille amoureuse du peuple Dong.


Rien ne peut être retenu à charge à ce long métrage : de la technique artistique aux idées traditionnelles, de la prestation des acteurs à la nature flamboyante, tout est synonyme de réussite cinématographique. Postmen in the Mountains est donc un formidable long métrage si juste à nos cœurs qu’il en devient une œuvre incontournable du cinéma chinois.

Damien Paccellieri

Publié par damien à 12:16

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un de mes premiers gros coup de coeurs dans le cinéma mainland, très émouvant.

Publié par Anonymous chronofixer à 27 juillet 2007 13:29 #
 

c'est clair. Un très grand film chinois.

Publié par Blogger damien à 28 juillet 2007 12:21 #
 
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