samedi 21 juillet 2007
Desert Dream
Desert Dream de Zhang Lu, 2006Avec Suh Jung, Osor Bat-Ulzii, Shin Dongho, Munkhijiin
Un homme mongol lutte pour préserver la steppe du désert qui ne cesse de prendre du terrain. Sa femme et sa fille le quitte car elles ne croient plus en sa réussite. Un soir, une nord coréenne et son fils se présentent à lui et vont changer sa manière de voir son combat…
Auréolé pour ce long métrage d’une sélection à Berlin 2007, Zhang Lu signe une digne succession à Grain in Ear, son précédent long métrage, mais marque peut être aussi une répétition cinématographique dangereuse, entre marque de fabrique et pénurie d’énergie.
Avec cette immuable méthode rêche, sociale et philosophique du cinéaste, Hyazgar, nom mongol du film, s’ouvre sur une plantation dans le désert, seul remède à l’avancée du sable qui foule la steppe de ses rafales aveuglantes.
Hungai, l’homme à l’origine de cette plantation, lutte contre la désertification depuis de nombreuses années, ce qui lui vaut le respect des populations environnantes, et la défiance de sa femme délaissée par cette mission qu’il s’est imposé. Sa fille a de sérieux problèmes d’auditions qui doivent être soignés à la ville, loin de leur yourte familiale.
Et comme elle, la steppe va de plus en plus mal, mais têtu comme il l’est, Hungai choisira ses terres plutôt que sa progéniture. Sa famille se tourne alors vers la ville, exode rural couplé à des raisons médicales.
C’est ainsi que la solitude et l’alcool deviennent ses seul amis de fortune. Mais lors d’une nuit éclairée de sa plus belle lune, une femme nord coréenne accompagnée de son fils viennent le trouver pour s’abriter sous sa yourte, le temps d’une escale sur ces terres d’un des feu plus grands peuples d’Asie.
De langues différentes, Hungai et ses invités apprennent tout de même à se connaître et luttent ensemble face à la progression lente et inexorable du désert…
Zhang Lu, réalisateur venu au cinéma un peu par hasard ne se contente pas seulement d’aborder un thème écologique très intéressant, il détrousse aussi une thématique ethno-sociale encore mystérieuse, sur ce peuple de nomades conjugués à ses origines coréennes représentées ici par ces migrant nord coréens.
Hungai, le personnage principal du long métrage, est un homme au caractère bien trempée, comme son corps pétrit pour les temps rudes, qui ne laissera rien le détourner de son but. Dans ce combat de tous les jours, Zhang Lu exprime avec sensibilité toutes les difficultés de la vie en steppe : du crotin de mouton pour alimenter le feu des poêles au lait de vache chauffé et réchauffé, on tombe dans un univers rustique bien différent de ce qu’il connaît.
La rencontre d’Hungai avec les nords coréens change peu à peu sa perception messianique de sa quête. Il retrouve une nouvelle « famille », plus à même d’appréhender son mode de vie.
Mais c’est aussi une sorte d’échange de bons procédés des nords coréens pour le remercier de sa chaleureuse hospitalité.
Dans cet univers si particulier de la lutte contre la désertification des moments d’humour égaillent la dureté de ce panorama géographique où Hungai rencontre un homme mongol, tenancier d’une droguerie qui lui dit soudainement : « Je s
uis le seul à vendre les arbustes que tu plantes et tu le seul à m’en acheter. Si l’un de nous deux devait disparaître, nous perdrions tout deux notre métier ».
Cela renforce l’idée d’une lutte écologique éprouvante, et d’une vie traditionnelle.
Mais Hungai n’en démord pas et partage sa culture à ses invités comme ce flacon attaché aux fondations de la yourte pour la protéger des mauvais vents, ou bien encore ces fanions bleus repris du bouddhisme dont le mongol est éprit.
Cependant il y a comme un décalage entre cet homme qui vit le désert de sa vie, et ses nord coréens tourmentés par leurs vécus.
Connectés par leur rencontre, ils ne le sont plus lorsque les résurgences du passé viennent frappé à la porte de leurs mémoires.
Bien entendu, sur ce regard d’éthno-sociologue que le cinéaste aime à porter (notamment envers la minorité sino-coréenne), Zhang Lu greffe ses fondamentaux tel le rôle de l’homme dans la société, sa responsabilité dans la famille mais aussi la place d’un mère dans le cocon sociétal et sa trajectoire face aux hommes.
Le réalisateur embaume cela par des rictus cinématographiques, signature sur pellicule, dans sa manière de cadrer ses personnages en plan fixe puis caméra à l’épaule dans des moments purement symboliques, tout comme le cadrage des portes et des entrées, violons d’Ingres de Zhang Lu, lieu de tous les possibles, carrefour psychologique de ses personnages.
Il sait aussi se faire faussement subtile, à la manière d’un éléphant dans une boutique de porcelaines, lors du passage répété de ces chars de l’armée près de la yourte d’Hungai, héritage d’un pays tampon entre l’ex-URSS et la Chine communiste. D’ailleurs ne serait ce pas ce communisme inachevé et représenté par un superbe plan d’un bâtiment en construction qui rendrait Hungai si malade ?
Ainsi Zhang Lu donne une large focale de réflexions à ses spectateurs. Cependant la répétition de certains procédés cinématographiques, la maladresse de certaines idées exprimées (un pseudo viol se transforme en pseudo relation sentimen
tale) nous fera hésiter entre une véritable volonté de marquer ses films de sa griffe et un signe de faiblesse quant à sa capacité de renouvellement. De par sa longueur et son âpreté, Desert Dream saura en décourager certains, mais pourra aussi, et comme le suggère le culture bouddhiste, vous amener à faire en faire plusieurs fois le tour pour en comprendre toutes les facettes, prédicatrices pour Zhang Lu d’une cinématographie future encore plus intéressante.
Un homme mongol lutte pour préserver la steppe du désert qui ne cesse de prendre du terrain. Sa femme et sa fille le quitte car elles ne croient plus en sa réussite. Un soir, une nord coréenne et son fils se présentent à lui et vont changer sa manière de voir son combat…
Auréolé pour ce long métrage d’une sélection à Berlin 2007, Zhang Lu signe une digne succession à Grain in Ear, son précédent long métrage, mais marque peut être aussi une répétition cinématographique dangereuse, entre marque de fabrique et pénurie d’énergie.
Avec cette immuable méthode rêche, sociale et philosophique du cinéaste, Hyazgar, nom mongol du film, s’ouvre sur une plantation dans le désert, seul remède à l’avancée du sable qui foule la steppe de ses rafales aveuglantes.
Hungai, l’homme à l’origine de cette plantation, lutte contre la désertification depuis de nombreuses années, ce qui lui vaut le respect des populations environnantes, et la défiance de sa femme délaissée par cette mission qu’il s’est imposé. Sa fille a de sérieux problèmes d’auditions qui doivent être soignés à la ville, loin de leur yourte familiale.
Et comme elle, la steppe va de plus en plus mal, mais têtu comme il l’est, Hungai choisira ses terres plutôt que sa progéniture. Sa famille se tourne alors vers la ville, exode rural couplé à des raisons médicales.
C’est ainsi que la solitude et l’alcool deviennent ses seul amis de fortune. Mais lors d’une nuit éclairée de sa plus belle lune, une femme nord coréenne accompagnée de son fils viennent le trouver pour s’abriter sous sa yourte, le temps d’une escale sur ces terres d’un des feu plus grands peuples d’Asie.De langues différentes, Hungai et ses invités apprennent tout de même à se connaître et luttent ensemble face à la progression lente et inexorable du désert…
Zhang Lu, réalisateur venu au cinéma un peu par hasard ne se contente pas seulement d’aborder un thème écologique très intéressant, il détrousse aussi une thématique ethno-sociale encore mystérieuse, sur ce peuple de nomades conjugués à ses origines coréennes représentées ici par ces migrant nord coréens.
Hungai, le personnage principal du long métrage, est un homme au caractère bien trempée, comme son corps pétrit pour les temps rudes, qui ne laissera rien le détourner de son but. Dans ce combat de tous les jours, Zhang Lu exprime avec sensibilité toutes les difficultés de la vie en steppe : du crotin de mouton pour alimenter le feu des poêles au lait de vache chauffé et réchauffé, on tombe dans un univers rustique bien différent de ce qu’il connaît.
La rencontre d’Hungai avec les nords coréens change peu à peu sa perception messianique de sa quête. Il retrouve une nouvelle « famille », plus à même d’appréhender son mode de vie.
Mais c’est aussi une sorte d’échange de bons procédés des nords coréens pour le remercier de sa chaleureuse hospitalité.
Dans cet univers si particulier de la lutte contre la désertification des moments d’humour égaillent la dureté de ce panorama géographique où Hungai rencontre un homme mongol, tenancier d’une droguerie qui lui dit soudainement : « Je s
uis le seul à vendre les arbustes que tu plantes et tu le seul à m’en acheter. Si l’un de nous deux devait disparaître, nous perdrions tout deux notre métier ».Cela renforce l’idée d’une lutte écologique éprouvante, et d’une vie traditionnelle.
Mais Hungai n’en démord pas et partage sa culture à ses invités comme ce flacon attaché aux fondations de la yourte pour la protéger des mauvais vents, ou bien encore ces fanions bleus repris du bouddhisme dont le mongol est éprit.
Cependant il y a comme un décalage entre cet homme qui vit le désert de sa vie, et ses nord coréens tourmentés par leurs vécus.
Connectés par leur rencontre, ils ne le sont plus lorsque les résurgences du passé viennent frappé à la porte de leurs mémoires.
Bien entendu, sur ce regard d’éthno-sociologue que le cinéaste aime à porter (notamment envers la minorité sino-coréenne), Zhang Lu greffe ses fondamentaux tel le rôle de l’homme dans la société, sa responsabilité dans la famille mais aussi la place d’un mère dans le cocon sociétal et sa trajectoire face aux hommes.
Le réalisateur embaume cela par des rictus cinématographiques, signature sur pellicule, dans sa manière de cadrer ses personnages en plan fixe puis caméra à l’épaule dans des moments purement symboliques, tout comme le cadrage des portes et des entrées, violons d’Ingres de Zhang Lu, lieu de tous les possibles, carrefour psychologique de ses personnages.
Il sait aussi se faire faussement subtile, à la manière d’un éléphant dans une boutique de porcelaines, lors du passage répété de ces chars de l’armée près de la yourte d’Hungai, héritage d’un pays tampon entre l’ex-URSS et la Chine communiste. D’ailleurs ne serait ce pas ce communisme inachevé et représenté par un superbe plan d’un bâtiment en construction qui rendrait Hungai si malade ?
Ainsi Zhang Lu donne une large focale de réflexions à ses spectateurs. Cependant la répétition de certains procédés cinématographiques, la maladresse de certaines idées exprimées (un pseudo viol se transforme en pseudo relation sentimen
tale) nous fera hésiter entre une véritable volonté de marquer ses films de sa griffe et un signe de faiblesse quant à sa capacité de renouvellement. De par sa longueur et son âpreté, Desert Dream saura en décourager certains, mais pourra aussi, et comme le suggère le culture bouddhiste, vous amener à faire en faire plusieurs fois le tour pour en comprendre toutes les facettes, prédicatrices pour Zhang Lu d’une cinématographie future encore plus intéressante.Damien Paccellieri


















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