lundi 16 juillet 2007

CEO

CEO de Wu Tianming, 2002
Avec Li Zhongua, Shi Liang, Ma Yue

Wu Tianming est un cinéaste étonnant. Après
avoir été en porte à faux avec l’Etat chinois pour ses précédents films et ses activités à la tête des studios de Xi’an, le voici à la tête d’un long métrage à la gloire de la réussite entrepreunariale chinoise.
L’un des réalisateurs phares de la quatrième génération dans les années 80 se serait t’il convertit à l’économie de marché si chère à Deng Xiaoping ?
Tout commence en 1985 à Cologne lorsque dans une négociation commerciale difficile, Ling Min cherche à séduire la production allemande de réfrigérateurs. Les a
llemands sont très sceptiques quant aux possibilités et à la qualité de la fabrication chinoise.

Lors de cette opération, les chinois et les allemands tombent d’accord sur un partenariat si les chinois se soumettent aux normes de qualités germaniques.
Ling Min et ses amis relèvent le défi, mais ils ont peur de ne pouvoir tenir leur promesse tant les infrastructures et la main d’œuvre ouvrière chinoise semblent inadaptés à la production industrielle de ces produits de consommation.
Pour vérifier sur le terrain le professionnalisme des ho
mmes et la qualité de l’équipement chinois, une femme allemande se rend à l’usine et y découvre une situation tragicomique. La structure vient tout juste d’être refaite, nettoyée et peinte ; d’ailleurs la peinture est si fraîche qu’elle coule encore sur les murs.
Cependant ma
lgré le nombre foisonnant d’imperfection, l’envoyée allemande décide quand même d’y implanter leur future chaîne de production.
C’est une grande joie et une immense fierté pour tous les ouvriers chinois dans le besoin d’un emploi urgent.
Mais la joie est de court
e durée. Après quelques mois de production pour atteindre un volume quantitatif intéressant, Ling Min se rend compte que les réfrigérateurs sont truffés de défauts et donc non respectueux des normes allemandes. La production ne peut donc être commercialisé alors que les dettes de l’entreprise commence à se creuser.
Pour donner une leçon à ses ouvriers, Ling Min détruit et brûle tous les réfrigérateurs défectueux, fruit du travail collectif de ses employés.

Deng Xiaoping disait : « Le développement économique doit se réaliser tout en maintenant la qualité de production. »
Après la destruction de leu
r production, les ouvriers n’oublieront jamais ces paroles présidentielles restées célèbres.

Avec l’ouverture de la Chine et sa probable entrée dans l’Organisation Mondial du Commerce, Ling Min pense à construire un grand complexe pour son entreprise, même si cette opération est financièrement très risquée..
Les notables chinois visitent le terrain et y découvre le projet de construction. Face à ce travail d’Hercule, ils prennent tous la poudre d’escampette mise à part un investisseur américain. Celui-ci, d’une grande foi en l’avenir de cette entreprise chinoise, propose un partenariat où les américains financeraient la construction en échange du contrô
le à 51% des actifs de l’entreprise. Ling Min ne peut accepter une telle proposition exposant clairement toute perte de pouvoir sur son bébé et devenant à terme avec ses salariés les petites mains des américains.
Ling Min préfère refuser une telle avance, gage de pérennité économique et se concentre plutôt sur une vision stratégique lui permettent de trouver des partenaires chinois. En 1993, la commune de Qingdao lui accorde un prêt pour la construction alors que le régime de la structure est celle d’une entreprise collective (il existe 3 types d’entreprises en Chine : entreprise d’Etat, collective et privée). C’est alors le début d’une nouvelle ère industrielle pour une marque qui deviendra connue dans le monde entier sous le nom de Haier…

Ce film est un paradoxe à lui seul. Il y a à la fois tellement et si peu à dire ! Tellement parce que ce long métrage expose la volonté chinoise d’assouvir leur (future) suprématie économique mondiale en propulsant de grandes marques comme tous les pays occidentaux ont su le faire. Dans la même voie, il est très intéressant de découvrir le parcours de Zhang Ruimin (appelé Ling Min dans le long métrage), premier entrepreneur chinois à faire parler de lui hors de ses frontières et à mener à la réussite une entreprise dont rien ne laissait présager cela.

On peut aussi dire « Enfin ! ». Enfin un film à la gloire de l’économie chinoise, qu’on pourrait prendre comme un film de propagande mais qui n’est autre que la fierté d’un pays qui a subit toutes les pires insultes (coloniales, guerrières, ant
i-communistes). Alors cela apportera certainement du poil à gratter à tous les détracteurs internationaux qui s’apitoient sur les conditions ouvrières de ces chinois. Curieusement, ces mêmes personnes balayent rarement devant leurs portes quand il s’agit de parler de précarité dans leurs pays respectifs. Or, il est toujours plus facile de mettre son nez dans le système communiste chinois, véritable œil du cyclone pour toutes les démocraties du monde, que de faire les comptes d’un système d’économie capitaliste mondialisé où nous sommes responsables d’une large paupérisation : exploitation du continent africain, délocalisation massive dans les pays de l’est de l’Europe ou en Chine pour employer une main d’œuvre meilleur marché sans se soucier de leur conditions de vies, etc...

Par contre là où il y a peu
à dire, c’est dans la démarche artistique de Wu Tianming. Multipliant les excès nationalistes et les caricatures de personnages européens ou américains, le cinéaste a tout simplement réaliser un film d’Etat utile à la pensée économique chinoise actuelle mais complètement obsolète d’un point de vue cinématographique.
Wu Tianming se serait-il rach
eté une bonne conduite après tant d’années gâchées par le système ? Il n’y a qu’un pas pour se convertir à cette idée…

Damien Paccellieri

Publié par damien à 10:33

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