lundi 25 juin 2007

Made in Hong Kong

Made in Hong Kong de Fruit Chan, 1997
Avec Lee Chan-Sam, Li Wenbers, Tam Amy


Made in Hong Kong, révélation du festival des 3 Continents de Nantes a remporté le prestigieux HK Film Award, équivalent de nos césars. Le film est clairement inspiré des évènements de 1997, quand Hong Kong allait devoir rejoindre la Chine. Fruit Chan (The Longest Summer, Little Cheung), signe un étrange thriller où des adolescents marginaux fréquentent le milieu des triades. Dans un Hong Kong survolté, quelques mois avant la rétrocession des territoires à la Chine populaire, le jeune Mi-Août et son protégé Jacky, attardé mental à la carrure d’un lutteur, vivent de petites combines. Un jour Ah Ping, jeune fille atteinte d’une maladie incurable fait irruption dans la vie de Mi-Août et celui-ci s’obstine à croire qu’il peut la sauver s’il trouve de l’argent, quitte à commettre un crime.

Ah Fruit Chan ! Rien que le nom de ce réalisateur fera plaisir à toute la cinéphilie francophone, toujours assurée de passer un moment cinématographique inoubliable en sa compagnie.
Made in Hong Kong a fait la renommée en France du réalisateur chinois, sorti par Mk2, puis Jean Pierre Dionnet eu l’excellente idée de sortir par la suite Little Cheung et Durian Durian, deux autres monuments de sa filmographie.
Fruit Chan nous conte le désespoir de Mi-Août, un jeune hongkongais, médiocre élève qui quitta l’école pour traîner dans la rue où les règlements de compte font loi.
Depuis quelques temps, le jeune Mi-Août collecte les remboursements de dettes pour Mr Wing, un petit chef
de la mafia locale.

Il rencontre au cours de son travail une mère isolée avec sa fille qui ont contracté de fortes dettes. L’heure du remboursement a sonné mais la famille monoparentale n’a pas les moyens de l’honorer. Le jeune mi-Août remarque la fille (Ah Ping) et semble s’adoucir à sa rencontre.

Dans le même temps u
ne jeune fille hongkongaise se suicide du toit d’un immeuble. Jacky, l’ami de Mi-Août, récupère près de ce corps les lettres ensanglantées que tenait la défunte.
L’époque est difficile voir morose : Hong Kong ne va pas très bien. La maman endettée entretient de très mauvaises relations avec sa fille comme si cette tristesse sociale se répandait dans chaque famille, dans chaque foyer, dans chaque âme peuplant la ville.

Quand le jeune Mi-Août rentre dans son petit taudis, il fait des cauchemars de l’autre fille qui a mit fin à ses jours il y a peu. Il commence sérieusement à penser que les lettres de cette suicidée lui portent malheur.
Ah Ping vient alors le voir pour lui dire qu’elle est très malade et qu’elle va peut être mourir.
Mi-Août, Ah Ping et Jacky, trois adolescents perdus se donnent alors pour but de rendre les lettres aux parents de la défunte, et de parcourir la ville tout en s’imaginant grandir…mais le temps est compté pour Ah Ping et Mi-Août le sait

Comme nous le dit Thierry Jousse dans le bonus du long métrage, Fruit Chan a réalisé ce film avec des bouts de pellicules amassées un peu n’importe où, tout comme l’argent nécessaire à ce long métrage, emprunté à sa famille et ses amis. Quand on voit le résultat, on se dit qu’il en faudrait un peu plus de ces cinéastes qui se tentent au système D !
Made in Hong Kong est une pure merveille. Elle l’est pour son message très symbolique de cette période de transition. Peu de certitudes bradées pour une légion d’incertitudes dans cette ville qui ne sait pas ce que seront ses lendemains auprès de la sphère communiste.

A cette époque ou le tom-tom (« messager » téléphonique) était à la mode, Mi-Août semble tout aussi perdu que ses acolytes, car sortit du système scolaire avec une situation familiale catastrophique, seul lui restait les petites escroqueries et
les erreurs de jeunesses pour se donner une ligne de conduite.
Cependant ces erreurs peuvent vous mener loin, ce que connaîtront nos héros d’un jour…
A cette occasion, Fruit Chan marie la colorimétrie poussive de son long métrage avec des plans d’une beauté froide, d’un bleuté glaciale comme pour la scène du suicide jusqu’à l’entrecroisée avec l’église qui flatte notre pupille et qui resteront gravés dans nos mémoires.

Mais le cinéaste ne s’arrête pas lui puisqu’il donnera des sueurs froides par ses plans vertigineux de tours en béton dont il faut escarper les marches jusqu’au dernier étage, faute d’ascenseur.
Le cimetière, lieu de rendez vous et de pèlerinage pour les trois adolescents, est là aussi pourvu d’une cinématique de toute beauté. On se demande même où le réalisateur va-t-il chercher cela. La réponse tient probablement en ce que Fruit Chan connaît très bien sa ville et ses ruelles les plus secrètes.
Tout le long métrage est une ode à la découverte de Hong Kong et de son architecture unique. Des escaliers usés par l’âge à ce sentiment de vide et de crasse de certains couloirs sans issus, le réalisateur nous transporte en plein cœur des quartiers bitumeux de la métropole.

Il n’hésite pas non plus à exploiter la violence sociale et physique pour mieux exacerber ces sentiments de doutes qui assaillent la ville. On est très loin de la sensualité et de la beauté onirique d’un certain Wong Kar-wai.
La relation à la mort est aussi très importante dans ce long métrage. Chacun des héros y fera face. Ah Ping par sa maladie, Jacky par le destin, et Mi-Août par les conséquences de ses actes. Comme pour déconnecter ces réalistes funestes, Fruit Chan y greffe tout le développement d’un carpe diem par des scènes (le cimetière) inoubliables prenant acte dans la peur d’une ville en pleine rétrocession.
Enfin, avec une bande son de qualité et une relation intemporelle entre ces trois gosses qui connaîtront chacun leurs fins, Fruit Chan termine avec une phrase de Mao envers la jeunesse chinoise.

Pourra t’elle s’appliquer à la jeunesse de Hong Kong ? C’est tout le défi de cette mutation sociale où Made in Hong Kong y apporte un brin de réponse.


Damien Paccellieri

Publié par damien à 18:59

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Un de mes premiers gros coup de coeurs HK, qui m'a donné envie de connaitre toute la filmo graphie de Fruit Chan, excellente dans son ensemble.

Publié par Anonymous chronofixer à 27 juin 2007 12:16 #
 
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