samedi 16 juin 2007
Le tibet dans le cinema chinois
Le Tibet dans le cinéma chinois : portrait à travers l'analyse de trois films chinois- Esclave de Li Jun (1963)
- Le Voleur de chevaux de tian Zhuangzhuang (1986)
- Kekexili, la patrouille sauvage (2006)
Le Tibet, sa culture, ses paysages, forment un sujet extraordinaire pour le cinéma. Pourtant, malgré la fascination qu’il exerce sur les imaginations chinoises et occidentales, le Tibet a rarement été porté à l’écran chinois à cause certainement des problèmes de censure liés à l’assimilation de cette culture et des conditions extrêmes de tournage dans cette nature hostile. Trois films chinois, réalisés à trois périodes différentes (années 60, 80 et 2000), s’attachent, chacun à sa manière, à montrer cette région fascinante.
Esclave, réalisé en 1963 par Li Jun, malgré son esthétique remarquable, reste un film de propagande réalisé par le Studio de l’armée. Il nous conte la vie de Jampa, esclave tibétain vivant dans les années 50 sous l’oppression des religieux et « aristocrates » locaux, jusqu’à la « libération » du Tibet par l’armée chinoise. L’esthétique de Esclave échappe cependant à l’esthétique des films de propagande des années 50 et 60. En effet, dès les premiers plans, deux panoramiques sur les paysages de montagnes tibétains, jusqu’aux plongées sur les esclaves montant les marches des villes à flan de montagne et aux « hommes d’acier » dont les corps sont recouverts d’une poussière argentée, le réalisateur Li Jun met en place une esthétique amorçant les conditions de vie extrêmes et l’oppression qu’il en découle.
Plus de 20 ans après, Tian Zhuangzhuang nous offre un autre film se déroulant au Tibet. Le Voleur de chevaux (1986) est cependant réalisé dans un contexte différent, l’apparition de la 5ème génération au milieu des années 80. Le Voleur de chevaux, produit par le fameux Studio de Xi’an, n’est plus un film de propagande, même si Tian Zhuangzhuang a dû ajouter une mention précisant que l’action se déroule dans les années 20, avant la « libération » du Tibet, pour échapper à la censure.
Le Voleur de chevaux est l’histoire de Norbu, un voleur de chevaux exclu de son clan avec sa famille à cause de ses forfaits. Tian Zhuan
gzhuang semble être fasciné par ce mode de vie extrême, les croyances (le film est une ode à la prière) et les paysages tibétains. La nature est omniprésente dans le long métrage à travers les plans magnifiques des paysages. Contrairement à Esclave, la religion n’est pas dénoncée dans Le Voleur de chevaux. Tian Zhuangzhuang la respecte car elle fait partie de la culture tibétaine, mais si dans certains passages de l’oeuvre Norbu et sa femme y voient la cause de la mort de leur fils, punition pour les vols qu’il a commis.
Enfin Kekexili, la patrouille sauvage, réalisé par Lu Chuan en 2006 est une autre vision, plus écologique, du Tibet. Lu Chuan ne s’intéresse pas autant à la culture tibétaine que Tian Zhuangzhuang, même si c’est le seul des trois films dont une partie des dialogues et des chansons sont en langue tibétaine. Kekexili, la patrouille sauvage nous guide sur les pas d’une patrouille qui traquent les braconniers massacrant les antilopes tibétaines à Kekexili. Cette lutte qu’ils mènent avec des moyens dérisoires et jusqu’à l’absurde en devient mortel comme lorsque l’un des patrouilleurs s’enfonce lentement dans les sables mouvant. La nature joue un rôle essentiel dans ce film, on peut même dire qu’elle est le personnage principal. Les montagnes et les plaines étant présentes dans tous les plans, le sujet se borde principalement à la protection des antilopes.
Même si ces trois longs métrages ont été réalisé à trois périodes très différentes du cinéma, ils sont très proches par leur environnement (hostilité des lieux) et par leur l’esthétique (plateaux, montagnes, neiges et deserts) comme si ces trois réalisateurs se laissaient envoûter par ces paysages à la fois merveilleusement beaux et d’une hostilité terrifiante, à l’image des vautours qui, dans Le Voleur de chevaux et Kekexili se régalent des cadavres qui jonchent les terres arrides.
Tourner au Tibet est très particulier pour un réalisateur chinois. Hormis des conditions de tournage très difficiles à des altitudes extrêmes (Tian Zhuangzhuang a failli mourir pendant le tournage du Voleur de chevaux et l’équipe de Kekexili est en partie tombée malade), il s’agit aussi de parler d’une culture mise en danger par l’assimilation chinoise. De ce point de vue, Esclave est le film le plus contestable car il trouve une justification à l’invasion chinoise, mais Tian Zhuangzhuang et Lu Chuan au contraire se montrent d’ardents défenseur de la région tib
étaine, l’un culturellement et l’autre écologiquement.
Aussi, faire un film sur le Tibet peut poser des risques face à la censure. Ces trois films ont d’ailleurs connu diverses fortunes avec celle-ci.
Esclave est un film très officiel, Le Voleur de chevaux a failli être censuré même s’il a été réalisé à une période relativement ouverte de ce point de vue, et Kekexili a crée une ouverture dans la censure chinoise en étant le premier film officiel de Chine continentale à obtenir un prix à Taiwan.
Espérons que cela ouvrira la porte à d’autres réalisateurs chinois qui souhaiteraient s’engager sur la voie tibétaine…
- Le Voleur de chevaux de tian Zhuangzhuang (1986)
- Kekexili, la patrouille sauvage (2006)
Le Tibet, sa culture, ses paysages, forment un sujet extraordinaire pour le cinéma. Pourtant, malgré la fascination qu’il exerce sur les imaginations chinoises et occidentales, le Tibet a rarement été porté à l’écran chinois à cause certainement des problèmes de censure liés à l’assimilation de cette culture et des conditions extrêmes de tournage dans cette nature hostile. Trois films chinois, réalisés à trois périodes différentes (années 60, 80 et 2000), s’attachent, chacun à sa manière, à montrer cette région fascinante.Esclave, réalisé en 1963 par Li Jun, malgré son esthétique remarquable, reste un film de propagande réalisé par le Studio de l’armée. Il nous conte la vie de Jampa, esclave tibétain vivant dans les années 50 sous l’oppression des religieux et « aristocrates » locaux, jusqu’à la « libération » du Tibet par l’armée chinoise. L’esthétique de Esclave échappe cependant à l’esthétique des films de propagande des années 50 et 60. En effet, dès les premiers plans, deux panoramiques sur les paysages de montagnes tibétains, jusqu’aux plongées sur les esclaves montant les marches des villes à flan de montagne et aux « hommes d’acier » dont les corps sont recouverts d’une poussière argentée, le réalisateur Li Jun met en place une esthétique amorçant les conditions de vie extrêmes et l’oppression qu’il en découle.
Plus de 20 ans après, Tian Zhuangzhuang nous offre un autre film se déroulant au Tibet. Le Voleur de chevaux (1986) est cependant réalisé dans un contexte différent, l’apparition de la 5ème génération au milieu des années 80. Le Voleur de chevaux, produit par le fameux Studio de Xi’an, n’est plus un film de propagande, même si Tian Zhuangzhuang a dû ajouter une mention précisant que l’action se déroule dans les années 20, avant la « libération » du Tibet, pour échapper à la censure.
Le Voleur de chevaux est l’histoire de Norbu, un voleur de chevaux exclu de son clan avec sa famille à cause de ses forfaits. Tian Zhuan
gzhuang semble être fasciné par ce mode de vie extrême, les croyances (le film est une ode à la prière) et les paysages tibétains. La nature est omniprésente dans le long métrage à travers les plans magnifiques des paysages. Contrairement à Esclave, la religion n’est pas dénoncée dans Le Voleur de chevaux. Tian Zhuangzhuang la respecte car elle fait partie de la culture tibétaine, mais si dans certains passages de l’oeuvre Norbu et sa femme y voient la cause de la mort de leur fils, punition pour les vols qu’il a commis.Enfin Kekexili, la patrouille sauvage, réalisé par Lu Chuan en 2006 est une autre vision, plus écologique, du Tibet. Lu Chuan ne s’intéresse pas autant à la culture tibétaine que Tian Zhuangzhuang, même si c’est le seul des trois films dont une partie des dialogues et des chansons sont en langue tibétaine. Kekexili, la patrouille sauvage nous guide sur les pas d’une patrouille qui traquent les braconniers massacrant les antilopes tibétaines à Kekexili. Cette lutte qu’ils mènent avec des moyens dérisoires et jusqu’à l’absurde en devient mortel comme lorsque l’un des patrouilleurs s’enfonce lentement dans les sables mouvant. La nature joue un rôle essentiel dans ce film, on peut même dire qu’elle est le personnage principal. Les montagnes et les plaines étant présentes dans tous les plans, le sujet se borde principalement à la protection des antilopes.
Même si ces trois longs métrages ont été réalisé à trois périodes très différentes du cinéma, ils sont très proches par leur environnement (hostilité des lieux) et par leur l’esthétique (plateaux, montagnes, neiges et deserts) comme si ces trois réalisateurs se laissaient envoûter par ces paysages à la fois merveilleusement beaux et d’une hostilité terrifiante, à l’image des vautours qui, dans Le Voleur de chevaux et Kekexili se régalent des cadavres qui jonchent les terres arrides.
Tourner au Tibet est très particulier pour un réalisateur chinois. Hormis des conditions de tournage très difficiles à des altitudes extrêmes (Tian Zhuangzhuang a failli mourir pendant le tournage du Voleur de chevaux et l’équipe de Kekexili est en partie tombée malade), il s’agit aussi de parler d’une culture mise en danger par l’assimilation chinoise. De ce point de vue, Esclave est le film le plus contestable car il trouve une justification à l’invasion chinoise, mais Tian Zhuangzhuang et Lu Chuan au contraire se montrent d’ardents défenseur de la région tib
étaine, l’un culturellement et l’autre écologiquement.Aussi, faire un film sur le Tibet peut poser des risques face à la censure. Ces trois films ont d’ailleurs connu diverses fortunes avec celle-ci.
Esclave est un film très officiel, Le Voleur de chevaux a failli être censuré même s’il a été réalisé à une période relativement ouverte de ce point de vue, et Kekexili a crée une ouverture dans la censure chinoise en étant le premier film officiel de Chine continentale à obtenir un prix à Taiwan.
Espérons que cela ouvrira la porte à d’autres réalisateurs chinois qui souhaiteraient s’engager sur la voie tibétaine…
Christophe Falin


















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j'ai déjà vu les deux plus récents, on peut aussi rajouter "ON THE HUNTING GROUND" de TIAN zhuangzhuang, ainsi que SONG OF TIBET de XIE Fei (pas vu celui là).Par contre "L'ESCLAVE" m'intéresserait aussi, avez vous un tuyau pour le trouver en dvd? Avez vous le nom chinois (en caractères simplifié)? Merci d'avance.
A ce jour, impossible de le trouver en dvd, il a été vu en Chine même, mais en import, non. Désolé
Bien joué !! Ca m'apprendra à ne jamais regardé sur Buyoyo.
Comme quoi Yesasia n'a pas tout.
Merci@++
Je viens de lire vos commentaires. En effet, bien joué. Je l'avais trouvé en VCD en Chine mais je ne savais qu'il existait en DVD.
Pardon chrono d'avoir enlevé l'un de tes commentaires, le lien débordait de la page.
Donc je le reprends :
Bon, après quelques recherches acharnées, je l'ai trouvé sur buyoyo, le titre étant en fait SERFS, nong bu, le dvd est même sous titré en anglais, et donc pour pas cher:
http://www.buyoyo.com/cgi-bin/
ncommerce3/ProductDisplay?style=
1&prrfnbr=830113&prmenbr=152&CGRY
_NUM=251&LANGUAGE=1&curr=USD#
(recoller ce lien en une seule phrase).