vendredi 15 juin 2007
Epouses et Concubines
Epouses et Concubines de Zhang Yimou, 1991Avec Gong Li, He Saifu, Kong Lin
Chine du Nord, dans les années 20. Songlian, jeune fille de 19 ans, contrainte d’abandonner ses études à la mort de son père, se résigne à devenir la quatrième épouse d’un riche maître. Chaque jour, une lanterne rouge est allumée devant la porte d’une des épouses, signe des faveurs du maître, donc du pouvoir qu’elle prend dans la maison. A travers une initiation aux rites du clan, le film met en scène, durant quatre saisons, les intrigues des femmes pour attirer l’attention du maître et assurer leur suprématie.
Bonus : affiche 1 - affiche 2 - affiche 3
Zhang Yimou signe avec Epouses et Concubines l’une des meilleures œuvres de sa carrière. Inspirée des nouvelles de Su Tong, le cinéaste chinois le plus célèbre propulse Gong Li, son actrice et sa muse, à des sommets d’interprétation qu’aucune autre actrice chinoise contemporaine ne réussira à dépasser en intensité.
Produit par Hou Hsiao-hsien, Epouses et Concubines nous ramène en Chine dans les années 20 où une fille appelée Songlian doit se marier avec un riche propriétaire suite au décès de son père âgé de 53 ans.
Etant très pauvre, elle ne pourrait accéder au titre de 1ere épouse, voir même de bonne épouse. Elle est donc condamnée à devenir la 4eme épouse du maître Chan Zhuoqian, car, immuablement dans la société chinoise d’antan, c’est « le destin d’une femme ».
L’Eté brûle de tout son soleil et Songlian se dirige vers Qiao Jian Da Yuan, véritable nom du domaine où est tourné le long métrage (dans la région du Shanxi). C’est une ville à l’intérieur d’une ville. La résidence est constituée de plusieurs maisons, chacune employées pour divers membres de la famille du maître.
Il existe plusieurs résidences de ce genre en Chine et bien souvent des plus belles, mais Zhang Yimou a choisit celle-ci, qui depuis, est devenu un haut lieu touristique de la région.
Songlian est donc officialisée quatrième épouse par le serviteur de la résidence. Elle est accueillie au sein de cette micro société avec les honneurs et se fait masser, coiffer et baigner les pieds avec un vinaigre spécifique du Shanxi.
Elle apprend alors progressivement le fonctionnement de cette polygamie et rencontre son mari pour la 1ere fois lorsque celui-ci décide d’allumer les lanternes à sa porte (d’ailleurs le vrai titre du film c’est « Allumer les lanternes rouges »).
En effet, là où les lanternes brillent de leurs feux, là est le maître pour la nuit.
Au lendemain, Songlian fait la connaissance de toutes les autres épouses du maître, celles qui partageront sa vie et la couche de son mari.
La première est l’épouse légitime du maître, la plus âgée mais aussi la plus respectée malgré ses difficultés à donner entière satisfaction à son mari.
La deuxième est une concubine comme celles qui suivront. Elle a déjà un enfant mais c’est une fille et comme elle le dit elle-même, « une fille ne sert à rien » pour prendre l’ascendant dans la famille.
La troisième épouse a déjà un fils, Meishan, mais il n’est pas issu du lit du maître.
Enfin, la servante Yan’Er qui partage de temps à autre la couche du maître souhaiterait devenir officiellement l’une des concubines de la maison, ce qui la sortirait de sa précarité.
Le rite des lanternes, procédurales s’il en est, donne accès à de nombreux avantages pour celle(s) qui s’en attire(nt) les lumières. Toutes ces faveurs donnent lieu alors à des luttes, des trahisons afin de savoir qu’elle est celle qui tiendra dans sa main le pouvoir en cette résidence.
Et à ce petit jeu, Songlian abat toutes ses cartes entre naïveté et folie…
Au fil des saisons (une pour chaque épisode pourrait on dire), Zhang Yimou analyse une coutume persistante de la culture chinoise jusqu’à l’avènement du communisme. En effet, tout comme le rite des pieds bandés, la chute de l’empereur Pu Yi n’a pas suffit à modifier ces habitus sociaux ancrés depuis déjà plusieurs générations. La société, amplement à la faveur de la masculinité, laissait alors à la femme la seule responsabilité du foyer et de la procréation. En cela, 1949 changera la donne en établissant des règles paritaires entre homm
es et femmes, et sera l’une des grandes améliorations de la société chinoise grâce à ceux que l’on appelle les rouges. Le cinéaste dénonce avec vigueur le postulat masculin en employant une technique cinématographique simple : aucun plan de visage ne sera fait du maître, dont on apercevra à peine la silhouette. Si cela permet la délation d’une telle supériorité, cela permet aussi de laisser la part belle du long métrage aux femmes, à leurs psychologies et aux déchaînements de violences qu’elles commettront par désespoir.
On remarque aussi l’importance d’avoir un garçon à cette époque, signe de prospérité pour une famille, alors qu’une fille est juste bonne à vendre et à marier.
L’organisation de cette demeure est toute aussi intéressante où s’ébruite secrets et mensonges dans le seul but de s’accaparer le pouvoir la reconnaissance, et quelque part une vile liberté. Cette symbolique s’incarne véritablement dans la trahison de Songlian envers Yan’Er, serveuse véritablement amoureuse du maître et qui croyait naïvement devenir la quatrième épouse. Son destin marquera à jamais nos esprits comme celui de Songlian.
Chacune des épouses possède également son caractère. L’une était cantatrice, l’autre une véritable commère, l’épouse est un por
trait fidèle de l’impératrice douairière…. et la dernière est Gong Li. Oui, Gong Li. Ni plus, ni moins. Une femme qui arrive désarmée à cette résidence et qui s’extirpera de cette fausse au lion pleine de rage et de tristesse. Sa prestation est….que dire ? Il n’y pas de superlatif assez fort pour en définir les contours. Rares sont les actrices habitées par tant de charisme et de féminité, de souffrance et de perfidie.
Ce long métrage donne tout l’ampleur de son immense talent, aujourd’hui encore inégalé. Mention aussi à He Saifi qui terminera telles les plus cruelles tragédies anciennes.
Alors même si la fin manque peut être d’éclat, Epouses et Concubines est un long métrage de caractère, unique et fort de sa thématique. En osant s’attaquer aux mœurs d’hier, Zhang Yimou nous a offert un grand film d’aujourd’hui.
Chine du Nord, dans les années 20. Songlian, jeune fille de 19 ans, contrainte d’abandonner ses études à la mort de son père, se résigne à devenir la quatrième épouse d’un riche maître. Chaque jour, une lanterne rouge est allumée devant la porte d’une des épouses, signe des faveurs du maître, donc du pouvoir qu’elle prend dans la maison. A travers une initiation aux rites du clan, le film met en scène, durant quatre saisons, les intrigues des femmes pour attirer l’attention du maître et assurer leur suprématie.
Bonus : affiche 1 - affiche 2 - affiche 3
Zhang Yimou signe avec Epouses et Concubines l’une des meilleures œuvres de sa carrière. Inspirée des nouvelles de Su Tong, le cinéaste chinois le plus célèbre propulse Gong Li, son actrice et sa muse, à des sommets d’interprétation qu’aucune autre actrice chinoise contemporaine ne réussira à dépasser en intensité.
Produit par Hou Hsiao-hsien, Epouses et Concubines nous ramène en Chine dans les années 20 où une fille appelée Songlian doit se marier avec un riche propriétaire suite au décès de son père âgé de 53 ans.
Etant très pauvre, elle ne pourrait accéder au titre de 1ere épouse, voir même de bonne épouse. Elle est donc condamnée à devenir la 4eme épouse du maître Chan Zhuoqian, car, immuablement dans la société chinoise d’antan, c’est « le destin d’une femme ».
L’Eté brûle de tout son soleil et Songlian se dirige vers Qiao Jian Da Yuan, véritable nom du domaine où est tourné le long métrage (dans la région du Shanxi). C’est une ville à l’intérieur d’une ville. La résidence est constituée de plusieurs maisons, chacune employées pour divers membres de la famille du maître.
Il existe plusieurs résidences de ce genre en Chine et bien souvent des plus belles, mais Zhang Yimou a choisit celle-ci, qui depuis, est devenu un haut lieu touristique de la région.
Songlian est donc officialisée quatrième épouse par le serviteur de la résidence. Elle est accueillie au sein de cette micro société avec les honneurs et se fait masser, coiffer et baigner les pieds avec un vinaigre spécifique du Shanxi.
Elle apprend alors progressivement le fonctionnement de cette polygamie et rencontre son mari pour la 1ere fois lorsque celui-ci décide d’allumer les lanternes à sa porte (d’ailleurs le vrai titre du film c’est « Allumer les lanternes rouges »).En effet, là où les lanternes brillent de leurs feux, là est le maître pour la nuit.
Au lendemain, Songlian fait la connaissance de toutes les autres épouses du maître, celles qui partageront sa vie et la couche de son mari.
La première est l’épouse légitime du maître, la plus âgée mais aussi la plus respectée malgré ses difficultés à donner entière satisfaction à son mari.
La deuxième est une concubine comme celles qui suivront. Elle a déjà un enfant mais c’est une fille et comme elle le dit elle-même, « une fille ne sert à rien » pour prendre l’ascendant dans la famille.
La troisième épouse a déjà un fils, Meishan, mais il n’est pas issu du lit du maître.
Enfin, la servante Yan’Er qui partage de temps à autre la couche du maître souhaiterait devenir officiellement l’une des concubines de la maison, ce qui la sortirait de sa précarité.
Le rite des lanternes, procédurales s’il en est, donne accès à de nombreux avantages pour celle(s) qui s’en attire(nt) les lumières. Toutes ces faveurs donnent lieu alors à des luttes, des trahisons afin de savoir qu’elle est celle qui tiendra dans sa main le pouvoir en cette résidence.
Et à ce petit jeu, Songlian abat toutes ses cartes entre naïveté et folie…
Au fil des saisons (une pour chaque épisode pourrait on dire), Zhang Yimou analyse une coutume persistante de la culture chinoise jusqu’à l’avènement du communisme. En effet, tout comme le rite des pieds bandés, la chute de l’empereur Pu Yi n’a pas suffit à modifier ces habitus sociaux ancrés depuis déjà plusieurs générations. La société, amplement à la faveur de la masculinité, laissait alors à la femme la seule responsabilité du foyer et de la procréation. En cela, 1949 changera la donne en établissant des règles paritaires entre homm
es et femmes, et sera l’une des grandes améliorations de la société chinoise grâce à ceux que l’on appelle les rouges. Le cinéaste dénonce avec vigueur le postulat masculin en employant une technique cinématographique simple : aucun plan de visage ne sera fait du maître, dont on apercevra à peine la silhouette. Si cela permet la délation d’une telle supériorité, cela permet aussi de laisser la part belle du long métrage aux femmes, à leurs psychologies et aux déchaînements de violences qu’elles commettront par désespoir.On remarque aussi l’importance d’avoir un garçon à cette époque, signe de prospérité pour une famille, alors qu’une fille est juste bonne à vendre et à marier.
L’organisation de cette demeure est toute aussi intéressante où s’ébruite secrets et mensonges dans le seul but de s’accaparer le pouvoir la reconnaissance, et quelque part une vile liberté. Cette symbolique s’incarne véritablement dans la trahison de Songlian envers Yan’Er, serveuse véritablement amoureuse du maître et qui croyait naïvement devenir la quatrième épouse. Son destin marquera à jamais nos esprits comme celui de Songlian.
Chacune des épouses possède également son caractère. L’une était cantatrice, l’autre une véritable commère, l’épouse est un por
trait fidèle de l’impératrice douairière…. et la dernière est Gong Li. Oui, Gong Li. Ni plus, ni moins. Une femme qui arrive désarmée à cette résidence et qui s’extirpera de cette fausse au lion pleine de rage et de tristesse. Sa prestation est….que dire ? Il n’y pas de superlatif assez fort pour en définir les contours. Rares sont les actrices habitées par tant de charisme et de féminité, de souffrance et de perfidie.Ce long métrage donne tout l’ampleur de son immense talent, aujourd’hui encore inégalé. Mention aussi à He Saifi qui terminera telles les plus cruelles tragédies anciennes.
Alors même si la fin manque peut être d’éclat, Epouses et Concubines est un long métrage de caractère, unique et fort de sa thématique. En osant s’attaquer aux mœurs d’hier, Zhang Yimou nous a offert un grand film d’aujourd’hui.
Damien Paccellieri


















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