mardi 1 mai 2007
Vive l'Amour (爱情万岁)
Vive l'Amour de Tsai Ming-liang, 1994Avec Lee Kang-sheng, Yang Kuei-mei, Chen Chao-jung
La solitude et l'amour entre un triangle de personnages composé d'une femme désirant être aimé, d'un homme souhaitant aimé et, entre eux, un vagabond du cœur ne désirant ni l'un ni l'autre …
Figure de proue, aux côtés de Hou Hsiao-hsien (侯孝贤), du cinéma auteuriste taiwanais, Tsai Ming-liang (蔡明亮) est aussi le cinéaste de la solitude, l'intégralité de sa filmographie traitant de cette thématique. Vive l'Amour (爱情万岁), malgré son titre faussement joyeux, ne déroge pas à la règle. Pire il se permet d'être cynique et ironique dans le traitement de ses personnages, et délivre une vision des sentiments amoureux qui se rapproche de celle du coréen Hong Sang Soo.
Lion d'or à Venise en 1994, Vive l'Amour est un pur produit de cinéphile pour cinéphile.Tsai Ming-liang est un réalisateur à part et il nous le montre à nouveau avec cette réalisation épurée de tout artifice. Musique absente, rythme inexistant, personnages récurrents (au nombre de trois), plans et décors répétés, dialogues réduits au stricte essentiel, on est ici aux antipodes du cinéma à spectacle. Et malgré tout le bien que l'on puisse penser du réalisateur, ce concentré de minimalisme, notamment lorsqu'il s'attarde trop longuement sur certains plans fixes, prend de fâcheux airs arrogants. Pourtant, ce Vive l'Amour est beaucoup moins difficile d'accès qu'un Goodbye Dragon Inn (不散 ) par exemple, et si, comme dans le reste de sa filmographie, ses personnages sont désespérément seuls et ennuyés, Tsai Ming-liang parvient à insuffler un léger souffle de vie au travers d'un ton cynique et ironique, particulièrement adapté au récit.
L'histoire se fonde sur la rencontre entre trois personnages qui vont, chacun à leur manière, incarner ce que seront les thèmes récurrents de l'auteur, mais également former un certain triangle amoureux autour d'un seul et même homme. On retrouve les acteurs habituels dont notamment Lee Kang Sheng (李康生) qui incarne un jeune homme désabusé, dont la solitude lui fait rencontrer le voisinage des portes de l'au delà à l'occasion d'un suicide douteux .
A la manière du protagoniste de La Rivière (河流), son personnage apparaît incertain sur son orientation sexuelle, du moins au départ, celle ci se faisant de plus en plus explicite sur la fin. Squatteur, il recherche le sentiment amoureux. Yang Kuei-mei (杨贵媚) (The Hole, Salé Sucré) incarne une jeune femme qui tente de se faire
une place dans la vie professionnelle par le biais de l'immobilier et se retrouve à devoir faire face aux dures réalités financières. Célibataire, n'ayant aucune épaule sur laquelle reposer, elle rêve d'être aimée et pouvoir compter sur le réconfort d'autrui mais elle ne fera face qu'à une forme d'amour impossible. Enfin, il y a Chen Chao-jung (陈昭荣) (La Rivière, Et là-bas quelle heure est-il ?), vendeur à la sauvette, solitaire mais ne recherchant ni à être aimé et encore moins à aimer. Sans le sou, il va s'immiscer dans la vie des deux torturés sociaux et profiter de chacun d'eux.
Ainsi, Vive l'Amour est un titre à forte teneur ironique, qui ferait presque froid dans le dos à l'image de ce dernier plan insistant sur ses conséquences. Et si les sentiments humains sont inexistants chez Tsai Ming-liang, ceux ci étant stoïque mais lorsque épris de désir, ce n'est que pour mieux accentuer les conséquences néfastes de la société sur les comportements humains ; on l'on en vient même à avoir peur de s'attacher pour sa simple condition sociale, ne parlons donc pas d'amour ! L'acte sexuel est donc représenté, comme chez Hong Sang Soo, en tant que tel, brut, rapide, assentimental, dénué de tout sens si ce n'est celui de nécessité biologique.
Face à tant de mor
osité, Tsai Ming-liang parvient heureusement à convaincre au travers de ces bribes de dialogues, ces situations cocasses (la scène avec la pastèque, celle de la masturbation...) et évite au film de tomber dans l'ennui, qui à l'image de ses personnages, aurait pu écraser le spectateur en employant un discours moralisateur ou purement dénonciateur.
Vive l'amour se veut donc recommandé à tout les cinéphiles aguerris, quant aux autres, il est probable que le rythme extrêmement lent du film ne les fassent décrocher passée la première heure.
La solitude et l'amour entre un triangle de personnages composé d'une femme désirant être aimé, d'un homme souhaitant aimé et, entre eux, un vagabond du cœur ne désirant ni l'un ni l'autre …
Figure de proue, aux côtés de Hou Hsiao-hsien (侯孝贤), du cinéma auteuriste taiwanais, Tsai Ming-liang (蔡明亮) est aussi le cinéaste de la solitude, l'intégralité de sa filmographie traitant de cette thématique. Vive l'Amour (爱情万岁), malgré son titre faussement joyeux, ne déroge pas à la règle. Pire il se permet d'être cynique et ironique dans le traitement de ses personnages, et délivre une vision des sentiments amoureux qui se rapproche de celle du coréen Hong Sang Soo.
Lion d'or à Venise en 1994, Vive l'Amour est un pur produit de cinéphile pour cinéphile.Tsai Ming-liang est un réalisateur à part et il nous le montre à nouveau avec cette réalisation épurée de tout artifice. Musique absente, rythme inexistant, personnages récurrents (au nombre de trois), plans et décors répétés, dialogues réduits au stricte essentiel, on est ici aux antipodes du cinéma à spectacle. Et malgré tout le bien que l'on puisse penser du réalisateur, ce concentré de minimalisme, notamment lorsqu'il s'attarde trop longuement sur certains plans fixes, prend de fâcheux airs arrogants. Pourtant, ce Vive l'Amour est beaucoup moins difficile d'accès qu'un Goodbye Dragon Inn (不散 ) par exemple, et si, comme dans le reste de sa filmographie, ses personnages sont désespérément seuls et ennuyés, Tsai Ming-liang parvient à insuffler un léger souffle de vie au travers d'un ton cynique et ironique, particulièrement adapté au récit.
L'histoire se fonde sur la rencontre entre trois personnages qui vont, chacun à leur manière, incarner ce que seront les thèmes récurrents de l'auteur, mais également former un certain triangle amoureux autour d'un seul et même homme. On retrouve les acteurs habituels dont notamment Lee Kang Sheng (李康生) qui incarne un jeune homme désabusé, dont la solitude lui fait rencontrer le voisinage des portes de l'au delà à l'occasion d'un suicide douteux .A la manière du protagoniste de La Rivière (河流), son personnage apparaît incertain sur son orientation sexuelle, du moins au départ, celle ci se faisant de plus en plus explicite sur la fin. Squatteur, il recherche le sentiment amoureux. Yang Kuei-mei (杨贵媚) (The Hole, Salé Sucré) incarne une jeune femme qui tente de se faire
une place dans la vie professionnelle par le biais de l'immobilier et se retrouve à devoir faire face aux dures réalités financières. Célibataire, n'ayant aucune épaule sur laquelle reposer, elle rêve d'être aimée et pouvoir compter sur le réconfort d'autrui mais elle ne fera face qu'à une forme d'amour impossible. Enfin, il y a Chen Chao-jung (陈昭荣) (La Rivière, Et là-bas quelle heure est-il ?), vendeur à la sauvette, solitaire mais ne recherchant ni à être aimé et encore moins à aimer. Sans le sou, il va s'immiscer dans la vie des deux torturés sociaux et profiter de chacun d'eux.Ainsi, Vive l'Amour est un titre à forte teneur ironique, qui ferait presque froid dans le dos à l'image de ce dernier plan insistant sur ses conséquences. Et si les sentiments humains sont inexistants chez Tsai Ming-liang, ceux ci étant stoïque mais lorsque épris de désir, ce n'est que pour mieux accentuer les conséquences néfastes de la société sur les comportements humains ; on l'on en vient même à avoir peur de s'attacher pour sa simple condition sociale, ne parlons donc pas d'amour ! L'acte sexuel est donc représenté, comme chez Hong Sang Soo, en tant que tel, brut, rapide, assentimental, dénué de tout sens si ce n'est celui de nécessité biologique.
Face à tant de mor
osité, Tsai Ming-liang parvient heureusement à convaincre au travers de ces bribes de dialogues, ces situations cocasses (la scène avec la pastèque, celle de la masturbation...) et évite au film de tomber dans l'ennui, qui à l'image de ses personnages, aurait pu écraser le spectateur en employant un discours moralisateur ou purement dénonciateur.Vive l'amour se veut donc recommandé à tout les cinéphiles aguerris, quant aux autres, il est probable que le rythme extrêmement lent du film ne les fassent décrocher passée la première heure.
Jean Baptiste Champion


















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