jeudi 17 mai 2007

Sunrise Sunset (日出日落)

Sunrise Sunset de Teng Wenji, 2005
Avec Shao Bing, Sun Yifey et Wei Zi

Un jeune paysan voit sa femme mourir sous ses yeux, victime accidentelle des explosions provoquées par une entreprise d'état prospectant du pétrole. Par vengeance, il met le feu à l'ensemble des installations de la compagnie et s'enfuit avec son jeune beau frère. Ils trouvent refuge auprès d'une troupe de musique traditionnelle, exerçant sa profession dans la campagne de la province du Shanxi. La troupe est menée d'une main de fer par son chef, et le jeune paysan recueilli va partager leur quotidien et tomber amoureux de la jeune chanteuse convoitée par le chef de la petite troupe...



Sunrise sunset
(日出日落), n'est pas une histoire d'amour à la campagne mais la chronique d'un groupe de musiciens entièrement dévoués à leur art en voie de disparition, face à l'avancée de la "civilisation" moderne.


Le film débute alors que la troupe composée de son chef, chanteur et musicien, le "grand frère" (Wei Zi (巍子), présent dans deux autres films réalisés par Teng Wenji (滕文骥)), d'une jeune chanteuse Fleur (Sun Yifei - 孙逸飞) et de deux autres musiciens, s'en vont à travers la campagne honorer un contrat. Fleur est montée sur une mule, les hommes vont à pied, ils cheminent heureux, chantant en chemin. Le spectateur ne sait à quelle époque se situe le film car la troupe est vêtue de costumes traditionnels ; sommes nous au début du 20ème siècle ou même du 19ème ?

La scène suivante va nous renseigner assez brutalement quand passent à l'écran des camions de chantier et un 4X4 flambant neuf, nous sommes bien au 21ème siècle.


Sunrise Sunset met en opposition la culture de la Chine traditionnelle et de la Chine moderne. La troupe est consciente que l'ouverture de magasins vidéos comme de boîtes de nuit, sonnent le glas de sa profession ; déjà les cachets s'amoindrissent. La voix des musiciens et le son de leurs instruments ne peuvent concurrencer la sonorisation électrique du cinéma itinérant, en plein air. Ils se déplacent à pied, sur une mule, à bicyclette, alors que les gens "modernes" utilisent des jeeps. Si le chef est dur et intransigeant il est néanmoins respecté pour son savoir et son dévouement à son art. En face, le respect s'impose par l'utilisation de la violence.
Sunrise Sunset n'est pas pour autant un pamphlet contre la modernité mais on assiste à la fin annoncée et somme toute logique d'une tradition devenue obsolète face à l'arrivée de nouvelles formes de divertissements.

Pourtant on sent que c'est perdre au change, car la troupe est l'incarnation de la joie et de la passion pour son métier. Cependant le monde se doit d'avancer et ne peut rester statique, figé sur d’anciennes traditions.
Cette constatation apparaît dans le film à travers le personnage de Fleur. Celle-ci est une jeune fille, la plus jeune de la troupe. Elle semble être pour le réalisateur le modèle que devrait suivre la jeunesse chinoise ; respectueuse et amoureuse des traditions tout en n'en étant pas esclave. En effet, la jeune femme n'est pas moins passionnée par son métier que les autres membres de la troupe, et voue un grand respect au chef. Néanmoins, elle sait être, envers et contre tous, libre de ses choix de vie. Elle ne se soumet pas à l'autorité omnipotente du chef, ce qui est la preuve d'un grand courage, car celui-ci n'hésite pas en cas de contrariété ou de faute de la part d'un membre de la troupe à utiliser sa badine et à frapper ceux qu'il juge fautifs. Il est même prêt à les chasser sans explications. Pourtant grâce à Fleur et sa détermination, lui-même comprendra que les temps ont changé.

La chronique s'axe donc autour du trio formé par Fleur, Shang (le jeune paysan) et le chef. Les deux hommes sont amoureux. Mais le chef propose à la jeune fille un mariage et une vie qu'une jeune fille actuelle ne peut accepter ; elle sera l'épouse traditionnelle vouée à son maître et à sa passion pour la musique, alors que Shang lui offre sa jeunesse, sa fougue et sa passion, car leur amour est passionnel. La naissance de celui-ci et son accomplissement est finement mise en scène avec une approche suivie immédiatement d’un déchaînement d’imprudences, un amour profond et sincère fait de doutes et de confiance.

La musique tient évidemment un grand rôle dans Sunrise Sunset, et s'écoute avec un grand plaisir. Les chants traditionnels ou improvisés accompagnés de toutes sorte d'instruments typiquement chinois sont agréables et dégagent surtout une grande joie de vivre. Les musiciens vivent par la musique et expriment leur bonheur à l'aide de celle-ci, elle accompagne leur vie comme elle accompagne l'intrigue.

Ce n'est donc pas un film sur la musique mais sur la passion que des êtres peuvent mettre dans l'exercice de leur métier, de leur mode de vie. C'est la chronique d'une troupe heureuse et attachée à ses valeurs que la modernité est en train de détruire. Mais que réserve vraiment l'avenir ? Réponse dans le deuxième opus (annoncé dans le générique de fin) que l'on attend avec curiosité, car l'exercice semble peu facile.

Sunrise Sunset est un beau film, servit par de bons acteurs (on regrettera cependant la transparence des deux "autres" musiciens dans le scénario), et terriblement chinois. A bien le regarder on y apprend beaucoup de choses sur la culture de la province du Shanxi en particulier, et de la Chine en général.

Anne Grosbon

Publié par damien à 15:56

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