lundi 28 mai 2007

Purple Sunset (紫日)

Purple Sunset de Feng Xiaoning, 2001
Avec Fu Dalong, Qiantian Zhihui

Voir la bande annonce

Feng Xiaoning (冯小宁) est certainement l’un des plus talentueux cinéastes chinois officiels mais aussi l’un des plus populaires. En posant d’excellentes réflexions sociales tout en étant à l’abri de la censure par sa malice cinématographique, le cinéaste nous présente avec Purple Sunset (紫日) une page importante de la deuxième guerre mondiale qui a été laissé pour compte parce qu’elle n’intéressait pas les puissances occidentales.
Avec Purple Sunset l’injustice est partiellement réparé car ce n’est pas une seule œuvre cinématographique chinoise qui pourrait résumer les atrocités entre russe, japonais et chinois.

Il était donc une fois l’histoire de ce chinois qui, dans la province du Hebei, un 9 Août 2000, nous conte l’enfer qu’a été sa vie contre les japonais dans les montagnes de Daxinanlin. A cette même période la Russie déclare la guerre au Japon le 9 Août 1945 afin de nettoyer la Mandchourie des dernières poches de résistances nippones.

Les Japonais qui connaissent déjà l’issue de cette guerre, à savoir la défaite, n’hésitent cependant pas un instant à faire la politique de la terre brûlé et tout détruire sur leur passage. C’est ce qu’ils font en exécutant des paysans chinois innocents par des soldats encore inexpérimentés ayant à peine plus de 16 ou 18 ans. Notre héros en fait partie, et s’effondre lors de la fusillade. Par chance aucunes balles ne l’atteint et fait mime d’être mort pendant plusieurs heures à côté de ses camarades villageois, qui eux, n’ont pas eu cette chance. De leur côté les soldats japonais doivent faire face à une armée russe implacable et puissamment armée. Face aux tanks soviétiques, les armes conventionnelles japonaises paraissent bien inutiles, mais leur courage et leur obéissance à l’empereur Hito leur dictent de se sacrifier bombe à la ceinture contre ces cuirassés. Après l’exécution ratée, le chinois se retrouve dans sa fuite face aux russes qui font marches sur les derniers campements japonais et fait connaissance avec une femme militaire. Toutes les bases ennemies sont détruites une à une. Le 26 juillet 1948, l’Angleterre, l’URSS et les Etats-Unis demande la capitulation définitive du Japon dans cette zone.

Un char russe emmène le villageois de Daxinanlin et se trompe de chemin se retrouvant seul face à une base arrière japonaise. Le char est alors détruit. Ses occupants prennent la fuite à pied dans une région qu’ils ne connaissent pas et qui est encore infesté d’occupants ennemis. Un groupe rencontre dans leur escapade deux jeunes japonaises cachées dans une cabane. L’une d’elle a si peur des représailles qu’elle se suicide en avalant une pilule de cyanure. L’autre les emmène malicieusement vers un champ de mines mais tous échappent à la mort.
Ainsi, petit à p
etit et malgré leur différence, la militaire russe, le paysan chinois et la jeune japonaise se lient d’une amitié dans leurs mésaventures face à la guerre…

Avec Purple Sunset, Feng Xiaoning réalise une œuvre de salubrité public. En effet, parler de la guerre n’est jamais chose facile et porte souvent tort à l’une des parties en cause. Contre toute attente le cinéaste ne dérive pas dans le discours politique et s’attache à l’aventure d’un groupe hétéroclite au milieu du feu et des flammes. Si la violence est exacerbée par certaines caricatures d’expressions, c’est pour rendre cette guerre réaliste car nous avons toujours l’impression nous autre cinéphile que nous sommes devant de belles explosions, quelques balles par ci par là et de l’action à tout va.

Mais la guerre
touche au plus profond des cœurs, en enlevant la vie à nos proches, en détruisant nos maisons, en ruinant notre vie d’antan et c’est tout cela que Feng Xiaoning réussit à mettre en exergue. Bien entendu comme il se doit, les méfaits des soldats japonais, à savoir les exécutions, les hommes emballés dans de grands sacs enflammés, puis jetés à l’eau (histoire d’être sûr de ne laisser aucun survivant), les bombes abandonnées sur le sol chinois, sont mis en évidence. Mais toutes ces atrocités sont toutefois habilement contrebalancées par l’obligation pour les soldats japonais à se battre malgré la défaite, à se sacrifier pour l’honneur (mais quel honneur ?), à appeler des réservistes pour continuer dans ce bain de sang (tous les garçons de plus de 15 ans, toutes les filles de plus de 17 ans). On se rend alors compte que cette guerre attribut une responsabilité à tous ses acteurs. Mais l’expansion japonaise de l’époque marque tout de même une grande méprise des autorités nippones envers les autres peuples d’Asie.

On espère d’ailleurs de tout cœur que les autorités d’aujourd’hui aborderont d’avantage cette période noire de l’histoire japonaise et accepteront de se remettre bien plus en question pour apaiser toutes les tensions qu’il existe sur ce sujet entre la Chine et le Japon, mais aussi la Corée (Sud comme Nord) et quelques pays du sud est asiatique. Il en va de l’honneur d’un peuple à ne pas faire du révisionnisme.

Vous l’aurez compris, Purple Sunset nous pousse à la réflexion sur un sujet très épineux.
Cette œuvre se partage comme un voyage sans fin, dans une guerre où les peuples sont les premiers otages, car ni chinois, ni japonais, ni russes n’avaient de haine l’un envers l’autre. Les trois voyageurs de chaque nationalité, de langues différentes sont certainement l’une des images clés que nous garderons en mémoire pour nos générations futures.
Purple Sunset dresse donc un portrait intelligent de cette guerre oubliée, tout en proportionnant la responsabilité de chacun. Enfin, vous vous souviendrez encore longtemps de la superbe sonatine qui ouvre et clôture le film, véritable bibliothèque de souvenirs et d’émotions que nous aura donné Purple Sunset. A voir pour les cinéphiles et les géopoliticiens en herbe.

Anecdote

Le réalisateur Feng Xiaoning joue un rôle dans le film que personne ne souhaitait incarner : celui de la victime mise dans un grand sac en flammes puis jeté à l’eau. Pour les chinois ce fut vraiment difficile de mettre sur pellicule cette image, mais ils le doivent à un ancien soldat japonais qui a raconté ses mémoires et qui est aujourd’hui considéré comme un Schindler en Chine.
Damien Paccellieri

Publié par damien à 20:11

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