jeudi 31 mai 2007
How Is Your Fish Today ?
How Is Your Fish Today? de Guo Xiaolu, 2006Tourné avec des acteurs non profesionnels
Un écrivain rêve d’un voyage entre la capitale chinoise et une région froide de la Chine pour y voir des aurores boréales.
Après avoir réalisé des documentaires et des courts métrages très artistiques, Guo Xiaolu en arrive enfin à la fiction, premier aboutissement cinématographique dans la carrière de la jeune romancière.
Continuant encore et toujours dans la lignée de ses précédentes réalisations, Guo Xiaolu y injecte à dose homéopathique toutes les vieilles qui font le charme de ses essais.
La vie de ce film débute dans un train voyageant de Harbin à Mohe, ville à la frontière nord sibérienne de la Chine, où il fait parfois plus de 20heures de jour continu. Mohe apparâit quelque part dans le fantasme des chinois comme une ville très particulière où l’on peut y avoir des aurores boréales.
Guo Xiaolu mène alors une petite discussion avec le chef de wagons qui marquent là sa première incartade dans ce long métrage, débutant réellement après ce moment d’échange.
Les idées prennent alors forme. Un homme, écrivain, s’offre un long monologue sur le destin d’un un autre homme, Lin Hao, purement fictionnelle, montant dans un train pour retourner dans le Nord de la Chine à Mohe.
L’écrivain explique qu’il a vécu 17 ans à Pékin. Tous ses scenarii pour des longs métrages ont été censuré et vivote grâce à l’écriture grossière de certains synopsis de séries télévisées. Il doit déménager de son petit living room car les Jeux Olympiques de 2008 passent avant lui. Dans cette mouvance, le scénariste se prépare à l’écriture d’une grosse production sur un omme qui s’enfuit du Sud de la Chine direction le Nord, après avoir tué sa femme.
Seulement son patron lui que tout ça, c’est du déjà vu : pas un poil d’innovation.
Mais le scénariste contin
ue quand même dans ce sens et se projette dans la peau de son personnage. Va-t-il au Nord pour sauver sa vie ?
Va-t-il au Nord pour la terminer ?
En attendant, l’écrivain s’achète un poisson sur l’avis de son maître de Feng Shui qui le sent quelque peu déphasé.
Lors de son repas au restaurant Chairman Mao de la capitale, il songe encore à son personnage, Lin Hao, 27 ans, tuant sans sourciller sa femme un jour d’octobre.Où cette histoire va-t-elle mener l’écrivain qui se confond progressivement avec son personnage ?...
How is Your Fish Today ? montre toute l’appétence de Guo Xiaolu pour le septième art. L’essai est cette fois ci transformé, mixant la fiction à la réalité sans jamais se perdre dans les méandres de la créativité artistique, le véritable doudou de la réalisatrice.
En amenant le spectateur sur les traces d’un scénariste et de son personnage, elle arrive subtilement à dresser deux portraits qui n’en font plus qu’un, où le scénariste, à force de prendre le pouvoir sur son personnage, y mêle ses propres réflex
ions, jusqu'à la fusion.
Tourné entre Pékin, ville si pollué que les sportifs s’entraîne dans des salles de gyms climatisées pour faire leurs footings sur des tapis de courses, et Mohe, village où seule l’école semble encore montrer qu’il y a une vie après la neige, Guo Xiaolu tente le plus souvent avec réussite de romancer son long métrage. Seulement il lui arrive elle aussi de faire des écarts de comportement.
Alors que le film doit rester un objet cinématographique où le réalisateur emploie tout sauf sa personne pour communiquer sur un thème ou un sujet, Guo Xiaolu participe de temps à autre dans son projet, interrogeant des passagers du train les menant vers Mohe. On ne comprend pas vraiment l’intérêt de cette intrusion, car elle arrive aisément à mélanger réel et fiction sans devoir se mettre au devant sa caméra et faire du micro trottoir.
Mais ce petit rictus s’efface au bénéfice d’une mise en scène d’excellente facture avec, pour une fois, un personnage du long métrage qui use du monologue à la place de la réalisatrice. Cela permet en effet de jouer avec nuances sur les réflexions posées par la réalisatrice qui peut utiliser son personnage pour parler à sa place, ou que celui-ci soit à même de penser seul.
De plus, Guo Xialou signe encore ici une imagerie à son nom, une patte singulière dans le cadrage, dans la colorimétrie ou bien encore dans l’assombrissement des coins du plan.
Cela peut surprendre au départ, mais donne une véritable architecture au long métrage.
Cependant on ne peut s’en étonner quand on voit les références qu’elle affiche dans le long métrage, à savoir Happy Together de Wong Kar-wai et Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain de Jean-Pierre Jeunet. Si ces deux films ne sont pas les incarnations d’une imagerie hyper travaillé !
Derrière cela vit une réelle dimension poétique et ne cache pas un vide abyssal comme chez de nombreux cinéastes à la mode. Le
film est un véritable voyage entre l’initiation et le cheminement vers la mort, vers l’extrême onction et la renaissance d’un personnage étrangement réel et fictif.
Chose rare, il n’y a pas véritablement de place pour l’amour, c’est d’ailleurs l’une des thématiques majeures du cinéma absente de sa filmographie. Guo Xiaolu cherche d’avantage à séduire nos âmes que nos coeur. A son honneur.
How is Your Fish Today ? donne ainsi vie à une fable des temps modernes, entre véracité et illusion, même s’il y subsiste encore quelques engrenages peu rodés. Il est à parier que Guo Xiaolu continuera de développer ses talents artistiques par le cinéma, pour le plus grand bonheur des cinéphiles qu’elle sait enrichir de valeurs culturelles essentielles.
Un écrivain rêve d’un voyage entre la capitale chinoise et une région froide de la Chine pour y voir des aurores boréales.
Après avoir réalisé des documentaires et des courts métrages très artistiques, Guo Xiaolu en arrive enfin à la fiction, premier aboutissement cinématographique dans la carrière de la jeune romancière.
Continuant encore et toujours dans la lignée de ses précédentes réalisations, Guo Xiaolu y injecte à dose homéopathique toutes les vieilles qui font le charme de ses essais.
La vie de ce film débute dans un train voyageant de Harbin à Mohe, ville à la frontière nord sibérienne de la Chine, où il fait parfois plus de 20heures de jour continu. Mohe apparâit quelque part dans le fantasme des chinois comme une ville très particulière où l’on peut y avoir des aurores boréales.
Guo Xiaolu mène alors une petite discussion avec le chef de wagons qui marquent là sa première incartade dans ce long métrage, débutant réellement après ce moment d’échange.
Les idées prennent alors forme. Un homme, écrivain, s’offre un long monologue sur le destin d’un un autre homme, Lin Hao, purement fictionnelle, montant dans un train pour retourner dans le Nord de la Chine à Mohe.
L’écrivain explique qu’il a vécu 17 ans à Pékin. Tous ses scenarii pour des longs métrages ont été censuré et vivote grâce à l’écriture grossière de certains synopsis de séries télévisées. Il doit déménager de son petit living room car les Jeux Olympiques de 2008 passent avant lui. Dans cette mouvance, le scénariste se prépare à l’écriture d’une grosse production sur un omme qui s’enfuit du Sud de la Chine direction le Nord, après avoir tué sa femme.
Seulement son patron lui que tout ça, c’est du déjà vu : pas un poil d’innovation.
Mais le scénariste contin
ue quand même dans ce sens et se projette dans la peau de son personnage. Va-t-il au Nord pour sauver sa vie ?Va-t-il au Nord pour la terminer ?
En attendant, l’écrivain s’achète un poisson sur l’avis de son maître de Feng Shui qui le sent quelque peu déphasé.
Lors de son repas au restaurant Chairman Mao de la capitale, il songe encore à son personnage, Lin Hao, 27 ans, tuant sans sourciller sa femme un jour d’octobre.Où cette histoire va-t-elle mener l’écrivain qui se confond progressivement avec son personnage ?...
How is Your Fish Today ? montre toute l’appétence de Guo Xiaolu pour le septième art. L’essai est cette fois ci transformé, mixant la fiction à la réalité sans jamais se perdre dans les méandres de la créativité artistique, le véritable doudou de la réalisatrice.
En amenant le spectateur sur les traces d’un scénariste et de son personnage, elle arrive subtilement à dresser deux portraits qui n’en font plus qu’un, où le scénariste, à force de prendre le pouvoir sur son personnage, y mêle ses propres réflex
ions, jusqu'à la fusion.Tourné entre Pékin, ville si pollué que les sportifs s’entraîne dans des salles de gyms climatisées pour faire leurs footings sur des tapis de courses, et Mohe, village où seule l’école semble encore montrer qu’il y a une vie après la neige, Guo Xiaolu tente le plus souvent avec réussite de romancer son long métrage. Seulement il lui arrive elle aussi de faire des écarts de comportement.
Alors que le film doit rester un objet cinématographique où le réalisateur emploie tout sauf sa personne pour communiquer sur un thème ou un sujet, Guo Xiaolu participe de temps à autre dans son projet, interrogeant des passagers du train les menant vers Mohe. On ne comprend pas vraiment l’intérêt de cette intrusion, car elle arrive aisément à mélanger réel et fiction sans devoir se mettre au devant sa caméra et faire du micro trottoir.
Mais ce petit rictus s’efface au bénéfice d’une mise en scène d’excellente facture avec, pour une fois, un personnage du long métrage qui use du monologue à la place de la réalisatrice. Cela permet en effet de jouer avec nuances sur les réflexions posées par la réalisatrice qui peut utiliser son personnage pour parler à sa place, ou que celui-ci soit à même de penser seul.
De plus, Guo Xialou signe encore ici une imagerie à son nom, une patte singulière dans le cadrage, dans la colorimétrie ou bien encore dans l’assombrissement des coins du plan.
Cela peut surprendre au départ, mais donne une véritable architecture au long métrage.
Cependant on ne peut s’en étonner quand on voit les références qu’elle affiche dans le long métrage, à savoir Happy Together de Wong Kar-wai et Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain de Jean-Pierre Jeunet. Si ces deux films ne sont pas les incarnations d’une imagerie hyper travaillé !
Derrière cela vit une réelle dimension poétique et ne cache pas un vide abyssal comme chez de nombreux cinéastes à la mode. Le
film est un véritable voyage entre l’initiation et le cheminement vers la mort, vers l’extrême onction et la renaissance d’un personnage étrangement réel et fictif.Chose rare, il n’y a pas véritablement de place pour l’amour, c’est d’ailleurs l’une des thématiques majeures du cinéma absente de sa filmographie. Guo Xiaolu cherche d’avantage à séduire nos âmes que nos coeur. A son honneur.
How is Your Fish Today ? donne ainsi vie à une fable des temps modernes, entre véracité et illusion, même s’il y subsiste encore quelques engrenages peu rodés. Il est à parier que Guo Xiaolu continuera de développer ses talents artistiques par le cinéma, pour le plus grand bonheur des cinéphiles qu’elle sait enrichir de valeurs culturelles essentielles.
Damien Paccellieri


















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