jeudi 10 mai 2007
Durian Durian (榴梿飘飘)
Durian Durian de Fruit Chan, 2000Avec Qin Hailu, Mak Wai-Fan, Mak Suet-Man
Durian Durian ou les destins croisés de deux chinoises, une jeune femme de 21ans et une petite fille, qui tentent de survivre illégalement à Hong Kong. La première, Qin Yan, se prostitue et économise l’argent ainsi gagné pour mener peut être un jour une « vie normale ». La seconde, Fan, narratrice du film, travaille pour aider sa famille et songe aux moyens qui lui permettraient de sortir de la misère…
Fruit Chan (陈果) nous revient avec Durian Durian (榴梿飘飘) après une trilogie sur la rétrocession de Hong Kong composé de Made in Hong Kong (香港制造) en 1997, The Longest Summer (去年烟花特别多) en 1998 et Little Cheung (细路祥) en 1999. Cette fois le cinéaste laisse en aparté les fantômes de l’angoisse, pour mouvoir au mélange culturel et social de la métropole.
Durian Durian retrace la vie de Qin Yan, une jeune femme originaire du Nord Est de la Chine qui se projette à Hong Kong pour se prostituer un laps de temps pour empocher un maximum d’argent et vivre une meilleure vie dans sa province natale.
Par delà ce travail harassant où elle brasse quelques dizaines d’hommes par nuit, elle fait la rencontre de la jeune Fan, la même que l’on a pu voir dans Little Cheung, accompagné de toute sa famille. Durian Durian est donc une parallèle au précédent film de Fruit Chan. On y apprend des informations supplémentaires sur la situation illégale de Fan à Hong Kong. Sa condition de vie est toutes aussi à plaindre que la jeune Qin Yan car elle vit dans l’incertitude de se faire prendre par la police.
Son père déjà fortement handicapé se donne au maximum dans son travail et essaie de rendre le plus heureux possible sa pet
ite Fan, qui avec sa mère officient clandestinement à l’arrière d’un restaurant. Fort heureusement pour eux , la famille possèdent tout de même un pied à terre à Shenzhen.
Ainsi ces deux desseins similaires à de nombreux chinois cherchant l’eldorado à Hong Kong, se croisent et s’unissent quelque temps de quelques saisons.
Qu’adviendra t-il de ces deux filles en proie à la précarité et à la recherche d’une vie meilleure ?
Fruit Chan est obsédé ; obsédé par sa ville, Hong Kong, et par cette Chine qui se sont unis depuis 1997.
Durian Durian est une fois de plus un vestige de cette métropole et à sa vie sociale. Dévoilant le chemin emprunté de cette jeune fille prostituée, au carrefour quelques personnages de Little Cheung dont la petite Fan avait déjà fait notre bonheur de cinéphile, Fruit Chan semble bien plus à l’aise que dans ses précédents films.
Figure de style en plus, le réalisateur scinde son œuvre en deux parties distinctes: la première sur la vie à Hong Kong des deux principaux protagonistes, la deuxième sur le retour en province de la jeune prostituée.
La première, tournée tel un documentaire dramatique, caractérise la pauvreté chinoise rurale, qui pour s’extirper de cette précarité, immigre à Hong Kong et rêve d'y trouver bonne fortune. Munis d’un visa de 3 mois largement dépassé, ces chinois continuent à exercer clandestinement des petits boulots pour d’empocher le maximum d’argent possible envue de retourner à la campagne ou bien de tout simplement continuer à vivre dans cette cité où ils n'on aucuns droits.
Qin Yan, interprétée par la resplendissante Qin Hailu (秦海璐) (que l’on peut retrouver aujourd’hui dans certains films underground chinois tel Chicken Poets (像鸡毛一样飞) ou l’excellent Suffocation (窒息) ) donne toute la mesure de cette virée d’un enfer à un autre. On y découvre une femme auparavant étudiante, qui se prostitue et touche à tellement d’hommes que les nombreuses douches pour se purger de ces souillures lui effritent la peau.
L’odeur de l'argent "fac
ile" amène cette prostitution qui je dois le signaler n’est pas vu du même œil au sens moral en Chine et en Asie plus généralement. En effet, la prostitution est un moyen d’arriver à ses fins et se prostituer les filles pauvres ne se rongent pas de culpabilités (pour celles qui ont choisit délibérément cette voie). Quelques demoiselles des régions les plus pauvres de Chine se retrouvent bien souvent dans les grandes villes tel que Shanghai, Canton ou Pékin pour y vendre leur corps pendant quelques mois, puis retourner en province afin de s’acheter une maison ou ouvrir un magasin.
Fruit Chan s’est intelligemment immiscé dans la vie de ces filles pour pouvoir réaliser Durian Durian. Il réalisa dès la fin du tournage de Little Cheung, un véritable travail d’investigation avec camera dissimulé pour connaître tout du fonctionnement de ce réseau de prostitution. Cette nébuleuse est bien entendu entretenue par la mafia locale. Quelques salons de thé deviennent alors les lieux de rendez vous entre les proxénètes et les prostituées où les premiers donnent le contact des clients à divertir.
Cette première phase sur Hong Kong où se croise le destin de Fan et Qin Yan est fortement pédagogique et donne au cinéphile quelques clés de compréhension sur le monde underground de la ville désormais redevenue chinoise.
La deuxième thématique nous donne l’occasion de suivre Qin Yan et son devenir par le biais d'un voyage dans à sa province natale.
De retour avec un pécule d’argent non négligeable, elle décide de résoudre tous les problèmes qu’elle avait laissé en partant pour Hong Kong. De son divorce à ses perspectives de travail, de sa famille au renouement des liens avec ses amis, Fruit Chan développe un véritable retour aux sources, un retour en Chine, la mère patrie.
D’une beauté visuelle
unique, tournée en plein hiver, la région du Nord Est ne dévoile pas seulement son extrême pauvreté mais aussi son ambiance singulière post-industrielle, tout un pan culturel de la Chine aujourd’hui disparue ou en proie de l'être, où déambulent des jeunes adultes à l' avenir incertain.
Certainement la plus idéologique, cette deuxième partie s'oppose à la première et pointe du doigt une ville de Hong Kong créatrice de richesse mais aussi de situations sociales insoutenables, alors que la province se montre pauvre mais assurément plus apaisée.
Finalement c'est quoi un Durian Durian ?
Le Durian Durian est connu dans l’Asie du Sud comme « le Roi des Fruits » et ressemble à une énorme pêche verte recouverte de pics. Ce fruit a la particularité de sentir extrêmement mauvais (une odeur pestilentielle) lorsqu’on l’ouvre mais cache en son cœur d’exquis morceaux crémeux.Le film de Fruit Chan est ainsi à l’image de ce fruit et en fait son épicentre : certainement l’une des meilleures œuvres sociales chinoises.
Voir un extrait
Durian Durian ou les destins croisés de deux chinoises, une jeune femme de 21ans et une petite fille, qui tentent de survivre illégalement à Hong Kong. La première, Qin Yan, se prostitue et économise l’argent ainsi gagné pour mener peut être un jour une « vie normale ». La seconde, Fan, narratrice du film, travaille pour aider sa famille et songe aux moyens qui lui permettraient de sortir de la misère…
Fruit Chan (陈果) nous revient avec Durian Durian (榴梿飘飘) après une trilogie sur la rétrocession de Hong Kong composé de Made in Hong Kong (香港制造) en 1997, The Longest Summer (去年烟花特别多) en 1998 et Little Cheung (细路祥) en 1999. Cette fois le cinéaste laisse en aparté les fantômes de l’angoisse, pour mouvoir au mélange culturel et social de la métropole.
Durian Durian retrace la vie de Qin Yan, une jeune femme originaire du Nord Est de la Chine qui se projette à Hong Kong pour se prostituer un laps de temps pour empocher un maximum d’argent et vivre une meilleure vie dans sa province natale.
Par delà ce travail harassant où elle brasse quelques dizaines d’hommes par nuit, elle fait la rencontre de la jeune Fan, la même que l’on a pu voir dans Little Cheung, accompagné de toute sa famille. Durian Durian est donc une parallèle au précédent film de Fruit Chan. On y apprend des informations supplémentaires sur la situation illégale de Fan à Hong Kong. Sa condition de vie est toutes aussi à plaindre que la jeune Qin Yan car elle vit dans l’incertitude de se faire prendre par la police.
Son père déjà fortement handicapé se donne au maximum dans son travail et essaie de rendre le plus heureux possible sa pet
ite Fan, qui avec sa mère officient clandestinement à l’arrière d’un restaurant. Fort heureusement pour eux , la famille possèdent tout de même un pied à terre à Shenzhen.Ainsi ces deux desseins similaires à de nombreux chinois cherchant l’eldorado à Hong Kong, se croisent et s’unissent quelque temps de quelques saisons.
Qu’adviendra t-il de ces deux filles en proie à la précarité et à la recherche d’une vie meilleure ?
Fruit Chan est obsédé ; obsédé par sa ville, Hong Kong, et par cette Chine qui se sont unis depuis 1997.
Durian Durian est une fois de plus un vestige de cette métropole et à sa vie sociale. Dévoilant le chemin emprunté de cette jeune fille prostituée, au carrefour quelques personnages de Little Cheung dont la petite Fan avait déjà fait notre bonheur de cinéphile, Fruit Chan semble bien plus à l’aise que dans ses précédents films.
Figure de style en plus, le réalisateur scinde son œuvre en deux parties distinctes: la première sur la vie à Hong Kong des deux principaux protagonistes, la deuxième sur le retour en province de la jeune prostituée.
La première, tournée tel un documentaire dramatique, caractérise la pauvreté chinoise rurale, qui pour s’extirper de cette précarité, immigre à Hong Kong et rêve d'y trouver bonne fortune. Munis d’un visa de 3 mois largement dépassé, ces chinois continuent à exercer clandestinement des petits boulots pour d’empocher le maximum d’argent possible envue de retourner à la campagne ou bien de tout simplement continuer à vivre dans cette cité où ils n'on aucuns droits.
Qin Yan, interprétée par la resplendissante Qin Hailu (秦海璐) (que l’on peut retrouver aujourd’hui dans certains films underground chinois tel Chicken Poets (像鸡毛一样飞) ou l’excellent Suffocation (窒息) ) donne toute la mesure de cette virée d’un enfer à un autre. On y découvre une femme auparavant étudiante, qui se prostitue et touche à tellement d’hommes que les nombreuses douches pour se purger de ces souillures lui effritent la peau.
L’odeur de l'argent "fac
ile" amène cette prostitution qui je dois le signaler n’est pas vu du même œil au sens moral en Chine et en Asie plus généralement. En effet, la prostitution est un moyen d’arriver à ses fins et se prostituer les filles pauvres ne se rongent pas de culpabilités (pour celles qui ont choisit délibérément cette voie). Quelques demoiselles des régions les plus pauvres de Chine se retrouvent bien souvent dans les grandes villes tel que Shanghai, Canton ou Pékin pour y vendre leur corps pendant quelques mois, puis retourner en province afin de s’acheter une maison ou ouvrir un magasin.Fruit Chan s’est intelligemment immiscé dans la vie de ces filles pour pouvoir réaliser Durian Durian. Il réalisa dès la fin du tournage de Little Cheung, un véritable travail d’investigation avec camera dissimulé pour connaître tout du fonctionnement de ce réseau de prostitution. Cette nébuleuse est bien entendu entretenue par la mafia locale. Quelques salons de thé deviennent alors les lieux de rendez vous entre les proxénètes et les prostituées où les premiers donnent le contact des clients à divertir.
Cette première phase sur Hong Kong où se croise le destin de Fan et Qin Yan est fortement pédagogique et donne au cinéphile quelques clés de compréhension sur le monde underground de la ville désormais redevenue chinoise.
La deuxième thématique nous donne l’occasion de suivre Qin Yan et son devenir par le biais d'un voyage dans à sa province natale.
De retour avec un pécule d’argent non négligeable, elle décide de résoudre tous les problèmes qu’elle avait laissé en partant pour Hong Kong. De son divorce à ses perspectives de travail, de sa famille au renouement des liens avec ses amis, Fruit Chan développe un véritable retour aux sources, un retour en Chine, la mère patrie.
D’une beauté visuelle
unique, tournée en plein hiver, la région du Nord Est ne dévoile pas seulement son extrême pauvreté mais aussi son ambiance singulière post-industrielle, tout un pan culturel de la Chine aujourd’hui disparue ou en proie de l'être, où déambulent des jeunes adultes à l' avenir incertain.Certainement la plus idéologique, cette deuxième partie s'oppose à la première et pointe du doigt une ville de Hong Kong créatrice de richesse mais aussi de situations sociales insoutenables, alors que la province se montre pauvre mais assurément plus apaisée.
Finalement c'est quoi un Durian Durian ?
Le Durian Durian est connu dans l’Asie du Sud comme « le Roi des Fruits » et ressemble à une énorme pêche verte recouverte de pics. Ce fruit a la particularité de sentir extrêmement mauvais (une odeur pestilentielle) lorsqu’on l’ouvre mais cache en son cœur d’exquis morceaux crémeux.Le film de Fruit Chan est ainsi à l’image de ce fruit et en fait son épicentre : certainement l’une des meilleures œuvres sociales chinoises.
Voir un extrait
Damien Paccellieri


















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C'est un très bon film, j'ai bien aimé, je l'ai vu au moins 3 fois. Et surtout, Qin Hailu pour sa prémiere fois expérience de tourner un film, elle a très bien joué. J'aime beaucoup ton texte aussi.