jeudi 24 mai 2007

The Concrete Revolution

The Concrete Revolution de Guo Xiaolu, 2004
Documentaire

Une méditation sur le prix à payer pour la construction de la nouvelle Chine. Ce documentaire commence avec la masse d’ouvriers qui fonce vers Pékin pour travailler à la démolition et la construction de la ville. La nouvelle Chine exploite le désespoir de ces gens pour réaliser ses ambitions. Mais les ouvriers ne restent pas longtemps à Pékin, il n’y a pas assez de place pour eux. Construire puis rentrer dans leurs régions est une
condition sine qua non.
Alors que la Chine envoie des fusées dans l’espace, prépare à accueillir les Jeux Olympiques de 2008, cet essai documentaire et poétique observe un moment clé de l’histoire de la Chine et capture brièvement l’érosion du passé et de sa mémoire…

Guo Xiaolu (郭小橹) continue son expérimentation de l’image et de la narration mais s’attaque cette fois ci au sujet très sensible qu’est la mutation sociale autour de l’immobilier et des petites mains qui en font sa pérennité. C’est peut être pour cela qu’elle fut r
écompensé par un grand prix au festival des droits de l’homme de Paris. Et c’est assurément pour ce type de portrait que Guo Xiaolu n’est pas la bienvenue sur les chantiers de constructions chinois qu’elle arpente tout au long du documentaire.

Cela commence par un vieil homme achetant son journal en bas de chez lui et qui, lorsqu’il revient du marchand de journaux, ne retrouve plus son chemin tant les immeubles semblent avoir changés.
Sur l’un des sites de construction de Pékin, les passants peuvent lire « Pékin est toujours en changement » et c’est d’autant plus vr
ai avec l’arrivée des jeux olympiques de 2008.
Guo Xiaolu use alors
des plus ingénieux procédés pour cheminer vers une critique de la perte éminente de repères culturels en Chine.
Mao disait : « Nous ne
sommes pas seulement bon en détruisant l’ancien monde, mais en construisant le nouveau. » C’est tout à fait ce que nous voyons à travers la multiplication des constructions immobilières de la capitale chinoise.

Avec une petite ironie dans l’utilisation de l’hymne chinois sur des images de carrières prêtes à être couler sous des litres de ciments, Guo Xiaolu
entame une réflexion sur ce nouveau marché, à savoir si cette course folle n’est pas une nouvelle guerre civile faite de construction, de destruction et de reconstruction.
Selon ses chiffres, 12 000 000 d’âmes peuplent la ville de Pékin avec plus d’un million d’ouvrier en sus, ces fameux mingongs venus d’autres régions pour espérer vivre mieux. Elle présente alors Yong Ding-mui au sud de Pékin, peut être
l’un des plus grands chantiers de l’époque. N’ayant pas peur de se faire réprimander par les chefs de ce site, Guo Xiaolu part à la rencontre de ces ouvriers et leur pose ouvertement des questions :
« Pourquoi détruire
les anciennes maisons ? », la réponse est alors calculée : « Pour les Jeux Olympiques, mais aussi pour construire l’image d’une Chine moderne. »
Il n’y a donc pas de prix à l’évolution de la Chine. Tout est possible dans un pays où les jeunes ont une appétence de devenir
propriétaire sans se soucier des conditions de travail de leurs congénères. La responsabilité n’incombe pas à la seule gouvernance étatique, mais à toute la société qui se rend complice d’un tel désintérêt. Parmi ces mingongs, venant pour la plupart des villages miniers du nord est, très peu peuvent se payer le luxe de manger de la viande. Ils se contentent alors toujours des mêmes soupes des mêmes brioches et habitent sur le chantier dans des abris de fortunes dont ils doivent se satisfaire.

Ainsi, si la trame principale de ce documentaire est portée par les épaules de ces nécessiteux, Guo Xiaolu y mélange des images expérimentales, des ralentis, des filtres de couleurs, des photos d’archives, des formes stylistiques très intéressantes donnant un caractère singulier et artistique à sa réflexion sur la société.
Elle nous apprend même certains mystères de la censure chinoise à travers ses propres expériences par sa prise de parole via la ca
méra. Avec une manière contemplative de traiter le sujet, renforçant la persistance de notre regard à l’égard de ces mingongs, Guo Xiaolu est une artiste qui se cherche et réussit à donner une saveur particulière à un travail de fond comme de forme tout en employant ses habituelles petites ficelles que sont le monologue explicatif, le jeu de plans et de coupures ou les rushs bruts mêlés à des trames sophistiqués.
On n’en attendait pas moins d’une romancière dont l’imagination s’immisce avec splendeur dans les plus âpres réalités sociales.

The Concrete Revolution est donc une excellente entrée en matière dans le champ du documentaire et du cinéma, qui enrichit un sujet des plus problématiques pour les grandes villes chinoises. Une nouvelle manière de l'aborder ? Certainement.

Damien Paccellieri

Publié par damien à 19:26

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J'avais vu passer ce film dans les programmes de festivals mais pas eu la chance de le voir. Des infos sur une éventuelle distribution en france ou sortie dvd?

Publié par Anonymous chronofixer à 26 mai 2007 12:08 #
 

hello,
Le docu est dispo aux USA (format NTSC) mas je ne pense pas qu'il soir prévue pour une sortie française. Dommage c'est un docu très intéressant entre art et réel.

Publié par Blogger damien à 26 mai 2007 17:20 #
 

ok merci pour l'info, en effet je le vois a 90 dollars sur amazon et 60 sur ebay!
a ce prix ca fait réfléchir.
on va attender un peu je crois.

Publié par Anonymous chronofixer à 26 mai 2007 19:27 #
 

Bonne nouvelle !!
Une édition française chez LES FILMS DU PARADOXE est prévue pour juin 2008. Une excellente occasion de découvrir le travail visuel de Guo Xiaolu

Publié par Blogger damien à 19 mars 2008 11:45 #
 
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