lundi 7 mai 2007

Better Than Sex

Better Than Sex de Su Chao-pin, 2001
Avec Michael Wong, Bobby Chen, Ginny Liu

Un jeune homme complexé par la taille de son sexe se réfugie dans une librairie pornographique. Trois jeunes idiots sont à la recherche d’une lame ancestrale. Deux filles se rebellent et deviennent des braqueuses de station service. Un policier sur son scooter, tel John Wayne sur son fidèle destrier, donne toute son énergie pour faire régner l'ordre et la justice. Résultat : Une brochette des meilleurs moments d’une jeunesse taiwanaise bien barrée…






Qui aurait pu croire qu’avec un titre comme Better Than Sex (爱情灵药), ce dernier thème serait seulement énoncé en cati mini, à faible d
ose ? Et pourtant c’est vrai, nous ne sommes pas en face d’un simple teenage movie du type" sexe, barbe à papa and rock’n pop", mais plutôt devant un ovni taiwanais, tel un Pulp Fiction pour post ado, si l’on analyse sa structure, ses personnages et leurs scenarii.

En effet, Better Than Sex n’est pas structuré comme un long développement mais plutôt comme un ensemble de scénettes affûtées.
Une galerie de personnage haut en couleur avec comme héros, un timide expert en revue pornographique dont la taille du pénis est si surprenante qu’elle en devient gênante. Problème : il n'est pas encore un homme, un vrai (sur le plan sexuel). Son caractère de béni oui oui et son physique neutre en font une parfaite cible mise à rude épreuve à chaque passage du long métrage. Avec un tel faciès et des mimiques grandguignolesques, le jeune homme se transforme en héros malgré lui de cette comédie loufoque.

Heureusement pour lui, il partage l’affiche avec trois allumés à la recherche d’une super épée (on ne sait pas pourquoi), un flic genre l’inspecteur Harry (la moto en plus), deux filles maquillées gothiques qui braquent le shop d’une station essence, des animateurs télés japonais à la recherche de gangsters pour leur émission déjantée et enfin le patron d'une librairie érotique, un vrai saint dans un monde pernicieux, dont la femme était mannequin dans des revues "hot".

Bref, vous l’aurez compris Better Than Sex est un incroyable pot pourri de personnages attachants.
Pourtant ses nombreuses individualités pourraient nuir à la qualité scénaristique du long métrage, mais le réalisateur a su proportionné malicieusement pour que la mayonnaise prenne sans aigreurs. Chaque histoires s’entrecroisent tout en réussissant à garder comme fil conducteur le héros de départ et ses problèmes intimes.

Ce qui fait aussi la force Better Than Sex c’est Taipei, la capitale taiwanaise. A la manière des films japonais pour adolescent avec comme fond de décor Tokyo, ville au multiple visage, le long métrage de Su Chao-Pin (苏照彬) épouse parfaitement Taipei et sa jeunesse avec un brin d'humour encore inconnu. Le réalisateur se permet tout de même un clin d’œil nippon avec l’équipe de télévision japonaise présente dans les aventures de ce kaléidoscope social. Une sorte de renvoi d’ascenseur pour toutes les valeurs culturelles que le Japon a transmise à Taiwan.
Cependant l’humour reste profondément chinois avec des moments vraiment très forts. Pour exemple, une scène correspondant au pénis de notre héros a vraiment été bien pensé et s’avère mémorable. Et ces petits espaces de fantaisies hors normes viennent encore saupoudrés Better Than Sex. On se rappellera des rappeurs taiwanais poussant la chansonnette et devenant des acteurs à leur insu. Et de cette scène nous nous souviendrons de l’ambiance musicale tout bonnement excellente proposant quelques perles du style taiwanais des années 2000.

C’est donc beaucoup d’éloges pour Better Than Sex. Mais qu’en est il des défauts de fabrication ? Et bien, il subsiste certains colmatages hasardeux lorsqu’on passe d’une histoire à une autre, d’un personnage à l’autre. De véritables montagnes russes où le spectateur est propulsé d'un extrême à un autre avec des césures à la hache qui tranchent quelques fois le long métrage dans son élan humoristique .

La structure du film, tel Magnolia de Paul Thomas Anderson, s'érige vers toutes les directions possibles sans s’égarer dans de houleuses incohérences. Au regard de certains personnages, on se pose toutefois la question de leur présence dans le film. Leur totale indépendance porte à croire qu’une absence définitive n’aurait pas été plus mal. Mais cette dose de n’importe quoi cautérise facilement les quelques aléas de réalisation et nous laisse en tête une comédie déjantée, fraîche et dotée d’une galerie de personnage typées. Un excellent divertissement et une belle preuve de la vivacité du cinéma taiwanais. C'est ce qu'on appelle une mandale cinématographique.

Damien Paccellieri

Publié par damien à 20:16

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