lundi 9 avril 2007
Vesoul : Bilan de la famille des cinemas d'asie
Voici venu le temps du bilan, le temps des souvenirs, le temps des plaisirs. Le festival de Vesoul 2007 fut une épopée cinématographique inoubliable et je vous présente en ces quelques lignes, une partie de cette aventure humaine.Voir le palmarès
site du festival de Vesoul
Une cuvée d’exception
Pour sa treizième édition, le Festival des Cinémas d’Asie de Vesoul continue son chemin vers l’excellence cinématographique. Chinacinema.fr (et le rédacteur de cineasie.com que je suis aussi) suit le festival depuis l’année dernière où le maître, que dis-je, l’un des meilleurs réalisateurs au monde, Hou Hsiao-hsien nous avait fait l’honneur de sa présence. En cette année 2007, le couple Thérouanne pionnier et forgeron du cinéma en Franche-Comté, ont offert à leur ville et à leurs cinéphiles une programmation éclectique autour d’excellentes thématiques.
Une magnifique sélection intitulée « Interdits et Tabous » nous a conté de nombreuses expériences culturelles, qui dans leurs pays réciproques, sont encore difficiles à comprendre, à expliquer et à débattre. Sweet Degeneration de Lin Cheng-sheng nous proposa de suivre les aléas d’un amour co-sanguin, Un Jour de Plus de Bahak Payami
dénonça la solitude et l’étouffement d’un couple iranien vivant leur amour en toute discrétion, puis la Saison des Herbes Jaunes de Maryam Yusupova arriva à exposer la mort et ses non-dits. Ces quelques exemples abreuvèrent ainsi le public de nouveaux horizons, de nouvelles destinées cinématographiques qu’il ne connaît que très peu tel l’Iran, le Tadjikistan, la Turquie ou bien même le Pakistan, des trésors oubliés dont l’organisation du festival a su dénicher les plus belles pièces. Bien entendu il n’y a pas de bons festivals sans de bonnes rétrospectives et celles de 2007 furent des plus réussis, à commencer par Shohei Imamura qui s’est éteint l’année dernière laissant le Japon orphelin d’un de ses plus grands réalisateurs. Les Thérouanne se sont donnés du mal pour offrir à leurs festivaliers des bouts de pellicules nippones rarement exploités. On citera évidemment la collection Citoyens Japonais abandonnés composé de 4 épisodes tournés en 1971 et 1973 en 16mm ; mais aussi le chef d’œuvre L’évaporation de l’Homme et L’histoire du Japon raconté par une Hôtesse de bar, pièces uniques d’un ensemblier cinématographique social d’une rare élégance. La sélection en compétition officielle fut aussi l’une des plus intéressantes de ces dernières années.
Dans le livret de programmation, l’introduction rappelle que le nerf de la guerre pour un festival est et restera toujours les subventions qui jouent leur rôle dans la qualité de la programmation d’un évènement comme celui-ci. Et bien le Fest
ival de Vesoul tient toujours aussi bien la barre avec une qualité sans équivoque. Il en va ainsi pour Adieu la Vie dans une cinématique autour d’un gamin dans un désert de casque militaire, pour Out of Sight dont on ne regardera plus les aveugles comme avant, pour Des Temps et des Vents exposant une Turquie figée sur ses anciennes valeurs sociales et pour Barberlés une véritable mise au point indienne sur la religion et le communautarisme lorsqu’il s’agit non pas de vivre, mais de survivre. Par ces quelques thématiques citées parmi bien d’autres, il va sans dire que Vesoul made in 2007 ne fut pas un bon festival, non, il fut excellent, tout simplement. C’est un peu comme ces vins et ces cuvées qui avec l’âge, le temps et la passion, se bonifient et se délectent avec plaisir.
Et si Vesoul était chinoise ?
A en voir l’affiche à l’effigie de Mao et Deng Xiaoping, cette année vesoulienne allait forcément être chinoise ou ne serait pas. Avec une rétrospective complète de Wu Tianming en sa présence, le duo Thérouanne a serti le festival d’un des plus éminents personnages du cinéma chinois. Directeur des studios de Xi’an dans les années 80 et découvre
ur de Chen Kaige et Zhang Yimou (pour ne citer qu’eux), son volontariat a été tout aussi déterminant que ces longs métrages devenus célèbres pour certains comme le Roi des Masques, le Rivière sans Balises, ou bien encore le superbe Life. Quelques perles produites par le cinéaste étaient aussi au rendez vous comme l’Affaire du Canon Noir de Huang Jianxin (on remerciera Hubert Laot) et le Voleur de Chevaux du célèbre cinéaste ethnologue Tian Zhuangzhuang.D’une extrême sincérité et gentillesse, Wu Tianming fut certainement l’homme clé de ce festival, offrant de nombreux moments d’échanges avec le public. Mais derrière cet arbre, ce song chu du cinéma chinois, se cacha cette année une forêt luxuriante représentée par Xie Fei, lui aussi présent à Vesoul pour mener la présidence du Jury des films en compétitions. Déjà récompensé d’un Ours d’Or il y a de cela quelques années pour son film Les femmes du lac aux âmes parfumées, sa présence, son sourire, sa discrétion et sa mansuétude ont su illuminer le festival. Comme le dira encore affectueusement Jean Marc Thérouanne le « Ye Ye » laissera de merveilleux souvenirs aux cinéphiles. Le cinéaste Sheng Zhimin était aussi dans la place pour nous présenter, Bliss, son dernier long métrage, après avoir bataillé aux côtés de Fruit Chan et Jia Zhang-ke.
Enfin Vesoul a été aussi le moment du passage furtif d’un producteur solaire nommé Chu Chen-on (une bonne humeur à l’épreuve des balles), hongkongais de souche, venant présenter le long métrage / documentaire Ma belle mère est une danseuse de ventre qui a su charmer le public, obligeant les cinéphiles de tout bord à prendre en route le train du cinéma chinois, aujourd’hui à grande vitesse pour avoir raflé le Lion d’Or 2006 et l' Ours d’Or 2007. Quand le cinéma chinois se réveillera, la terre tremblera. Vesoul a tremblé…de plaisir !
Vesoul, c’est vivre en famille
Si le festival de Vesoul possède bien une qualité que les autres n’ont pas, c’est bien cette ambiance unique et familiale propre à tous les efforts et toute la sympathie du duo Thérouanne. Le public put librement parler aux intervenants, les cinéastes prirent un café au bar du cinéma, pas de gorilles de sécurité comme dans d’autres évènements de même ampleur et et et…. une Bambouseraie relaxante et vivifiante puisqu’elle a su soulager les grandes soifs comme les plus morfales d’entre nous. Chaque festivalier devint le temps d’une semaine un proche, un ami, un membre de la famille.
Par expérience de f
estivalier, vous ne retrouverez pas cette sensation dans les autres manifestations françaises du genre et c’est en cela l’essence même de ce festival : ce n’est plus seulement un festival des cinémas d’Asie, mais La famille des cinémas d’Asie. Et à cet instant précis, je vous prie de croire que chaque festivalier se remémorera ces instants fabuleux, toutes ces soirées festives, ces instants de partages, ces retrouvailles entre cinéphiles et grand public qui ont su donner le plus beau des sourires cinématographiques à cet évènement.Alors chapeau bas les artistes Thérouanne, Yannick et toute l’organisation. A l’année prochaine !
Damien Paccellieri


















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