lundi 2 avril 2007
Little Cheung (细路祥)
Little Cheung de Fruit Chan, 1999Tourné avec des acteurs non professionnels
Little Cheung, neuf ans, travaille comme livreur pour son père restaurateur, servant aussi bien des clients normaux que des mafieux. Après avoir rencontré Fan, gamine chinoise immigrée clandestine, avec qui il se liera d'amitié, ces deux-là vont déambuler dans le quartier en faisant quelques blagues au gré de leurs livraisons…
Little Cheung (细路祥) , troisième et dernier volet de la trilogie de Fruit Chan (陈果) à propos de la rétrocession de Hong Kong à la Chine en 1997 (bien qu'il réalisera ensuite l'excellentissime Durian Durian) nous narre la vie d'un petit garçon connu de toute la ville comme le "petit Cheung".
Cheung est un gamin assez chétif et débordant d'imagination tels les gamins de son âge mais qui doit renoncer à son innocence enfantine pour affronter la dure réalité de la vie. L'argent est difficile à gagner à Hong Kong et il doit pour cela se plier en quatre afin de pouvoir apporter sa participation à la rente familiale. Le travail des enfants étant bien évidemment illégal, il aide son père en livrant à domicile les commandes des clients en prenant bien soin de se garder les pourboires. Dans sa quête de la richesse, il va rencontrer Fan, une fillette émigrée clandestinement, et qui va très rapidement susciter son attention.
Fruit Chan nous livre ici une fois de plus un film d'auteur passionnant mais à l'attractivité peu évidente pour de nombreux spectateurs. En effet pour apprécier ce cinéma, la seule passion du septième art chinois est insuffisante, il faut en effet nouer un réel amour pour la Chine (et ici plus particulièrement Hong Kong) afin de pouvoir cerner effica
cement l'ambition des propos exposés ainsi qu'apprécier la portée émotionnelle des personnages.
De la même manière que Wong Kar Wai, Fruit Chan ne développe pas de scénario pour y inscrire ensuite des personnages mais développe des personnages touchant qui vont, par leur prestance et leurs gestes quotidiens, créer la trame du film. Le public visé par Fruit Chan reste relativement restreint et c'est là même son principal défaut : on pourrait aisément qualifier le film d'élitiste.
Tourné de manière très classique (on est loin des plans à la Wong Kar Wai) avec des acteurs amateurs, l'oeuvre pourrait avoir des allures repoussantes. Et pourtant il n'en est rien. Bien au contraire même. Les acteurs sont tous plus formidables les uns que les autres et parviennent à nous transmettre de réelles émotions telles que l'amitié, la honte ou encore la tristesse, la joie avec une telle authenticité, un tel réalisme que bien des comédiens professionnels devraient s'en inspirer. Le petit Cheung est fabuleux d'ingéniosité et sa joie de vivre malgré sa solitude est à la fois émouvante et triste. Sa rencontre avec la petite Fan va ê
tre déterminante.Clandestine, elle connait déjà le monde du travail et va par son sourire malicieux redonner un véritable sens à la vie de Cheung, une raison de partir travailler chaque jour le sourire aux lèvres. Car dorénavant il n'est plus seul. La palette d'émotions de ces deux jeunes acteurs (qui n'en sont pas d'ailleurs) est étonnante, notamment la scène où Cheung se fait fesser par son père sur le palier de la porte devant les passants et qui finit par s'effondrer en larmes dans la jupe de la bonne de maison.
La vision de Hong Kong y est donc traitée de manière très réaliste à la limite du documentaire ce qui tend à réduire les plans stylisés ainsi que les ambiances sonores. Terminée la vision de Little Cheung, on a l'impression d'avoir arpenter deux heures les ruelles de Hong Kong pour y observer la vie, les coutumes mais aussi les habitudes, les loisirs de cette petite ville pas très grande (si l’on ne compte pas les nouveaux territoires). L'immersion est totale et surtout, inconsciente, puisque lorsque apparaît le générique de fin (très amusant d'ailleurs puisqu'une troupe chinoise reprend à sa manière des succès musicaux occidentaux), on se surprend à regretter de rentrer chez nous.
Cependant il n'est pas exempt de défauts. Tout d'abord, la narration est traitée de manière excessivement lente et l'action y est qu
asiment absente. C'est un trait caractéristique du cinéma dramatique chinois (Cf. In the Mood For Love) qui permet de s'imprégner totalement des personnages, on ne regarde plus un acteur, on vit à ses cotés. Toutefois, les moins robustes risquent de ne pas réussir à retenir quelques bâillements. Ensuite, le film étant traité à la manière d'un documentaire, l'image est bien loin de la qualité des standards actuels et les plans ne font preuve ni d'une réelle originalité et encore moins d'une quelconque créativité artistique. Enfin l'absence chronique de scénario réel rend l'adhésion au film difficile à quiconque ne possède pas d'affinité avec l'Empire du milieu.
Little Cheung n'est clairement pas un film qui vous en mettra plein la vue, il est même aux antipodes du cinéma pop corn.
Mais même si pour certains ce long métrage rebutera plus qu'il ne plaira, ceux qui prendront le temps de l'adopter trouveront là une pépite culturelle rare signée Fruit Chan. Un film à posséder d'urgence.
Little Cheung, neuf ans, travaille comme livreur pour son père restaurateur, servant aussi bien des clients normaux que des mafieux. Après avoir rencontré Fan, gamine chinoise immigrée clandestine, avec qui il se liera d'amitié, ces deux-là vont déambuler dans le quartier en faisant quelques blagues au gré de leurs livraisons…
Little Cheung (细路祥) , troisième et dernier volet de la trilogie de Fruit Chan (陈果) à propos de la rétrocession de Hong Kong à la Chine en 1997 (bien qu'il réalisera ensuite l'excellentissime Durian Durian) nous narre la vie d'un petit garçon connu de toute la ville comme le "petit Cheung".
Cheung est un gamin assez chétif et débordant d'imagination tels les gamins de son âge mais qui doit renoncer à son innocence enfantine pour affronter la dure réalité de la vie. L'argent est difficile à gagner à Hong Kong et il doit pour cela se plier en quatre afin de pouvoir apporter sa participation à la rente familiale. Le travail des enfants étant bien évidemment illégal, il aide son père en livrant à domicile les commandes des clients en prenant bien soin de se garder les pourboires. Dans sa quête de la richesse, il va rencontrer Fan, une fillette émigrée clandestinement, et qui va très rapidement susciter son attention.
Fruit Chan nous livre ici une fois de plus un film d'auteur passionnant mais à l'attractivité peu évidente pour de nombreux spectateurs. En effet pour apprécier ce cinéma, la seule passion du septième art chinois est insuffisante, il faut en effet nouer un réel amour pour la Chine (et ici plus particulièrement Hong Kong) afin de pouvoir cerner effica
cement l'ambition des propos exposés ainsi qu'apprécier la portée émotionnelle des personnages.De la même manière que Wong Kar Wai, Fruit Chan ne développe pas de scénario pour y inscrire ensuite des personnages mais développe des personnages touchant qui vont, par leur prestance et leurs gestes quotidiens, créer la trame du film. Le public visé par Fruit Chan reste relativement restreint et c'est là même son principal défaut : on pourrait aisément qualifier le film d'élitiste.
Tourné de manière très classique (on est loin des plans à la Wong Kar Wai) avec des acteurs amateurs, l'oeuvre pourrait avoir des allures repoussantes. Et pourtant il n'en est rien. Bien au contraire même. Les acteurs sont tous plus formidables les uns que les autres et parviennent à nous transmettre de réelles émotions telles que l'amitié, la honte ou encore la tristesse, la joie avec une telle authenticité, un tel réalisme que bien des comédiens professionnels devraient s'en inspirer. Le petit Cheung est fabuleux d'ingéniosité et sa joie de vivre malgré sa solitude est à la fois émouvante et triste. Sa rencontre avec la petite Fan va ê
tre déterminante.Clandestine, elle connait déjà le monde du travail et va par son sourire malicieux redonner un véritable sens à la vie de Cheung, une raison de partir travailler chaque jour le sourire aux lèvres. Car dorénavant il n'est plus seul. La palette d'émotions de ces deux jeunes acteurs (qui n'en sont pas d'ailleurs) est étonnante, notamment la scène où Cheung se fait fesser par son père sur le palier de la porte devant les passants et qui finit par s'effondrer en larmes dans la jupe de la bonne de maison. La vision de Hong Kong y est donc traitée de manière très réaliste à la limite du documentaire ce qui tend à réduire les plans stylisés ainsi que les ambiances sonores. Terminée la vision de Little Cheung, on a l'impression d'avoir arpenter deux heures les ruelles de Hong Kong pour y observer la vie, les coutumes mais aussi les habitudes, les loisirs de cette petite ville pas très grande (si l’on ne compte pas les nouveaux territoires). L'immersion est totale et surtout, inconsciente, puisque lorsque apparaît le générique de fin (très amusant d'ailleurs puisqu'une troupe chinoise reprend à sa manière des succès musicaux occidentaux), on se surprend à regretter de rentrer chez nous.
Cependant il n'est pas exempt de défauts. Tout d'abord, la narration est traitée de manière excessivement lente et l'action y est qu
asiment absente. C'est un trait caractéristique du cinéma dramatique chinois (Cf. In the Mood For Love) qui permet de s'imprégner totalement des personnages, on ne regarde plus un acteur, on vit à ses cotés. Toutefois, les moins robustes risquent de ne pas réussir à retenir quelques bâillements. Ensuite, le film étant traité à la manière d'un documentaire, l'image est bien loin de la qualité des standards actuels et les plans ne font preuve ni d'une réelle originalité et encore moins d'une quelconque créativité artistique. Enfin l'absence chronique de scénario réel rend l'adhésion au film difficile à quiconque ne possède pas d'affinité avec l'Empire du milieu.Little Cheung n'est clairement pas un film qui vous en mettra plein la vue, il est même aux antipodes du cinéma pop corn.
Mais même si pour certains ce long métrage rebutera plus qu'il ne plaira, ceux qui prendront le temps de l'adopter trouveront là une pépite culturelle rare signée Fruit Chan. Un film à posséder d'urgence.
Jean Baptiste Champion


















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