samedi 21 avril 2007
Les Filles du Botaniste (植物园)
Les Filles du Botaniste de Dai Sijie, 2005Avec Mylène Jampanoï, Li Xiaoran, Dongfu Lin
Dans la Chine des années 80, tous les tabous ne sont pas levés.
Min, une jeune orpheline part faire ses études chez un botaniste de renom. Homme secret et père autoritaire, son professeur vit sur une île qu'il a transformée en jardin luxuriant.
Contrainte de partager cette vie solitaire et effacée, sa fille An accueille avec joie l'arrivée de l'étudiante. Très vite complices, les deux jeunes femmes voient leur amitié évoluer vers une attraction troublante, sensuelle et interdite.
Incapables de se séparer, Min et An imaginent bientôt un dangereux arrangement pour continuer à partager le même toit...
Depuis Balzac et la petite tailleuse chinoise (巴尔扎克和小裁缝) , Dai Sijie (戴思杰) est devenu une référence littéraire en France mais aussi un cinéaste aguerrit et Les filles du Botaniste n’est certainement pas l’œuvre la plus facile dans la carrière du réalisateur. En effet, abordant la thématique de l’homosexualité féminine, le plus français des artistes chinois s’est attiré, en connaissance de cause, le refus de pouvoir tourner son film en Chine. Dai Sijie a donc choisit le Vietnam, un pays qui réunit le plus de similitudes avec la région de Chine (le Yunnan très certainement) correspondant à l’histoire de son œuvre.
Il nous conte l’amour d’une fille élevé et éduqué dans un orphelinat suite au décès de ses parents dans le terrible tremblement de terre de Tangshan en 1976 causant la mort de milliers de chinois. En aparté, il est rare de voir cinéaste faire référence à cet évènement dont certains diront qu’il fut précurseur de la fin de l’époque maoïste. L’ampleur des dégâts et ses pertes humaines resteront cachées de la population chinoise pendant de nombreuses années, préférant regarder les survivants sortir des gravas en s’égosillant « vive le président Mao ! Longue vie au président !».
Cette petite fille survivante de ce désastre a depuis bien grandit et se prépare au poste de stagiaire chez le botaniste le plus estimé de la région. Pour ce faire, elle amène un cadeau à son nouveau professeur, un joli oiseau qui sait dire «
Vive le président Mao ». Avec ce premier contact, elle croise le regard de sa fille, qui deviendra avec le temps plus qu’une simple amie.
Elles viennent alors à développer ensemble leurs dons pour les plantes. De cet apprentissage mutuel, le cinéphile sera amené à découvrir un pan de la culture chinoise contenu dans la médecine par les plantes. Attacher un ginseng pour ne pas qu’il perde son âme est un exemple parmi d’autres. Cependant elles tendent de plus en plus l’une vers l’autres et se vouent à devenir des âmes sœurs …
Les Filles du Botaniste (植物园) est un film à double tranchant. S’il séduira par cette homosexualité dans un pays et dans une époque où elle était punit de peine de mort, il pourra décevoir par son développement enchevêtré dans une naïveté dérisoire.
Vous l’aurez donc compris, il y a dans cette œuvre une grande concentration de qualités comme de défauts.
Dai Sijie sait comme personne manier le visu des régions luxuriantes et verdoyantes comme le sont celles du Vietnam, parallèles à celles que l’ont peut trouver non loin de Guilin. Cependant, faut il encore que cette surimpression visuelle consolide le développement de l’œuvre, le premier chaînon manquant des Filles du Botaniste. En effet, derrière ces images, il n’y a pas de raison ou d’aboutissement, si ce n’est produire de belles images. On en attend plus d’un réalisateur qui avait déjà exploité cela dans Balzac et la petite tailleuse chinoise.
L’imbriquement narratif fébrile adjoint à une musique omniprésente, dessert fortement la densité de l’amour porté dans cette relation.
Mylène Jampanoï qui incarne Li Min est peut être au départ difficilement identifiable par son métissage comme une véritable chinoise et ce, malgré la réécriture, seule excuse viable à cet entre deux culturel. Cependant elle construit
durablement une prestation très intéressante, très consistante pour un premier grand rôle au cinéma. Ses débuts sont prometteurs et il y a fort à parier sur une belle carrière.
Li Xiaoran (李小冉), l’autre femme de ce long métrage campe une fille botaniste qui, fait rare dans le cinéma chinois, dévoile son corps, courage qui n’est pas sans rappeler celui de l’actrice Li Xiaolu (李小璐) dans Xiu Xiu de Joan Chen (天浴) ou bien encore Hao Lei (郝蕾) dans une Jeunesse chinoise (颐和园) de Lou Ye (娄烨).
Il n’y a donc, au regard de la prestation de ces deux actrices, pas la moindre trace d’erreurs de jeu. Conclusion : c’est bien dans le scénario de départ que se loge tous les véritables maux de ce film.
En effet, la thématique homosexuelle est endeuillée de quelques importantes névroses. La naïveté, à certains passages fondamentaux du film, dégrade fortement les réflexions autour de la réelle histoire d’amour de ces deux femmes, épicentre des Filles du Botaniste, qui malheureusement n’arrivera pas à s’amarrer complètement à la mémoire des cinéphiles.
Il n’y a pas réellement de constructions sentimentales entre ces deux femmes, juste une affection réciproque autour de leur occupation végétale, et puis soudain le grand amour. Dai Sijie n’insiste pas assez sur la psychologie de ses deux héroïnes. Pourquoi deviennent elles lesbiennes ? Quel est vraiment le parcours ou le déclic qui les amènent à franchir le pas de l’amitié pour celui de l’amour ? Quelles peuvent être les aspérités sexuelles de ce choix ?
Autant de questions où Dai Sijie semble manquer le coche sur un domaine, très sensible et très à même de susciter de nombreuses réactions.
Les Filles du Botanistes reste donc à l’état de cocon et n’arrivera pas à achever sa chrysalide cinématographique. Il n’en est pas moins un film courageux, très bien interprété par deux excellentes actrices et continuant à ouvrir le bal d’un sujet social tabou (avec les grands pionniers que sont Cui Zi’en (崔子恩), Stanley Kwan (关锦鹏) ou bien encore Zhang Yuan( 张元)).
Introduction de Dai Sijie
« C’est un film d’amour homosexuel dans un jardin chinois, un lieu paradisiaque »
« Il a été impossible de le produire en studio chinois, ou même dans une maison de production chinoise car c’est un sujet tabou. Il a donc été tourné au Vietnam »
Le tournage selon Lise Fayolle, Alfred Lot et Dai Sijie
«Nous avons très bien accueillit au Vietnam cependant la barrière de langue n’est pas des plus faciles.»
«L’équipe du film était très diversifiée entre chinois et québécois sur le tournage, il était nécessaire de parler en anglais. Dai Sijie a même joué les traducteurs.»
«Ici, tout se paye en cash, même les décors, les nuits d’hôtel et ce, parfois, par des sommes astronomiques.»
«Ce film fut éprouvant car la préparation a été très courte. De plus, les équipements cinématographiques vietnamiens étaient très réduits.»
Mylène Jampanoï sur sa préparation
« J’ai ingéré de nombreuses histoires d’hommes et de femmes chinois pour mieux appréhender le poids culturel du film.»
Dans la Chine des années 80, tous les tabous ne sont pas levés.
Min, une jeune orpheline part faire ses études chez un botaniste de renom. Homme secret et père autoritaire, son professeur vit sur une île qu'il a transformée en jardin luxuriant.
Contrainte de partager cette vie solitaire et effacée, sa fille An accueille avec joie l'arrivée de l'étudiante. Très vite complices, les deux jeunes femmes voient leur amitié évoluer vers une attraction troublante, sensuelle et interdite.
Incapables de se séparer, Min et An imaginent bientôt un dangereux arrangement pour continuer à partager le même toit...
Depuis Balzac et la petite tailleuse chinoise (巴尔扎克和小裁缝) , Dai Sijie (戴思杰) est devenu une référence littéraire en France mais aussi un cinéaste aguerrit et Les filles du Botaniste n’est certainement pas l’œuvre la plus facile dans la carrière du réalisateur. En effet, abordant la thématique de l’homosexualité féminine, le plus français des artistes chinois s’est attiré, en connaissance de cause, le refus de pouvoir tourner son film en Chine. Dai Sijie a donc choisit le Vietnam, un pays qui réunit le plus de similitudes avec la région de Chine (le Yunnan très certainement) correspondant à l’histoire de son œuvre.
Il nous conte l’amour d’une fille élevé et éduqué dans un orphelinat suite au décès de ses parents dans le terrible tremblement de terre de Tangshan en 1976 causant la mort de milliers de chinois. En aparté, il est rare de voir cinéaste faire référence à cet évènement dont certains diront qu’il fut précurseur de la fin de l’époque maoïste. L’ampleur des dégâts et ses pertes humaines resteront cachées de la population chinoise pendant de nombreuses années, préférant regarder les survivants sortir des gravas en s’égosillant « vive le président Mao ! Longue vie au président !».
Cette petite fille survivante de ce désastre a depuis bien grandit et se prépare au poste de stagiaire chez le botaniste le plus estimé de la région. Pour ce faire, elle amène un cadeau à son nouveau professeur, un joli oiseau qui sait dire «
Vive le président Mao ». Avec ce premier contact, elle croise le regard de sa fille, qui deviendra avec le temps plus qu’une simple amie.Elles viennent alors à développer ensemble leurs dons pour les plantes. De cet apprentissage mutuel, le cinéphile sera amené à découvrir un pan de la culture chinoise contenu dans la médecine par les plantes. Attacher un ginseng pour ne pas qu’il perde son âme est un exemple parmi d’autres. Cependant elles tendent de plus en plus l’une vers l’autres et se vouent à devenir des âmes sœurs …
Les Filles du Botaniste (植物园) est un film à double tranchant. S’il séduira par cette homosexualité dans un pays et dans une époque où elle était punit de peine de mort, il pourra décevoir par son développement enchevêtré dans une naïveté dérisoire.
Vous l’aurez donc compris, il y a dans cette œuvre une grande concentration de qualités comme de défauts.
Dai Sijie sait comme personne manier le visu des régions luxuriantes et verdoyantes comme le sont celles du Vietnam, parallèles à celles que l’ont peut trouver non loin de Guilin. Cependant, faut il encore que cette surimpression visuelle consolide le développement de l’œuvre, le premier chaînon manquant des Filles du Botaniste. En effet, derrière ces images, il n’y a pas de raison ou d’aboutissement, si ce n’est produire de belles images. On en attend plus d’un réalisateur qui avait déjà exploité cela dans Balzac et la petite tailleuse chinoise.
L’imbriquement narratif fébrile adjoint à une musique omniprésente, dessert fortement la densité de l’amour porté dans cette relation.
Mylène Jampanoï qui incarne Li Min est peut être au départ difficilement identifiable par son métissage comme une véritable chinoise et ce, malgré la réécriture, seule excuse viable à cet entre deux culturel. Cependant elle construit
durablement une prestation très intéressante, très consistante pour un premier grand rôle au cinéma. Ses débuts sont prometteurs et il y a fort à parier sur une belle carrière.Li Xiaoran (李小冉), l’autre femme de ce long métrage campe une fille botaniste qui, fait rare dans le cinéma chinois, dévoile son corps, courage qui n’est pas sans rappeler celui de l’actrice Li Xiaolu (李小璐) dans Xiu Xiu de Joan Chen (天浴) ou bien encore Hao Lei (郝蕾) dans une Jeunesse chinoise (颐和园) de Lou Ye (娄烨).
Il n’y a donc, au regard de la prestation de ces deux actrices, pas la moindre trace d’erreurs de jeu. Conclusion : c’est bien dans le scénario de départ que se loge tous les véritables maux de ce film.
En effet, la thématique homosexuelle est endeuillée de quelques importantes névroses. La naïveté, à certains passages fondamentaux du film, dégrade fortement les réflexions autour de la réelle histoire d’amour de ces deux femmes, épicentre des Filles du Botaniste, qui malheureusement n’arrivera pas à s’amarrer complètement à la mémoire des cinéphiles.
Il n’y a pas réellement de constructions sentimentales entre ces deux femmes, juste une affection réciproque autour de leur occupation végétale, et puis soudain le grand amour. Dai Sijie n’insiste pas assez sur la psychologie de ses deux héroïnes. Pourquoi deviennent elles lesbiennes ? Quel est vraiment le parcours ou le déclic qui les amènent à franchir le pas de l’amitié pour celui de l’amour ? Quelles peuvent être les aspérités sexuelles de ce choix ?Autant de questions où Dai Sijie semble manquer le coche sur un domaine, très sensible et très à même de susciter de nombreuses réactions.
Les Filles du Botanistes reste donc à l’état de cocon et n’arrivera pas à achever sa chrysalide cinématographique. Il n’en est pas moins un film courageux, très bien interprété par deux excellentes actrices et continuant à ouvrir le bal d’un sujet social tabou (avec les grands pionniers que sont Cui Zi’en (崔子恩), Stanley Kwan (关锦鹏) ou bien encore Zhang Yuan( 张元)).
Les Filles du Botanistes (Bonus)
Introduction de Dai Sijie
« C’est un film d’amour homosexuel dans un jardin chinois, un lieu paradisiaque »
« Il a été impossible de le produire en studio chinois, ou même dans une maison de production chinoise car c’est un sujet tabou. Il a donc été tourné au Vietnam »
Le tournage selon Lise Fayolle, Alfred Lot et Dai Sijie
«Nous avons très bien accueillit au Vietnam cependant la barrière de langue n’est pas des plus faciles.»
«L’équipe du film était très diversifiée entre chinois et québécois sur le tournage, il était nécessaire de parler en anglais. Dai Sijie a même joué les traducteurs.»
«Ici, tout se paye en cash, même les décors, les nuits d’hôtel et ce, parfois, par des sommes astronomiques.»
«Ce film fut éprouvant car la préparation a été très courte. De plus, les équipements cinématographiques vietnamiens étaient très réduits.»
Mylène Jampanoï sur sa préparation
« J’ai ingéré de nombreuses histoires d’hommes et de femmes chinois pour mieux appréhender le poids culturel du film.»
Damien Paccellieri


















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Critique un peu sévère, je pense... Personnellement, j'ai trouvé ce film magnifique. Moi qui préfère les comédies légères ou déjantées (D.E.B.S, April's Shower) ou des histoires carrément plus mouvementées (Tipping the Velvet, Bound, Boys don't cry), j'avoue que "les filles du botaniste" a su me séduire.
Les acteurs sont bons, les images sont sublimes, le tout souligné par une musique qui l'est elle aussi.
Rien à redire sur ce film, pour moi. A voir!
beaucoup d'emotions dans ce film, des paysages magnifiques, un realisme des sentiments fort et tres bien interprete - j'ai adore !