mardi 3 avril 2007

Happy Times (幸福时光)

Happy Times de Zhang Yimou, 2001
Avec Dong Jie, Fu Biao, Zhao Benshan

Zhao, modeste retraité, a enfin trouvé une femme qui consent à l’épouser…à condition qu’il paye une somme considérable. Trop pauvre pour satisfaire les exigences de sa promise, Zhao s’invente une situation enviable et un porte-monnaie bien garni.
Sa promise, le croyant directeur d’hôtel, exige qu’il trouve du travail à sa belle fille aveugle, Wu Ying, abandonné par ses parents.Zhao l’engage alors comme masseuse et s’enferre peu à peu dans un mensonge de plus en plus compliqué.

Le site officiel en anglais



Avant les grandes fresques aventurières que sont Hero, Le Secret des Poignards Volants, La Cité Interdite, Zhang Yimou (张艺谋), était l’un des plus grands conteurs chinois parmi les cinéastes de la c
inquième génération.

Happy Times (幸福时光), réalisé en 2001, avec la participation de Zhao Benshan (赵本山), l’un des plus grands comiques chinois (toujours de la partie lorsqu’il s’agit de participer à l’émission télé du nouvel an chinois diffusé sur CCTV), et Dong Jie (董洁), autrefois l’une des actrices les plus en vue de Chine, est un exemple parfait du cinéma chinois populaire dont les citoyens de l’Empire du Milieu raffolent. En abordant la classe sociale modeste des retraités, celle des handicapés (avec ici une fille aveugle) et la relation parent-enfant, Zhang Yimou prend la défense d’un cinéma social et critique sur un pays en pleine évolution.
Cette envie d’aborder les petits gens de la société est véritablement l’une des marques de fabrique chez les réalisateurs post-1982 comme Yimou ou Kaige.

Zhao (Zhao Benshan), modeste retraité est l’exemple même d’un pan de toute une classe ouvrière chinoise. Son parcours, identique à celui de milliers d’autres, a connu les grands changements politiques et culturels de sa patrie. Zhao baigne dans des mensonges de plus en plus importants jusqu'à mentir sur sa situation professionnelle relevant quelque part le malaise de la classe ouvrière à la retraite.
La situation amoureuse de ce dernier, à la recherche d’une femme qui puisse l’aimer pour ce qu’il est réellement et non pour lui subtiliser ses richesses, est proprement désastreuse, mais sonne aussi ici comme l’écho de toute une génération. Ses mensonges le lance dans un jeu malheureux puisque la femme de ses rêves choisira finalement un salary-man plus jeune et plus riche pour bâtir de meilleurs lendemains. Avec Wu Ying, fille aveugle laissée pour compte par sa famille telle une Cendrillon sans les douze coups de minuits et la citrouille magique, le cinéaste s’attache à rendre justice d’une certaine manière au rôle des handicapés dans une société qui, contrairement à la nôtre, ne les oublis (presque) jamais.

Zhang Yimou aime mettre en avant ces aspérités sociales, même si depuis ses trois derniers films (hormis Riding Alone), il semble avoir oublié la force politique de ses premières œuvres.

La place plus importante dans l’analyse de Yimou sur ce film est offerte à la relation entre Zhao et Wu Ying. Ils ne se connaissent pas ; mais petit a petit, de gré et de force, une relation de père (de substitution) à fille prend forme pour le plus grand bien de ces deux âmes en mal d’amour. Zhao se sent responsable devant une mère et un frère infligeant de tels supplices à cette Causette. Il acquiesce et se donne les moyens de transformer sa vie …

Si au départ le film à des allures de comédie, la tournure change de ton vers la conclusion avec un retournement des évènements des plus surprenants si l’on regarde le reste du long métrage notamment vis-à-vis d’une fin concise qui montre l’impatience de Zhang Yimou à boucler son long métrage. Cette dernière partie aurait eu le mérite d’être un peu plus travaillé et d’aboutir à de véritables réponses mais malgré sa rapidité elle correspond parfaitement à l’esprit du film, une sorte de nouveau départ pour tous les personnages, leur ville et le pays qui les abritent. Il va sans dire que tous les acteurs sont merveilleux à commencer par Zhao Benshan et toute sa troupe de joyeux saltimbanques puis par Dong Jie, qui malheureusement depuis n'a pas encore reussi à perçer . Happy Times (ou « Les jours heureux », référence au petit bus-hotel de Zhao), procure cette sensation heureuse qu’avec peu de choses on peut réussir à changer la vie d’une fille et lui redonner son plus beau sourire. Zhao l’a réussi pour Wu Ying, Zhang Yimou le réussit pour nous.

Damien Paccellieri

Publié par damien à 19:20

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