lundi 16 avril 2007
The Banquet (夜宴)
The Banquet de Feng Xiaogang, 2006 Avec Zhang Ziyi, Ge You, Zhou Xun
Au X ème siècle en Chine, un empereur est assassiné par son frère Li qui aussitôt le remplace sur le trône mais aussi dans son lit auprès de l'impératrice. Il ordonne son neveu, prince héritier artiste et mélancolique, rejoigne son père. Ses projets se réaliseraient pour le mieux si l'impératrice ne se révélait pas unpersonnage retors, aux multiples facettes. Qui aime-t-elle, quelles ambitions et quels désirs la dévorent ? En a-t-elle seulement ? L'impératrice joue avec les sentiments et la vie des autres avec cruauté, mais semble-t-il pas sans remords, pour arriver à ses fins, mais lesquelles ?
Le Trailer U.S.
The Banquet (夜宴) (La légende du scorpion noir en France) est une adaptation libre de Hamlet. Le drame se passe en Chine, au moment où la dynastie Tang (618-907) a sombré et qu'une multitude de seigneurs se déclarèrent rois de territoires qu'ils contrôlèrent militairement pour convoiter le trône impérial.
Dans cette repise littéraire, les personnages sont entièrement sinisés, Feng Xiaogang (冯小刚) ne transpose pas un monument de la littérature européenne dans la Chine impériale, il s'en inspire dans les grandes lignes pour nous conter une histoire 100 % chinoise.
Oui, on retrouve le frère assassin, le neveu perdu, la femme infidèle, l'amoureuse transie, le poison, mais voilà de plus.
Ne cherchez pas donc pas à comparer d'avantage Hamlet et The Banquet.
Les gardes noirs de l'empereur usurpateur viennent assassiner le prince héritier dans une école d'art perdue au milieu de la forêt. L'école est superbe, toute en bois bâtie sur plusieurs niveaux, c’est un bijou d'architecture en harmonie avec la nature. Les mîmes y évoluent étrangement, hors du temps. Les gardes arrivent...et là, arrêt sur image: les combats sont une suite de ralentis, de vols, et d'eau jaillissant sous les sabots des chevaux, puis les mîmes meurent sans se défendre (on ne sait pas pourquoi).
The Banquet est un drame historique , pourquoi le réalisateur a-t-il donc voulu y insérer des scènes de wu xia pian ? Pour se sacrifier à la mode ? Pour s'attirer un plus large public ? Si c'est le cas c'est bien dommage ; ce sera la seule tare de ce long métrage car The Banquet est par ailleurs digne d’intérêt .
D'abord par ses choix
artistiques. The Banquet a un coté très théâtral, sans pour autant faire du film une pièce de théâtre ou un opéra (l'esthétisme du film s'apparente plus au monde de l'opéra qu'à celui du théâtre). Cette impression est due au fait que le long métrage est découpé en une succession de scènes présentées sous formes de tableaux. Parfois ce choix est si radical que certaines scènes semblent ne pas être liées au récit. Les éclairages, les décors, les costumes et les maquillages de l’impératrice participent assurément à cette théâtralité.
Certaines scènes du film n'ont pas d'arrière plan et le rouge se détache violemment de la pénombre, sinon de l'obscurité des pièces du palais, comme s'il n'y avait comme décor qu'un fond noir. La photo dans ces conditions est extrêmement soignée aussi bien lors de gros plans que de scènes d'ensemble, là encore avec un soin très particulier accordé au rouge et au noir. Certaines cinématiques de Zhang Ziyi (章子怡) sont absolument magnifiques. La mise en scène est là encore digne de celle de grands opéras, solennelle et éclatante mais sans excès, privilégiant la sobriété plutôt que le grandiose, qu'il y ait deux personnages en scène dans une pièce privée, ou l'ensemble de la cour dans une salle de réception.
Mais The banquet est un film , les personnages ne sont donc pas sacrifiés au visuel et le héro du film est une femme: l'impératrice. D'abord prévu pour être tenu par une actrice plus âgée (on a parlé de Gong Li (巩俐 ) et de Maggie Cheung (张曼玉), le rôle a finalement échu à Zhang Ziyi, et a donc été réécrit car dans The Banquet l'impératrice est de qu
atre ans la cadette du prince héritier. Ils furent tout deux amoureux avant que l'Empereur, le père du prince, n’épouse lui-même la jeune fille. La belle mère est plus jeune, son amour pour son beau fils est moins scandaleux, son ambiguïté se révèlera alors dans le rapport qu'elle entretient avec le pouvoir et surtout avec l'empereur. Elle est déconcertante, cruelle, tendre, immorale, vicieuse, ambitieuse, manipulatrice. Un vrai monstre, mais voilà on n'en est jamais sûr, car on n'arrive pas savoir si elle joue son propre jeu ou feint de le jouer.
Zhang Ziyi avec son visage d'ange buté et sa froideur convient parfaitement au rôle, et y est très belle (elle a de jolies fesses en plus...si ce sont bien les siennes !).
Ge You (葛优) est l'acteur fétiche de Feng Xiaogang (Cell Phone, A World without Thieves...) et connaît bien les attentes du réalisateur. Il sait être impeccable. Zhou Xun (周迅) qui joue Qing l’amoureuse transie, possède une beauté étrange et gracieuse, une personne qui retient l'attention sans qu' on y trouve de la grâce. Quant à Daniel Wu, il exécute son rôle de rêveur un peu mou et perdu avec beaucoup de justesse. Son manque de charisme, sa personnalité anodine et un peu niaise en font un prince héritier très crédible, la personnalité de l'un correspondant à celle de l'autre. Ainsi tous les personnages tiennent donc bien leur place dans le drame, tous sont bien campés et aucuns n'éclipsent l'autre.
Ce long métrage est donc un drame, dans lequel pouvoir et amour s'affrontent, dans lequel les amoureux ne sont pas aimés ou cherche l'amour là où il ne le trouveront pas alors qu'à leur coté s'offre l'amour pur qu'ils ne voient pas. Le film a toute la cruauté et la violence des luttes de pouvoir au sein d'une cour impériale chinoise, parfois jusqu'au malaise. Certaines scènes « érotiques » mettant en scène le couple impérial sont détestables, et laissent un goût amer dans la bouche parce que derrière on sent le dégoût, la manipulation, c'est aussi révulsant qu'
un viol. Le sang comme les tissus rouges abondent et déchirent l'écran, et l'innocence incarnée par Qing est bafouée, trahie et manipulée, par tous les autres personnages quelques soient leurs sentiments à son égard. Malgré ses scènes de wu xia pian en demi teinte, même si parfois le réalisateur fait traîner une scène en longueur jouant avec la patience du spectateur, The Banquet nous manipule comme le fait l'impératrice avec ses proches.
C'est un film dans lequel Feng Xiaogang a joué une carte stylistique et narrative originale, ce qui n'est pas si courant, et celle-ci se révèle être au bout du compte très interessante.
Au X ème siècle en Chine, un empereur est assassiné par son frère Li qui aussitôt le remplace sur le trône mais aussi dans son lit auprès de l'impératrice. Il ordonne son neveu, prince héritier artiste et mélancolique, rejoigne son père. Ses projets se réaliseraient pour le mieux si l'impératrice ne se révélait pas unpersonnage retors, aux multiples facettes. Qui aime-t-elle, quelles ambitions et quels désirs la dévorent ? En a-t-elle seulement ? L'impératrice joue avec les sentiments et la vie des autres avec cruauté, mais semble-t-il pas sans remords, pour arriver à ses fins, mais lesquelles ?
Le Trailer U.S.
The Banquet (夜宴) (La légende du scorpion noir en France) est une adaptation libre de Hamlet. Le drame se passe en Chine, au moment où la dynastie Tang (618-907) a sombré et qu'une multitude de seigneurs se déclarèrent rois de territoires qu'ils contrôlèrent militairement pour convoiter le trône impérial.
Dans cette repise littéraire, les personnages sont entièrement sinisés, Feng Xiaogang (冯小刚) ne transpose pas un monument de la littérature européenne dans la Chine impériale, il s'en inspire dans les grandes lignes pour nous conter une histoire 100 % chinoise.
Oui, on retrouve le frère assassin, le neveu perdu, la femme infidèle, l'amoureuse transie, le poison, mais voilà de plus.
Ne cherchez pas donc pas à comparer d'avantage Hamlet et The Banquet.
Les gardes noirs de l'empereur usurpateur viennent assassiner le prince héritier dans une école d'art perdue au milieu de la forêt. L'école est superbe, toute en bois bâtie sur plusieurs niveaux, c’est un bijou d'architecture en harmonie avec la nature. Les mîmes y évoluent étrangement, hors du temps. Les gardes arrivent...et là, arrêt sur image: les combats sont une suite de ralentis, de vols, et d'eau jaillissant sous les sabots des chevaux, puis les mîmes meurent sans se défendre (on ne sait pas pourquoi).
The Banquet est un drame historique , pourquoi le réalisateur a-t-il donc voulu y insérer des scènes de wu xia pian ? Pour se sacrifier à la mode ? Pour s'attirer un plus large public ? Si c'est le cas c'est bien dommage ; ce sera la seule tare de ce long métrage car The Banquet est par ailleurs digne d’intérêt .
D'abord par ses choix
artistiques. The Banquet a un coté très théâtral, sans pour autant faire du film une pièce de théâtre ou un opéra (l'esthétisme du film s'apparente plus au monde de l'opéra qu'à celui du théâtre). Cette impression est due au fait que le long métrage est découpé en une succession de scènes présentées sous formes de tableaux. Parfois ce choix est si radical que certaines scènes semblent ne pas être liées au récit. Les éclairages, les décors, les costumes et les maquillages de l’impératrice participent assurément à cette théâtralité.Certaines scènes du film n'ont pas d'arrière plan et le rouge se détache violemment de la pénombre, sinon de l'obscurité des pièces du palais, comme s'il n'y avait comme décor qu'un fond noir. La photo dans ces conditions est extrêmement soignée aussi bien lors de gros plans que de scènes d'ensemble, là encore avec un soin très particulier accordé au rouge et au noir. Certaines cinématiques de Zhang Ziyi (章子怡) sont absolument magnifiques. La mise en scène est là encore digne de celle de grands opéras, solennelle et éclatante mais sans excès, privilégiant la sobriété plutôt que le grandiose, qu'il y ait deux personnages en scène dans une pièce privée, ou l'ensemble de la cour dans une salle de réception.
Mais The banquet est un film , les personnages ne sont donc pas sacrifiés au visuel et le héro du film est une femme: l'impératrice. D'abord prévu pour être tenu par une actrice plus âgée (on a parlé de Gong Li (巩俐 ) et de Maggie Cheung (张曼玉), le rôle a finalement échu à Zhang Ziyi, et a donc été réécrit car dans The Banquet l'impératrice est de qu
atre ans la cadette du prince héritier. Ils furent tout deux amoureux avant que l'Empereur, le père du prince, n’épouse lui-même la jeune fille. La belle mère est plus jeune, son amour pour son beau fils est moins scandaleux, son ambiguïté se révèlera alors dans le rapport qu'elle entretient avec le pouvoir et surtout avec l'empereur. Elle est déconcertante, cruelle, tendre, immorale, vicieuse, ambitieuse, manipulatrice. Un vrai monstre, mais voilà on n'en est jamais sûr, car on n'arrive pas savoir si elle joue son propre jeu ou feint de le jouer.Zhang Ziyi avec son visage d'ange buté et sa froideur convient parfaitement au rôle, et y est très belle (elle a de jolies fesses en plus...si ce sont bien les siennes !).
Ge You (葛优) est l'acteur fétiche de Feng Xiaogang (Cell Phone, A World without Thieves...) et connaît bien les attentes du réalisateur. Il sait être impeccable. Zhou Xun (周迅) qui joue Qing l’amoureuse transie, possède une beauté étrange et gracieuse, une personne qui retient l'attention sans qu' on y trouve de la grâce. Quant à Daniel Wu, il exécute son rôle de rêveur un peu mou et perdu avec beaucoup de justesse. Son manque de charisme, sa personnalité anodine et un peu niaise en font un prince héritier très crédible, la personnalité de l'un correspondant à celle de l'autre. Ainsi tous les personnages tiennent donc bien leur place dans le drame, tous sont bien campés et aucuns n'éclipsent l'autre.
Ce long métrage est donc un drame, dans lequel pouvoir et amour s'affrontent, dans lequel les amoureux ne sont pas aimés ou cherche l'amour là où il ne le trouveront pas alors qu'à leur coté s'offre l'amour pur qu'ils ne voient pas. Le film a toute la cruauté et la violence des luttes de pouvoir au sein d'une cour impériale chinoise, parfois jusqu'au malaise. Certaines scènes « érotiques » mettant en scène le couple impérial sont détestables, et laissent un goût amer dans la bouche parce que derrière on sent le dégoût, la manipulation, c'est aussi révulsant qu'
un viol. Le sang comme les tissus rouges abondent et déchirent l'écran, et l'innocence incarnée par Qing est bafouée, trahie et manipulée, par tous les autres personnages quelques soient leurs sentiments à son égard. Malgré ses scènes de wu xia pian en demi teinte, même si parfois le réalisateur fait traîner une scène en longueur jouant avec la patience du spectateur, The Banquet nous manipule comme le fait l'impératrice avec ses proches.C'est un film dans lequel Feng Xiaogang a joué une carte stylistique et narrative originale, ce qui n'est pas si courant, et celle-ci se révèle être au bout du compte très interessante.
Anne Grosbon


















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Merci, Anne, de cet article !
Enfin, un film qui devrait me réconcilier avec le cinéma chinois, lorsqu'il s'essaie aux grosses productions.
Chen Kaige et Zhang Yimou, dans leurs derniers grands-métrages, m'ont terriblement déçu par la faiblesse des scénarii - ici, apparemment, ça change et le Pékinois qu'est Feng XiaoGang redonnerait un peu de goût à la soupe trop souvent servie au public occidental ces derniers temps ?
Bref... euh... ça sort quand, en France ? :)
c'est vrai que ZZY a de jolies fesses ^^
la date de sortie n'est pas encore tombée , celà devait être fin avril mais pas de nouvelles, donc wait & see...
le film est sortie édité par canal...sous le titre de "le secret du scorpion noir"...n'importe quoi !!
oui c'est vraiment affligeant les titres français que les éditeurs peuvent trouver !
Et en + , le film devait sortir initialement au cinéma en avril - mai 2007 !