mercredi 7 mars 2007

Wu Ji (无极)

Wu Ji de Chen Kaige, 2005
Avec Jang Dong-Gun, Cecilia Cheung, Nicholas Tse


Enfant, la jeune Qingcheng se voit proposer la gloire et la fortune par la déesse Manshen. En échange elle perdra les hommes qu'elle aime et ne connaîtra jamais l'amour. Qingshen accepte. Vingt ans plus tard, princesse adulée, Qingshen devient le centre d'un conflit entre trois hommes ; un duc rebelle qui la déteste, un général, héros des armées impériales et un esclave aux origines mystérieuses.


Le trailer du film

La parodie du film (en chinois) - Chen Kaige n'a pas aimé !

Chen Kaige à la réalisation d'un Wu Xia Pian, cela aurait pu augurer un film intéressant, doté d'un scénario solide, de personnages à la psychologie complexe. On espérait même un renouveau du Wu Xia Pian abordant les thèmes de la destiné humaine, des conflits entre le pouvoir et l'amour, d'un film aussi passionant que la trilogie des Swordsman ou que the Dragon chronicles pour ne citer que ceux-là . Et pour nous rendre le projet encore plus alléchant la distribution était des plus prométeuse. De tout cela... Wu ji (无极) ne satisfait à aucunes attentes.

Il se dégage du film un profond sentiment d'ennui. D'abord parce que le scénario est mal ficelé. Des pans entiers de l'histoire restent inexpliqués. Pourquoi la déesse s'intéresse-t-elle à la destinée de Qingshen ? Et la destinée de Qingshen peut-elle être réversible alors que les conditions n'ont pas été réunies ? Les motivations des personnages sont très obscures, sinon absurdes parce que les relations qu'ils entretiennent sont également très mal définies par le scénario, et ce n'est pas un coup de théâtre final un peu facile qui peut rattraper une écriture confuse. Les personnages n'ont aucune épaisseur, et on pardonne difficilement ceci au réalisateur de Adieu ma concubine (霸王别姬).

D'autant plus qu'il y avait matière à des portraits très intéressants ; entre celui de la jeune femme prisonnière d'un cadeau divin, du général prêt à sacrifier tout ce qui est sa vie pour l'amour d'une femme, d'un duc fascinant (éternellement jeune...un des grand mystère du film), et d'un esclave soumis à sa condition.
Mais rien n'est exploité, les amours se déclinent sur le mode du film sentimental à l'eau de rose, l'esclave reste un esclave malgré ses origines et sa personnalité, le Duc est juste beau et envoûtant (merveilleux Nicolas Tse (谢霆锋)), et le général n'est absolument pas crédible en amoureux transi sacrifiant à l'amour son statut de héros national. Et ce n’est pas tout .. L'humour qui parsème le film tombe complètement à plat, car en total décalage avec le caractère des personnages.

Reste un personnage ; Loup des Neiges (Liu Ye 刘烨), l'assassin au service du Duc. Celui-ci est le seul a présenter un intérêt, c'est le seul qui bénéficie d'une évolution dans le film, c'est donc aussi le seul à être attachant et émouvant. Il est l'unique personnage à proposer une once de réflexion : la peur de la mort excuse-elle tout ? Et celle-ci est-elle condamnable ?
Cependant malgré un mauvais scénario, des personnages creux, on aurait pu se contenter d'un joli film esthétique, d'une action rondement menée et de combats captivants, haussant le film au niveau d 'une oeuvre, au scénario certe plat, mais joli et divertissant comme l'a fait Zhang Yimou (张艺谋) avec Hero ou Le Secret des Poignards Volants. Malheureusement Wu Ji n'offre rien de tout ça.
Il reste de jolis costumes, bien que la fameuse armure du général, son casque en particulier soit...assez kitch, tout comme bien des décors.

Car contrairement à beaucoup de Wu Xia Pan des années 90 qui limitaient les décors à deux ou trois en
droits , souvent clos (comme dans la trilogie des histoire de fantômes chinois ou La fiancée aux cheveux blancs), l'action de Wu Ji, se déroule dans des décors grandioses...à grands renfort d'images de synthèse qui donne parfois, l'impression d'être dans un jeu vidéo ou dans une affiche de propagande communiste chinoise aux couleurs vives et lisses, souvent primaires (le palais impérial est une véritable horreur).

Pour les scènes esthétiques comme pour les combats, Chen Kaige (陈凯歌) a multiplié les effets convenus ; capes et manteaux flottant au vent et tombant artistiquement au sol, positions des corps suspendus en l'air, et un recours récurant aux ralentis pour augmenter tous ces effets. Les batailles et les combats n'ont aucun intérêt. Le premier conflit armé du film donne le ton ; ralentis, aucune chorégraphie, aucun engagement des combattants, juste des effets spéciaux et l'utilisation de câbles. Le dernier affrontement de Kunlun, l'esclave et du Duc pouvaient donner quelques espoirs qui seront bien vite déçus. Pourtant le Duc utilise des éventails, armes très intéressantes et peu exploitées dans les films d'arts martiaux.

Comble du malheur: la bande son est sirupeuse et agaçante. Si on attendait de Chen Kaige un magnifique Wu Xia Pian relevant le niveau de ceux que nous avons pu voir ces dernières années, c'est une déception totale...Il semble qu'excepté Ang Lee (李安) avec Tigre et Dragon (卧虎藏龙), les réalisateurs chinois ne soient que capables de réaliser des oeuvres dénuées de toutes profondeurs, et qui plus est avec Wu Ji, inaptes à apporter un quelconque divertissement.
Anne Grosbon

Publié par damien à 19:47

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