vendredi 16 mars 2007

Le secret des poignards volants (十面埋伏)

Le Secret des Poignards Volants de Zhang Yimou, 2004
Avec Zhang Ziyi, Andy Lau, Takeshi Kaneshiro

En cette année 859, La Chine est ravage par les conflits. La dynastie Tang, autrefois prospère, est sur le déclin et le gouvernement corrompu s’épuise à lutter contre les groupes rebelles toujours plus nombreux qui se dressent contre lui la plus puissante des armées
révolutionnaires et la plus prestigieuse de toutes est la Maison des Poignards Volants. Deux capitaine, Leo et Jin, sont envoyés pour capturer le mystérieux chef de cette redoutable armée…

Attention ! Cette analyse ressemble quelque peu à une diatribe.


Aprè
s avoir globalement réussi son entrée dans les films commerciaux avec Hero (英雄), Zhang Yimou s’enfonce une nouvelle fois dans la brèche Wu Xia Pian devenue populaire grâce à un certain Tigre et Dragon (卧虎藏龙) d’Ang Lee (李安).
Zhang Yimou, le plus éminent réalisateur chinois de la cinquième génération (à juste titre ?) et du cinéma chinois tout court (en terme de popularité), met les deux pieds dans le plat quand il s’agit de battre des records au box office et d’empocher le pactole, après avoir été l’un des ardents défenseurs du monde rural. En bref, quand Zhang Yimou tend à devenir le Spielberg chinois, cela vous donne ce genre de long métrage complètement obsolète. Obsolète pour plusieurs raisons.
Tout d’abord éthique ; Zhang Yimou a longuement affirmé à la presse qu’il changeait de type de long métrage pour lutter contre la concurrence américaine qui, il est vrai, fait des ravages dans les sal
les obscures chinoises.

Cependant à notre grande stupéfaction, les producteurs de ce film sont partiellement américains, en l’occurrence Universal Pictures et Focus Pictures. Si l’on pousse le raisonnement à son extrême logique, une partie des bénéfices du long métrage va directement terminer dans les poches de ces amerlocs qui n’hésiteront pas à réinvestir leurs gains dans la distribution de nouveaux films américains sur le sol chinois. Zhang Yimou (张艺谋) serait il le nouveau « super menteur » ?! En plus le scénario ne tient pas la route, et c’est même, excusez moi du jeu de mot, une véritable déroute !

Il n’y a qu’à voir le turnover final où le personnage Zhang Ziyi (章子怡) se mue en une sorte de Jésus Christ chinois pour comprendre que la ligne jaune a été sauvagement franchie. Et du vide scénaristique, il y en a ! Ceci est juste un exemple parmi d’autres. Enfin, parce que le Secret des Poignards Volants, malgré son casting, malgré l’imagerie renversante et malgré un travail de fond de Zhang Ziyi pour imiter la gestuelle des aveugles, est pour Zhang Yimou une solution de facilité artistique afin de se remplir la bourse.

A quoi ça sert de débattre sur ce long métrage lorsqu’on sait qu’à l’époque, le cinéaste a touché le plus gros cachet de l’histoire du cinéma chinois et s’en est pleinement satisfait dans les médias jusqu’à dire qu’il s’en fichait si le long métrage était de qualité ou pas. Alors certes, il n’est pas honteux de gagner autant d’argent par ce biais, mais de là à se désintéresser de son œuvre, non ! Où est passé celui qui défendait le rôle d’un cinéma engagé ? Là c’est sûr, Zhang Yimou s’est engagé, mais du côté financier !

Et sa démarche artistique ? Qu’elle aille au diable selon lui ! Et bien son film aussi, pardi !


Ainsi le Secret des Poignards Volants (十面埋伏) est le film le plus occidentalisé de l’ami Zhang Yimou et fait honteusement partie de ses casseroles (avez-vous dit Code Name Cougar ?), même si en terme de divertissement oriental, de nombreux cinéphiles trouveront leurs comptes.

Damien Paccellieri

Publié par damien à 19:21

Lire ou

Enregistrer un commentaire

"Shi mian mai fu" ; "Wu Ji" ; "la Cité interdite"...

... ça manque, un bon Wu Xia Pian d'envergure, quand même.

J'avais bien aimé Hero... et là, depuis qques temps, assez déçu suis-je.

Publié par Blogger DQMC (11) à 20 mars 2007 01:03 #
 

Quelle magnifique argumentation...
"Zhang Yimou, il est pas cool"...
Sans doute est-il lêche botte avec le gouvernement et peut-être est-il à ce point vénal... Mais en quoi cela fait-il de House of the flying daggers un mauvais film ?
Tu peux nous expliuer en quoi "le scénario ne tient pas la route" ?!

Publié par Anonymous Anonyme à 9 novembre 2008 12:55 #
 

Bonjour,
Merci de vos compliments !

1- "Zhang Yimou, il est pas cool" , ce sont vos propos, pas les miens.
J'explique qu'il se targuait (à l'époque de ce film) d'être un faiseur de blockbuster sans se soucier de l'écriture à partir du moment où ils trouvent des financements et où il peut s'amuser graphiquement.

2- vous me tutoyer, mais vous restez dans l'anonymat ? on se connaît ?

3- en quoi cela fait un mauvais film ?

Il y a beaucoup à dire mais je vais faire court.

* Le travail de Z.Yimou sur l'imagerie est toujours aussi bon, cependant il tend à faire d'un film un produit, avec une qualité plus que parfaite. On ne demande pas de réduire cette qualité, mais qu'elle soit approprié au récit. Et c'est là où le bas blesse, car le récit n'est pas à la hauteur.

* En effet, les rebondissements sont mal ficelées (la résurrection de Z.Ziyi...), la psychologie est éconduite vers des changements intempestifs, le triangle amoureux - le coeur de ce film, avait nettement plus d'intérêt que de nombreuses scènes ébouriffantes qui amenuise son développement.

* Où est tout ce que l'on avait trouvé dans Hero : à savoir le soupçon de politique, philosophique, le code des couleurs merveilleusement exploitée.

* Zhang Yimou a fait de son film un produit et c'est peut être ce qui le plus dur à accepter quand on apprécie ce réalisateur comme je le apprécie pour de nombreuses œuvres mais pas pour celle-ci...

Cordialement,
DP

Publié par Blogger damien à 9 novembre 2008 16:03 #
 

Bonsoir...

Ne prends pas mal mes propos... Tu parles ironiquement de compliments, je vais donc t'en faire : si je suis critique sur cet article uniquement, c'est bien parce que ton site présente d'autres qualités...

Je te reprochais simplement d'être évasif sur le "oui, le scénario est nul, donc passons là dessus" sans argumenter davantage...
Tu déplores les grosses ficelles et les invraisemblances ? J'estime qu'elles sont inhérentes au genre...
Bref, j'ai beaucoup aimé ce film, le visuel comme l'histoire... Il m'a plu davantage que Hero, gâché par un "message" dégoulinant de consensualité... Et le tueur qui se ravise au dernier moment, après avoir été averti par tous les aures guerriers, on fait difficilement plus invraisemblable. Tu parles de soupçon philosophique ? Il m'a carrément échappé...
A l'inverse, dans les poignards volants, les personnages les plus sympathiques sont le couple s'affranchissant de leur "familles" respectives. C'est tout de même plus sympa, non ? A défaut d'être original...

Bonne continuaton à ton site en tout cas !

PS : Ah oui, le tutoiement... Je fais partie de ces gens qui le considèrent comme naturel sur la toile ; ne le prends pas comme une marque d'irrespect... De plus, je préfère utiliser le tutoiement qu'écrire "vous me tutoyer". :)

Publié par Anonymous Anonyme à 11 novembre 2008 18:57 #
 

Le message précédent ne manque pourtant pas d'arguments.

"oui, le scénario est nul, donc passons là dessus" - vous faites des raccourcis qui sont les vôtres, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit.

Ma réponse tient compte des dires du cinéaste, ni plus ni moins.
Après, si vous arrivez à me prouver par exemple que le turnover - moment essentiel du long métrage, est de bonne facture, c'est que vous êtes mauvaise langue. Lors de la projection à laquelle j'ai assisté, plus de la moitié de la salle était pliée de rire...ce qui est loin d'être un signe de réussite.

Concernant Hero, l'assassin se ravise car ce dernier sait qu'il ne tuera pas l'empereur tout comme le personnage incarné par Tony Leung Chui-wai l'avait vécu initialement. Il comprendra que le destin de cet empereur est de changer profondément de la Chine, d'unir ses régions pour éviter des guerres perpétuelles.

Après, vous êtes en droit d'aimer comme je suis en droit de critiquer (et de faire ici une diatribe polémique) le Secret des Poignards Volants.

PS : chacun ses fautes d'inattention, "À" --> "A l'inverse", "A défaut d'être original" ;)

À bientôt,
DP

Publié par Anonymous damien à 11 novembre 2008 22:18 #
 
<<< Revenir à la page d'accueil

Creative Commons License


 Souscrire à ce site