mercredi 28 mars 2007

Jour et Nuit (日日夜夜)

Jour et Nuit de Wang Chao, 2004
Avec Liu Lei, Wang Lan, Xiao Ming

Au coeur d'une petite ville minière, reflet des bouleversements économiques et sociaux de la Chine contemporaine, se joue le destin de Guangsheng, écartelé entre le respect qu'il doit aux siens et ses propres désirs.


Après la maestria de l’Orphelin d’Anyang (安阳婴儿), Wang Chao (王超) nous revient avec un second long métrage forgé d’une plus grande expérience de la réalisation, d’un budget et d’un matériel technique plus conséquents. Mais est ce pour autant une réussite ? Ne dit on pas que l’étape la plus difficile pour un cinéaste se trouve dans la deuxième réalisation ?


Afin d’en juger, Wang C
hao nous emmène en Mongolie Intérieure, région singulière du Nord de la Chine.

Shuisheng est un excellent mineur. Ce statut lui vient de son apprentissage auprès de son maître de chantier, car dans ce genre de travail, la filiation professionnelle est de mise et perdure tout au long de la vie. Grâce à lui, Shuisheng a tout apprit du métier. Pourtant malgré cette relation de maître à élève, voir même de père à fils, Shuisheng commet l’irréparable avec préméditation. En effet, Shuisheng couche avec la femme de son maître qui ne semblait plus satisfaite par celui-ci depuis fort longtemps. Est-ce le travail qui l’épuisait tellement ? Est-ce l’envie de sa femme à chercher un amant ? Quoiqu’il en soit, le mal est fait.
Le fils du maître, atteint de quelques déficiences mentales, connaît cette liaison mais ne semble pas en être affecté.
Quelques jours plus tard, Shuisheng et son maître s’engouffre dans la mine. Sans se soucier de ce qu’il va leur arriver, un énorme coup de grisou éclate sous terre et devient la tombe commune de plusieurs dizaines de mineurs. Par chance Shuisheng et son maître s’étaient préparés à ce terrible scénario mais ce dernier n’en sortira pas vivant, le poids de l’âge étant trop lourd le long des tunnels charbonneux.

Shuisheng se retrouve alors devant un terrible dilemme : la mort de son maître et de la plupart des collègues lui laisse la voix libre auprès de la femme de son ancien mentor. Mais Shuisheng n’est pas de cette trempe et avait un profond respect pour son maître malgré sa trahison. Pour ne pas avoir d’ennuis avec les autorités chinoises le responsable de la mine lègue le site à Shuisheng moyennant paiement.

Il est essentiel de savoir au préalable qu’en Chine de nombreuses mines sont exploitées sans autorisation de l’Etat et de nombreux accidents de travail, voir des décès sont à la charge des arrangements véreux entre patron et ouvrier.

Petit à petit, Shuisheng et le fils du maître débarrassent la mine des encombrements causés par le souffle de gaz et réengagent de la main d’œuvre afin d’exploiter à nouveau la carrière. La mine devient à nouveau lucrative mais entre temps la femme de son maître ne veut plus rien savoir et s’échappe de sa situation sociale. C’est alors que Shuisheng décide de marier le fils de son maître avec en prime une dote réservée à sa future femme. Cette annonce fait l’effet d’une bombe et attire toutes les femmes désireuses de se dégoter un mari et d’empocher un pactole non négligeable.

Mais lors des nombreux entretiens de sélection, Shuisheng tombe sous le charme de la future femme du fils orphelin…


Digne représentant de l’école traditionnelle du cinéma de Pékin, Wang Chao signe ici une oeuvre singulière qui ne s’inscrit pas dans la lignée d’un Blind Shaft et préfère s’appuyer sur une certaine spiritualité. En effet, le cinéaste pékinois nous étonne tout autant qu’il nous inquiète sur la tournure de son œuvre en plaçant le spiritualisme comme l’une de ses grandes thématique. Après un Orphelin d’Anyang au goût social très âpre, voici venu le temps du désert sentimental sous un regard bien différent du premier opus. Cette fois ci, Wang Chao sort le grand jeu et laisse tomber les vieilles pellicules granuleuses pour de la réalisation haute définition.

Dès les premières minutes du film c’est le choc pour ceux qui se souviennent encore de l’imagerie de l’Orphelin d’Anyang. Jour et Nuit (日日夜夜) sonne comme un paysage désertique tant au niveau environnemental qu’au niveau social. Frappé par le vent, appuyant ce sentiment d’inoccupation de la région, le vide est une marque made in Wang Chao. On le retrouvait déjà dans sa précédente œuvre par les aléas d’une ville et de ses individus touchés par le chômage, où les acteurs étaient pour la plupart des non professionnels. Ici, les personnages sont affinés chirurgicalement ne laissant entrevoir aucune faiblesse de jeu.

Pourtant, vu la rachitique amplitude scénaristique de Jour et Nuit, ce qui paraît dès les premiers instants comme une réussite se mue au fil de l’œuvre avec une certaine tiédeur. Wang Chao serait-il un nouveau réalisateur du vide, de l’espace et du temps ? Aux vues de sa composition, oui. Toutefois cela surprend car l’Orphelin d’Anyang ne laissait pas présager cela.

Si quelques intentions du réalisateur semblent suspectes, d’autres sont bien plus élogieuses. Le rapport apprenti / maître est brillamment orchestré tout comme les diverses représentations du jour et de la nuit. Le jour apparaît tel un moment d’éternité, où la fatalité l’emporte sur les esprits. La nuit quant à elle représente la mort, la mine, le désir sexuel et la réincarnation. Pourtant ces deux thématiques se suivent dans une continuité et dans l’ennui, notamment après le décès du maître, comme si tout était fini pour Shuisheng bien avant l’heure de sa propre mort. Shuisheng ne peut aussi résister à ses envies sexuels et le plonge alors dans d’éternels remords comme avec la jeune femme qu’il rencontrera et dont il essaiera de se faire pardonner. Enfin le cinéate conduit une dernière réflexion sociale très intéressante. Dans une province pauvre, industrielle et ouvrière, certaines femmes dans le besoin n’hésitent pas un instant à chercher à se marier avec un homme handicapé tant que quelques milliers de yuans sont au rendez vous.

En définitive, Jour et Nuit filme le vide, l’espace et le pardon de manière convaincante par sa forme, mais dont l’enchevêtrement scénaristique et les écarts spiritueux décevront les cinéphiles de l’Orphelin d’Anyang.

Damien Paccellieri

Publié par damien à 20:23

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"Wang Chao serait-il un nouveau réalisateur du vide, de l’espace et du temps ?"
en regardant ses premiers films on peut se le demander, mais le dernier "VOITURE DE LUXE" a tendance à prouver le contraire.

Ce "jour et nuit" reste bien inférieur à BLIND SHAFT à mon gout.

Publié par Anonymous chronofixer à 5 avril 2007 13:22 #
 
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