vendredi 30 mars 2007
Goodbye Dragon Inn (不散)
Goodbye Dragon Inn de Tsai Ming-liang, 2003Avec Lee Kang-sheng, Tien Miao
Dernière séance avant que cette salle de cinéma ferme ses portes pour toujours. Un jeune homme d'origine japonaise entre à l'intérieur du cinéma pour se protéger de la pluie.
L'ouvreuse infirme et le projectionniste n'ont jamais eu l'occasion de se rencontrer bien qu'ils travaillent tous les deux dans le même cinéma. Puisque cette nuit est leur dernière chance, la jeune femme a envie de partager son fortune cake avec le beau projectionniste. Mais quand elle se rend dans la cabine de projection, il n'est pas là. Elle refuse de quitter cet endroit avant de l'avoir revu. Elle se met alors à sa recherche dans le dédale du cinéma.
Sur l'écran géant passe Dragon inn, un film d'épée chinois à succès des années 60. L'homme japonais remarque deux individus dans la salle qui ressemblent aux acteurs du film. Plus âgés, assis dans ce cinéma vide, ils regardent et se remémorent...
Tsai Ming Liang (蔡明亮) ne fait décidément pas partie de ces réalisateurs grand public, et ce n'est sûrement pas Goodbye Dragon Inn qui va démentir la réputation qui lui sied si bien, puisqu'il s'agit à nouveau d'une réalisation aux antipodes du cinéma dit "à pop-corn". Un choix artistique louable, que bien d'autres réalisateurs ont choisi d'emprunter (on peut penser à Shohei Imamura ou encore Fruit Chan) et dont il s'est déjà essayer auparavant avec beaucoup de succès (Et là bas quelle heure est-il ? The Hole, La rivière). Un cinéma culturel, artistique, social et critique, un cinéma intelligent pourrait on presque dire, dont la sublimation des propos est mise en évidence par des plans faisant abstraction d'un quelconque formalisme, la recherche d'une originalité plastique et narrative, qui sans atteindre l'évidence de la signature d'un Wong Kar Wai, commence très sérieusement à implanter ses propres codes. Goodbye Dragon Inn serait il donc le film de la consécration pour Tsai Ming-liang?
En choisissant la disparition des cinémas de quartier pour thème principal, le réalisateur n’empruntait certainement pas une nouvelle fois la voie de la facilité. Une thématique extrêmement intéressante, symbolique d'une métamorphose de la Chine qui grandit à vue d'œil, et qui n'a plus que faire de ses petits cinémas arriérés lorsque sont présents de grands complexes dans les centres villes. Alors que le sujet, d'actualité, aurait certainement mérité un traitement presque documentaire, le réalisateur reste fidèle à son cinéma et nous offre un
e vision totalement différente de ce que l'on est en droit d'attendre d'un tel film. Malheureusement, là où Fruit Chan montre et démontre, Tsai Ming-liang ne nous donne qu'un infime aperçu de la situation au travers d'un cinéma miteux avec des employés presque croquemitaines, ne se croisant à aucun moment de la journée, et des clients aussi rares qu'atypiques. Le réalisateur ne nous livre certainement pas une vision globale des cinémas de quartiers, on comprend aisément ici pourquoi le local en vient à fermer ses portes.
Mais là où Goodbye Dragon Inn pèche réellement c'est dans sa narration lente, trop lente, caractéristique du réalisateur, mais qui ici dessert malheureusement trop le rythme. Un manque de rythme présent durant la totalité du film (qui ne dure d'ailleurs que 1h20), résultant de l'absence chronique d'un quelconque scénario. Si l'on excepte en effet les 20 dernières minutes du dénouement final (si tant est qu'il y en ait un), tout le reste du film n'est que lenteur et ennui. Alors certes, Tsai Ming-liang filme bien, voire très bien, il possède effectivement un don à créer des ambiances mais un film ne peut pas se résumer à une simple vitrine de son talent. En privilégiant totalement la forme au fond, la qualité narrative est désastreuse et l'on assiste impuissant à une succession de plans fixes, à la lenteur exaspérante. Le film tourne en rond, se cherche mais ne se trouve malheureusement à aucun moment. Et l'absence de dialogue confirme et signe l'ennui dans lequel s'engouffre nonchalamment et sans vergogne Goodbye Dragon Inn. Artistique, cette réalisation de Tsai Ming Liang l'est certainement, dénonciatrice à peine, intellectuelle sûrement pas.
Pourtant quelque part, l'on se doit de reconnaître l'audace du réalisateur, sûrement pas de l'acclamer (ce qui conviendrait à l'encourager dans cette voie) mais tout du moins de souligner l'intégrité avec laquelle il exerce son métier. Goodbye Dragon Inn s'apparente finalement à l'enfant nihiliste du réalisateur, un film loin d'être essentiel mais dont la déstructuration des codes narratifs au profit d'une mise en image savante rappelle que le réalisateur sait aussi être hédoniste.
Révérencieux également en choisissant de projeter au travers de son film le Dragon Inn de King Hu, symbole d'une époque du cinéma hong kongais prospère, où l'on se délectait d'histoires au scénario simpliste mais divertissant. Une nostalgie qui parait évidente, à l'image des deux acteurs tombés depuis dans l'oubli, comme si la Chine, et Taiwan par la même occasion (puisqu'il s'agit d'un film taiwanais avant tout) s'affranchissaient de leurs passés cinématographiques. P
ourtant, il demeure une barrière infranchissable entre les personnages et nous même, les acteurs interprétant tous des rôles presque amorphes que ce soit le jeune japonais homosexuel, le projectionniste ou encore l'ouvreuse infirme (qui sont tous des acteurs présents dans le reste de la filmographie de l'auteur avec notamment Lee Kang-sheng (李康生), son acteur fétiche). On peine à s'imprégner des rôles et il ne ressort que peu de compassion envers ces gens acceptant leur sort avec un fatalisme alarmant.
Goodbye Dragon Inn laisse un sentiment très mitigé, celui d'un film décidément hors du commun, audacieux mais pas forcément authentique, créant une scission réelle avec les productions cinématographiques de masse, et celle d'un film inachevé, qui n'avait pas forcément lieu d'être, parfois intriguant mais souvent ennuyeux et dont le principal intérêt réside dans sa construction visuelle et ses plans à la lenteur extrême.
Dernière séance avant que cette salle de cinéma ferme ses portes pour toujours. Un jeune homme d'origine japonaise entre à l'intérieur du cinéma pour se protéger de la pluie.
L'ouvreuse infirme et le projectionniste n'ont jamais eu l'occasion de se rencontrer bien qu'ils travaillent tous les deux dans le même cinéma. Puisque cette nuit est leur dernière chance, la jeune femme a envie de partager son fortune cake avec le beau projectionniste. Mais quand elle se rend dans la cabine de projection, il n'est pas là. Elle refuse de quitter cet endroit avant de l'avoir revu. Elle se met alors à sa recherche dans le dédale du cinéma.
Sur l'écran géant passe Dragon inn, un film d'épée chinois à succès des années 60. L'homme japonais remarque deux individus dans la salle qui ressemblent aux acteurs du film. Plus âgés, assis dans ce cinéma vide, ils regardent et se remémorent...
Tsai Ming Liang (蔡明亮) ne fait décidément pas partie de ces réalisateurs grand public, et ce n'est sûrement pas Goodbye Dragon Inn qui va démentir la réputation qui lui sied si bien, puisqu'il s'agit à nouveau d'une réalisation aux antipodes du cinéma dit "à pop-corn". Un choix artistique louable, que bien d'autres réalisateurs ont choisi d'emprunter (on peut penser à Shohei Imamura ou encore Fruit Chan) et dont il s'est déjà essayer auparavant avec beaucoup de succès (Et là bas quelle heure est-il ? The Hole, La rivière). Un cinéma culturel, artistique, social et critique, un cinéma intelligent pourrait on presque dire, dont la sublimation des propos est mise en évidence par des plans faisant abstraction d'un quelconque formalisme, la recherche d'une originalité plastique et narrative, qui sans atteindre l'évidence de la signature d'un Wong Kar Wai, commence très sérieusement à implanter ses propres codes. Goodbye Dragon Inn serait il donc le film de la consécration pour Tsai Ming-liang?
En choisissant la disparition des cinémas de quartier pour thème principal, le réalisateur n’empruntait certainement pas une nouvelle fois la voie de la facilité. Une thématique extrêmement intéressante, symbolique d'une métamorphose de la Chine qui grandit à vue d'œil, et qui n'a plus que faire de ses petits cinémas arriérés lorsque sont présents de grands complexes dans les centres villes. Alors que le sujet, d'actualité, aurait certainement mérité un traitement presque documentaire, le réalisateur reste fidèle à son cinéma et nous offre un
e vision totalement différente de ce que l'on est en droit d'attendre d'un tel film. Malheureusement, là où Fruit Chan montre et démontre, Tsai Ming-liang ne nous donne qu'un infime aperçu de la situation au travers d'un cinéma miteux avec des employés presque croquemitaines, ne se croisant à aucun moment de la journée, et des clients aussi rares qu'atypiques. Le réalisateur ne nous livre certainement pas une vision globale des cinémas de quartiers, on comprend aisément ici pourquoi le local en vient à fermer ses portes.Mais là où Goodbye Dragon Inn pèche réellement c'est dans sa narration lente, trop lente, caractéristique du réalisateur, mais qui ici dessert malheureusement trop le rythme. Un manque de rythme présent durant la totalité du film (qui ne dure d'ailleurs que 1h20), résultant de l'absence chronique d'un quelconque scénario. Si l'on excepte en effet les 20 dernières minutes du dénouement final (si tant est qu'il y en ait un), tout le reste du film n'est que lenteur et ennui. Alors certes, Tsai Ming-liang filme bien, voire très bien, il possède effectivement un don à créer des ambiances mais un film ne peut pas se résumer à une simple vitrine de son talent. En privilégiant totalement la forme au fond, la qualité narrative est désastreuse et l'on assiste impuissant à une succession de plans fixes, à la lenteur exaspérante. Le film tourne en rond, se cherche mais ne se trouve malheureusement à aucun moment. Et l'absence de dialogue confirme et signe l'ennui dans lequel s'engouffre nonchalamment et sans vergogne Goodbye Dragon Inn. Artistique, cette réalisation de Tsai Ming Liang l'est certainement, dénonciatrice à peine, intellectuelle sûrement pas.
Pourtant quelque part, l'on se doit de reconnaître l'audace du réalisateur, sûrement pas de l'acclamer (ce qui conviendrait à l'encourager dans cette voie) mais tout du moins de souligner l'intégrité avec laquelle il exerce son métier. Goodbye Dragon Inn s'apparente finalement à l'enfant nihiliste du réalisateur, un film loin d'être essentiel mais dont la déstructuration des codes narratifs au profit d'une mise en image savante rappelle que le réalisateur sait aussi être hédoniste. Révérencieux également en choisissant de projeter au travers de son film le Dragon Inn de King Hu, symbole d'une époque du cinéma hong kongais prospère, où l'on se délectait d'histoires au scénario simpliste mais divertissant. Une nostalgie qui parait évidente, à l'image des deux acteurs tombés depuis dans l'oubli, comme si la Chine, et Taiwan par la même occasion (puisqu'il s'agit d'un film taiwanais avant tout) s'affranchissaient de leurs passés cinématographiques. P
ourtant, il demeure une barrière infranchissable entre les personnages et nous même, les acteurs interprétant tous des rôles presque amorphes que ce soit le jeune japonais homosexuel, le projectionniste ou encore l'ouvreuse infirme (qui sont tous des acteurs présents dans le reste de la filmographie de l'auteur avec notamment Lee Kang-sheng (李康生), son acteur fétiche). On peine à s'imprégner des rôles et il ne ressort que peu de compassion envers ces gens acceptant leur sort avec un fatalisme alarmant.Goodbye Dragon Inn laisse un sentiment très mitigé, celui d'un film décidément hors du commun, audacieux mais pas forcément authentique, créant une scission réelle avec les productions cinématographiques de masse, et celle d'un film inachevé, qui n'avait pas forcément lieu d'être, parfois intriguant mais souvent ennuyeux et dont le principal intérêt réside dans sa construction visuelle et ses plans à la lenteur extrême.
Jean Baptiste Champion


















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