mercredi 21 mars 2007
Getting Home (落叶归根)
Getting Home de Zhang Yang, 2007Avec Zhao Benshan, Xia Yu, Hu Jun
Zhao est un vieil ouvrier qui travaille dur pour gagner sa vie à Shenzhen, près de Hongkong. Lorsque son ami et collègue Wang meurt à l’impromptu, Zhao décide de ramener son cadavre dans sa ville natale. Il achète deux billets de bus et prétend que son compagnon muet a tellement bu qu’il en a perdu connaissance. Peu de temps après, le bus est attaqué par des bandits en armes. Zhao leur dit de le tuer en premier pour qu’il puisse rester pour toujours auprès de son ami défunt. Touchés par tant de loyauté, les brigands laissent le bus repartir sans encombres. Mais au lieu de remercier Zhao, leur sauveteur, les autres voyageurs le jettent hors du car avec la dépouille de son ami.
Zhao essaie maintenant de faire du stop, prétendant que son ami est très malade et qu’il doit le conduire au plus vite à l’hôpital. Après une nuit passée à l’hôtel, il s’aperçoit qu’on lui a volé tout son argent et se désespère – mais il ne renonce pas pour autant. Quand il a besoin d’argent, il déguise le corps de Wang en mendiant, et quand il a faim, il suit un cortège funèbre en pleurant à chaudes larmes ce qui lui vaut d’être invité au repas d’enterrement. Au cours de son odyssée à travers la campagne chinoise, Zhao doit se débrouiller avec les gens les plus divers. Il est presque arrivé à destination lorsqu’une pluie diluvienne s’abat sur le vieil homme et son défunt compagnon. C’est maintenant la nature qu’il doit affronter.
Présenté au festival de Berlin en 2007, le dernier long métrage de Zhang Yang (张杨)(présent au festival itinérant de cinéma chinois) a de quoi séduire et distraire bon nombre de cinéphile.
Le réalisateur que l’on connaît dans les pays francophones pour Shower est un membre phare de la sixième génération des cinéastes chinois.
Avec Getting Home (落叶归根), Zhang Yang semble avoir atteint le point culminant de sa maîtrise entre cinéma populaire et cinéma réfléchit. Pourtant son parcours atypique ne le prédestinait pas à cela puisque des œuvres comme Quittin (昨天) sont très loin d’afficher une popularité certaine. Cependant on se souvient que le réalisateur avait fait de l’ombre à Titanic en Chine avec son excellent Spicy Love Soup (爱情麻辣烫). C’est donc un cinéaste empathique à qui nous avons et aurons à faire ces prochaines années. Getting Home est un lon
g métrage qui touche à la mort, un domaine sensible pour les chinois et pourtant commun à tout être vivant. Ici, un ouvrier chinois (appelé Zhao mais dont on ne citera jamais le nom) tient à ramener son camarade décédé non pas sur un chantier comme on pourrait le croire et comme c’est le cas en Chine, mais mort à force de boire comme un trou, à essayer d’oublier son parcours de vie chaotique laissant derrière lui femme et enfants.Dès les premiers instants du long métrage, le cinéphile est plongé dans des situations tragicomiques qui guideront toute la narration du film.
En effet, pas un instant de Getting Home ne manquera à ces sentiments, entre rires et larmes. C’est en cela l’une des grandes forces de ce film de nouvel an.
Dans un bus qui mène les deux hommes, l’un vivant l’autre mort, vers les régions du Sud de la Chine, le spectateur est face à une situation des plus ambiguë où, un groupe de voleurs fait irruption et dérobe les biens de ses occupants. Guo Degang (郭德纲), célèbre comique chinois, joue le chef de cette bande d’escrocs.
Ils pillent les voyageurs jusqu'à à arriver à notre héros qui explique alors la situation de son collègue décédé et que le seul argent en sa possession est la prime donnée par l’employeur au défunt.
Sensible au courage de ce voyageur avec un mort sur le dos, le voleur décide de lui donner tout son butin pour lui permettre de mettre en terre dignement son camarade.
Cependant, une fois les voleurs partis, les autres voyageurs récupèrent chez lui les bien qui leur ont été substitué. Quelques minutes plus tard, ces mêmes voyageurs connaissant la vérité sur le couple d’amis, et se plaignent au chauffeur afin de les évacuer du bus, car ce mort leur pose un problème de conscience.
Commence alors une véritable épopée pédestre où Zhao trouvera tous les moyens nécessaires pour ramener à bon port son ami avec lequel il a travaillé de longues années. Sur son chemin, il fait la rencontre de nombreux chinois d’origines et de peines diverses, notamment un camionneur qui a perdue sa femme, partit pour un autre homme. Le héros n’hésite pas un instant à le réconforter dans sa douleur sentimentale et à lui apporter un peu de chaleur humaine dans cet univers chinois de plus en plus individualiste. Dans la même séquence, Zhang Yang expose en évidence les dissensions économiques entre cette classe populaire et le modernisme galopant de la Chine actuelle, par un cadre mettant au premier plan le camion d’infortune et au second plan , une centrale électrique toute puissante.
Il fera encore ce constat avec Zhao et sa rencontre avec un cycliste (Xia Yu - 夏雨) aux nombreux gadgets technologiques face aux socques usées du personne principal. Ainsi, tout en nous contant une aventure humaine, le cinéaste continue à nous imprégner de son regard social et citoyen d’une Chine, et notamment de ses régions comme le Yunnan, en pleine évolution. Mais il ne s’arrête pas là et c’est peut être en cela que le film perd quelque peu de sa superbe.Parallèlement à cette approche intelligente, appuyée par d’excellents moments d’humour et par de superbes paysages (magnifiés par Yu Lik Wai (余力为) et un formidable travail d’équipe), Zhang Yang multiplie les rebondissements, mélange les doutes à la certitude et dresse un tableau riche de diverses situations comme la vente du sang dans les régions les plus pauvres, la relation à la mort, la solitude, le désespoir, le nivellement des classes sociales chinoises, la construction fulgurante d’une certaine Chine bitumeuse, etc…
En définitive, tout ça dans un seul film, c’est certainement trop même si cela reste captivant et assurément bien mené de bout en bout.
« Je n’ai aucune qualité, mais je connais juste un chemin, et j’irai jusqu’au bout ».
Cette parole émouvante du héros donne toute l’ampleur du talent de Zhao Benshan (赵本山) à incarner cet homme portant sur son dos le fardeau d’une promesse.A certains instants, comme dans ce centre de réadaptation, l’acteur confirme tous les espoirs fondés en lui jusqu’à devenir irremplaçable par son faciès, sa bonhomie, son degré de tristesse qui font la force de certains grands comiques.
Telle cette chanson de Deng Li Jun « La fleur sauvage ne doit pas être cueillie, je t’emmène au village car c’est le printemps et toutes les fleurs sont déjà ouvertes. Mais la fleur sauvage tu ne dois pas la cueillir. Souviens toi de mon amour, ne l’oublie pas » chanté par Zhao Benshan, il restera graver dans nos mémoires ce sentiment de dignité humaine, d’un patchwork de réflexions sociales menées tambours battant par le cinéaste, et enfin ce parcours où ne s’arrêtera jamais la vie et ce, jusqu’au bout.
Le trailer (3minutes de bonheur)
Souvenirs du tournage : 1 - 2 - 3 - 4 - 5
Damien Paccellieri


















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Tout à fait d'accord, le film, comme tous les ZHANG Yang, est une petite merveille riche en émotions.
LE cinéaste chinois contemporain le plus percutant, le plus touchant. SHOWER, QUITTING, SUNFLOWER....
Il est l'un des meilleurs, mais d'autres se préparent:Yinan Diao par exemple...