mardi 13 février 2007

Xiu Xiu (天浴)

Xiu Xiu de Joan Chen, 1997
Avec Li Xiaolu, Lopfang, Lu Yue, Gao Jie

Dans la Chine de 1975, la révolution culturelle touche bientôt à sa fin. Xiu Xiu, fille d’un tailleur de Chengdu est l’une des dernières « intellectuelles » à être envoyée à la campagne dans le cadre des « Mesures de rééducation des masses » dont les objectifs sont sérieusement remis en question.

Joan Chen (陈冲), célèbre actrice chinoise naturalisée américaine depuis quelques années, a réussi sa première réalisation avec Xiu Xiu (天浴) en 1997 après avoir brillé dans les années 70 pour Xiao Hua (小花), jusqu’aux oeuvres occidentales de Bernardo Bertolucci et Oliver Stone.

Xiu Xiu fut interdit en Chine car il développe des scènes sexuelles loin de mettre l’actrice sous son meilleur profil chinois.
Présent à Vesoul en 2006, Xiu Xiu nous délivre la vie d’une jeune fille innocente et joyeuse, qui s’engage du jour au lendemain avec coercition dans la jeunesse communiste, envoyée alors en campagne. Selon le camarade Mao, ces citadins y apprendront la solidarité, les métiers qui serviront et honoreront le peuple chinois pour les années à venir. Xiu Xiu fait ainsi confiance à son pays puis quitte sa famille et ses amis. Parmi ces derniers, un jeune homme l’aime secrètement et nous en conte son éphémère jeunesse. Xiu Xiu est emmenée dans une contrée du Tibet où seul quelques steppes et stupas habitent le paysage. On la laisse à la responsabilité de Lao Jin, éleveur de chevaux et ancien soldat émérite dont la précision de tir impressionnait ses camarades. La jeune citadine doit s’habituer rapidement à l’environnement et ne dispose que d’une tente pour seule habitation. Elle est tout de même rassurée car elle connaît la situation délicate de Lao Jin. En effet lors de combats fratricides, Lao Jin a perdu sa masculinité d’un coup de couteau prévu à cet effet.

Mais cette fille n’est pas là par oisiveté. Elle doit apprendre l’équitation, manipuler des chevaux afin de devenir l’élite de l’armée telle une valkyrie chinoise. Son apprentissage est douloureux et durera de nombreux mois dans un lieu désertique. Xiu Xiu prend de plus en plus conscience qu’elle ne rentrera pas chez elle comme cela était prévu. Un homme responsable de la mission locale lui fait miroiter un retour possible en l’échange de quelques rapports sexuels. Lao Jin est totalement dépourvu lorsque sa tente devient une étrange maison close pour des hommes de la campagne en quête de sexe.

Tous ces hommes perdus au milieu de nulle de part s’inventent des responsabilités afin de donner un peu d’espoir à Xiu Xiu. Mais plus elle couche avec ces diables, plus elle y vend son âme…


Difficile de rester sans réaction devant un long métrage d’une telle atrocité sociale. Joan Chen met en cause la période de la révolution culturelle et ses effets sur toute une jeunesse. La plupart y survivront mais pour d’autres ces années seront les pires de leurs vies. On sait par exemple que Chen Kaige (陈凯歌) a dû dénoncer son père en place publique. Ici Xiu Xiu y perd son innocence et le peu d’honneur qu’elle avait. Elle est alors traitée comme un objet sexuel que l’on se renvoi telle une balle. Cependant, malgré la protection de Lao Jin, Xiu Xiu est seule maître de son destin.

Tous les hommes mis à part ce dernier profiteront de cette fille qui dans sa désespérance la plus totale assumera ses actes et sa sexualité débridée.
Son impatience, sa naïveté la pousse à coucher avec des hommes (le sont ils encore ?) qu’elle croit aux responsabilités importantes. Telle une enfant de son âge elle prête à croire grâce à ces coucheries à un retour plausible à Chengdu.
Pourtant Xiu Xiu se sent si bien en la présence de Lao Jin qui la traite comme un précieux trésor. Elle est à la fois accablée de brûlures sociales et motivée par tous les moyens de rentrer chez elle, même si cela doit passer par une prostitution synonyme d’échange de bon procédé.
Elle devient alors victime de la barbarie des soi-disant communistes plus en proie à leurs satisfactions sexuelles qu’à la solidarité commune.

L’interprète de Xiu Xiu, Li Xiaolu, accusant d’une forte ressemblance avec Zhou Xun, fait preuve d’un grand talent et donne au cima chinois l’un des meilleurs espoirs féminins de la patrie au drapeau rouge serti d’étoiles. Entre impertinence, tristesse, joies éphémères et désenchantement, Li Xiaolu (李小璐) en dévoilant son corps, évènement rare pour une actrice en Chine, à su montrer l’ampleur de ses sentiments et la perspective d’une grande carrière.
Les terribles évènements s’enchaînent jusqu’à une fin certes poétique mais qui manque assurément d’un peu de courage et d’audace.

Lao Jin, interprété par le tibétain Lopsang, n’est pas en reste puisqu’il incarne dans ce sombre destin l’ange gardien aux remords impardonables. Sa qualité de jeu lui a valu tous les honneurs de la presse de l’époque.
Alors après projection nous taraude plusieurs questions : Qu’en été t’il si Lao Jin n’avait pas été impuissant ? Aurait-il lui aussi profité de la jeune fille ? Est-ce que Xiu Xiu était-elle irresponsable ou avait-elle choisi son destin ? La faute est elle uniquement à la révolution culturelle ou à ces « guizi (鬼子) » chinois ? (guizi = démons, terme utilisé par les chinois pour parler des occidentaux et des japonais).
Le cœur meurtrit et le souvenir de ces scènes superbes sous la lune, Xiu Xiu donne naissance à une œuvre brute et puissante, réactionnaire d’une période douloureuse dans l’histoire chinoise. Comme ce garçon plein d’amour, le cinéphile se souviendra encore longtemps du visage de Xiu Xiu, jusqu’à en conter sa vie sans fin.

La bande annonce
Damien Paccellieri

Publié par damien à 20:54

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Lu !

Encore un film pas vu que je note sur ma liste des films à voir. ^^

Publié par Blogger DQMC (11) à 14 février 2007 21:14 #
 

Un très bon film, assez dur, inhumain je dirais même.
Joan Chen est une des grandes actrices du cinéma sino-américain (et aussi chinois) mais se fait assez rare.
Le prochain film à surveiller, où elle tient un rôle important,est un long métrage de .....Jiang Wen!

Publié par Blogger damien à 16 février 2007 03:57 #
 

fiouuu un film creve-coeur ... je suis epoustoufle par les contrastes omnipresents, entre les paysages lunaires ou apparaissent ces « guizi », l'innocence de cette fille basculant dans l'avilissement, d'un espoir naif vers une detresse absolue ...
Le personnage de Lao Jin m'aura fascine tout le long.
Un grand merci !

Publié par Blogger edouard à 29 juillet 2008 18:25 #
 
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