samedi 10 février 2007
L'Orphelin d'Anyang (安阳婴儿)
Une prostituée du Nord-est, désespéré et incapable de joindre les deux bouts, abandonne son bébé. Un ouvrier au chômage décide de prendre l'enfant pour 200 yuans par mois. Finalement, lui et la mère deviennent amis et il semble que l'enfant sera élevé dans une famille peu orthodoxe. Mais tout bascule quand le supposé vrai père du bébé, un gangster local, décide d'adopter l'enfant quitte à recourir à la violence.
L'Orphelin d'Anyang (安阳婴儿) est un long métrage sur l’intimité de trois personnes, toutes frappées par la misère sociale.
Le dossier de presse
Yu Dagang, jusqu’ici ouvrier, vient de se retrouver au chômage à la suite de la fermeture de son usine, comme de nombreuses autres de la région, où il ne reste plus que le souvenir du travail et l’ombre d’un attachement social aujourd’hui défait. Sa vie se résumait à cet emploi, seul revenu, seule subsistance d’une vie dédiée à l’industrie. Yu Dagang est maintenant sans protection sociale et sans salaire, tel un paria de la société.
Feng Yanli est une prostituée et meneuse de soirée dans des bars de la ville tombés dans l’oubli. Elle satisfait quelques hommes débordant d’envies sexuelles malgré les difficultés du pays, et les soulage de quelques yuans. Son enfant, seul lien qui lui rappelle encore qu’elle est une femme, est en bas âge et demande la présence continuel
le de sa maman ou d’une nourrice . Elle trouve cette âme bienveillante en la personne de Yu Dagang, qui sans un sou préfère garder un enfant moyennant quelques yuans que de faire la disette ou la manche. En ce sens, cet enfant est une aubaine pour l’ancien ouvrier même si celui-ci n’a aucune connaissance sur les quelconques principes de soin et d’hygiène d’un bébé. Le troisième individu de ce tryptique chaotique n’est autre que le père de cet enfant, le proxénète de Feng Yanli. Soucieux de son propre bien être, il n'échappe pourtant pas à une maladie grave où son crâne rasé en devient une preuve irréfutable.Connaissant la date fatidique que les cieux lui ont imposé, il se rend compte de ses actes manqués et décide unilatéralement de prendre ses responsabilités et d’enlever l’enfant à sa prostituée de mère. Mais Feng Yanli n’est pas de cet avis et fera tout pour ne pas lui donner son amour le plus précieux…
Quand les cinéastes
de la cinquième génération comme Zhang Yimou (张艺谋) s’éloignait du domaine social pour développer des fresques historiques et légendaires, Wang Chao (王超) et nombres de ses camarades de la sixième génération reprenaient le flambeau d’un cinéma en phase avec son temps. L’orphelin d’Anyang n’est pas seulement un long métrage sur l’avenir d’un enfant mais plutôt sur le désenchantement de trois personnes en marge de la société où chacun donne en spectacle une batterie de problèmes omnipotents de la Chine moderne.Yu Dagang est l’incarnation même de la fermetures des usines industrielles du Nord de la Chine (voir aussi le magnifique A l'Ouest des Rails (铁西区第 一 部分), documentaire de Wang Bing(王兵)), seul moyen de gagner sa vie et seul lien où se fabriquer une identité sociale. Sans cela, l’individu est perdu, sans repères, face à lui-même, pas comme au temps maoïste face à la collectivité, à la communauté. Mais Yu Dagang est aussi une preuve du malaise humain où cet homme n’a jamais eu l’occasion de s’attacher à une vie familiale, avec femme et enfant tel un idéal social. L’emploi en usine est donc une symbolique identitiare mais aussi une prison sans activités extérieures. Feng Yanli et son bébé sont ensuite une deuxième vitrine des peines chinoises.
Elle est une femme dans l’engrenage de la prostitution, entretenue avec d’autres par des proxénètes tel une poule aux œufs d’ors. Son bébé, épicentre de toutes les attentions du long métrage, est une manne d’argent pour l’un, de l’amour pour une autre autre et un sentiment définitif de paternité pré mortem pour un père sécoué d'incertitudes …Ce derniers en même temps est dans une situation professionnelle alambiquée qui a fortement déplu au Bureau des films chinois. En effet, les autorités ont officiellement déclaré qu’il n’existait pas de mafias, triades ou réseaux de prostitutions sur le territoire national. Sa seule présence dans le long métrage est déjà une déclaration forte sur le mensonge d’Etat ou plutôt l’étouffement d’une certaine criminologie chinoise mettant à sac l’idéologie communiste. Mais au lieux d’en faire un salaud, Wang Chao l’humanise et le rend faible, tel une dernière victime dont sa mère très âgée pleure sur son sort, où ses hommes de mains s’apitoient sur sa destinée funèbre.
Wang Chao adopte ainsi une vision sous trois angles différents de la société chinoise dont l’enfant sortira indemne. Chacune de se
s prises à partis démontrent bien des situations dangereuses où l’Etat peine encore à trouver des réponses. L’Orphelin d’Anyang est donc une première œuvre très intéressante où le cinéaste conçoit une narration détaillée pour un budget minimal. Lorsqu’on se concentre sur le bonus proposé par l’édition dvd d'Arte, Wang Chao explique toutes les péripéties du montage de son film pour sa présentation au festival de Cannes. Son travail alors en ressort d’autant plus fort et convaincant. La sixième génération tient ainsi son rôle social dans cette société chinoise, responsabilité indispensable afin d'en comprendre sa mutation et ses enjeux.
s prises à partis démontrent bien des situations dangereuses où l’Etat peine encore à trouver des réponses. L’Orphelin d’Anyang est donc une première œuvre très intéressante où le cinéaste conçoit une narration détaillée pour un budget minimal. Lorsqu’on se concentre sur le bonus proposé par l’édition dvd d'Arte, Wang Chao explique toutes les péripéties du montage de son film pour sa présentation au festival de Cannes. Son travail alors en ressort d’autant plus fort et convaincant. La sixième génération tient ainsi son rôle social dans cette société chinoise, responsabilité indispensable afin d'en comprendre sa mutation et ses enjeux.Damien Paccellieri



















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