jeudi 1 février 2007

Les Démons à Ma Porte (鬼子来了)

Les Démons à Ma Porte de Jiang Wen, 2000
Avec Jiang Wen, Ding Yuan, Cong Zhijun, Zi Xi


Dans un village reculé, miraculeusement épargné dans une Chine occupée par l'armée nippone, un paysans du nom de Ma Dasan est menacé une nuit par des soldats de l'Armée chinoise. Ces braves gaillards lui confient deux sacs à l'intérieur desquels se trouvent un prisonnier japonais et son interprète chinois.

Dasan et sa maîtresse, une jeune veuve enceinte, cachent les prisonniers et en prennent soin. Malgré les médisances du japonais, une certaine humanité se glisse dans sa relation avec ses geôliers, en partie grâce aux traductions volontairement erronées de l'interprète qui cherche à sauver sa propre vie en amadouant les villageois.
Six mois s'écoulent. La famine s'empare du village.

Les habitants, ne sachant plus quoi faire de leurs prisonniers, décident de les mettre à mort. Or, aucun d'entre eux n'accepte de prendre la responsabilité d'un tel acte…

Deuxième film de Jiang Wen (姜文) en tant que réalisateur, Les Démons à Ma Porte (鬼子来了) remporta le Grand prix du festival de Cannes en 2000.
C'est bien peu à la vue d'un tel film...

Ce long métrage traite malicieusement de la geurre et de l'occupation à la sauce tragicomique.
La première partie du film édicte la captivité des prisonniers et la vie du villiage de façon burlesque .
Ce début joviale et bien ficelé donne au film un ton inoffensif pour une occupation dont on connaît les horreurs (notamment à Nankin et Harbin) et décrit les relations existantes entre la milice japonaise et les fermiers chinois.

On voit la fanfar
e des soldats nippons, passer par le village et distribuant des bonbons aux enfants des fermiers. Les soldats japonais se prêtent même à rire avec leurs frères ennemis chinois.Mais derrière ces apparences se cache une fracture entre ces deux peuples. Le beau-père de Dasan, vieux cynique et grabataire, ne peut s'empêcher d'insulter ces japonais et de crier qu'il tordra le coup à tous ces soldats.
D'ailleurs ces réactions, celle de fermiers naïfs et débordant de mansuétude, permettent au long métrage de prendre sa réelle assise entre jours heureux et veillés funèbres.
On ne peut s'empêcher de rire des relations entre les fermiers et les deux prisonniers.
Un exemple: pendant le réquisitoire, l'ancien du village demande au soldat s'il a déjà abusé sexuellement des femmes chinoises. Le soldat détenu réponds: " Bien sûr, je ne suis venu que pour ça! Pauvres idiots", alors les villageois demandent à l'interprète:
" Qu'a t-il dit ? ". Le traducteur qui veut sauver sa peau répond qu'le japonais n’a jamais touché à une femme chinoise, bien au contraire. On voit alors des villageois satisfaits de la réponse, souriant avec bienveillance alors que le soldat japonais, qui croit en une réelle traduction, sourit avec ironie, fier de sa haine méprisante....

A plusieurs reprises, le soldat japonais insultera les fermiers et l'interprète traduira par les plus beaux compliments chinois. C'est vraiment drôle et jouissif. La captivité des deux détenus laisse la place dans l'autre moitié du film à leur libération et aux conséquences ce celle-ci. Cette libération, dont tous les villageois se féliciteront sera récompensé par l'armée nippone. Mais à quel prix ? C'est ici que commence le drame... Le drame d'une incompréhension collective, d'une trahison, d'un honneur japonais bafoué par des fermiers chinois (à leur insu).

Un cataclysme éclate sous la forme alors d’une machine de mort incontrôlable.


C'est donc pour la mémoire des siens tragiquement disparus, mais aussi parce que la guerre change les hommes, même les plus proches, que Jiang Wen a réalisé ce superbe témoignage.
La guerre peut tout balayer: la paix, l'honneur, les cultures, les hommes. Elle nous transforme en bêtes féroces, en êtres assoiffés de sang et de vengeance. Cette réponse sur pellicule réussit à nous faire passer du rire à la stupéfaction. Deux pays, et toute une civilisation peut disparaître sous une main guerrière.
Aucuns mots ne peuvent traduire la souffrance de ces victimes de guerre, abattues sans aucunes raisons, sans même être mêlées réellement au conflit.
Aujourd'hui ce vide est comblé, ce fait historique ne pourra être oublié par le cinéphile français grâce aux Démons à ma Porte, magnifique long métrage en noir et blanc, dont les acteurs sont pratiquement tous non-professionnels. Il fallait oser d'exposer de tels faits par de tels sentiments.
Jiang Wen l'a réalisé. Jiang Wen l'a réussit.

Ainsi à travers ce portrait d’époque, nous sommes tous amener à raviver la mémoire de ces victimes chinoises, qu’elles soient de la campagne comme le montre ce film, citadines comme ce fut le cas à Shanghai, violées à Nankin ou sacrifiées par l’unité 731 à Harbin.

Rendons hommage à ces morts dont les bourreaux ont été protégés et dont le vécu semble avoir disparu de l’Histoire du Japon par la baguette magique du révisionnisme.

Bonus : Les photos de tournage en couleurs - 1 - 2 - 3 - 4

Damien Paccellieri

Publié par damien à 20:58

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Merci de ce joli article. "Gui Zi Lai Le" est l'un des films les plus forts qu'il m'ait été permis de voir : comme tu le dis bien, le burlesque du début (burlesque assez complexe, d'ailleurs) laisse la place à une fin des plus... terribles !

Sans en dire plus, c'est un film qui remue incroyablement.

Merci d'en avoir parlé.


De façon annexe, je m'aperçois que tu es incroyable ! Je découvre ton blog musical... et m'aperçois qu'il y a également un blog cinématographique !!!

Chapeau ^^

Publié par Blogger DQMC (11) à 6 février 2007 01:30 #
 

As tu remarqué le clignement des yeux à la fin de Jiang Wen et le rapport avec ce qu'il disait au tout début.... Un excellent film qui lui valu d'être sanctionné à la réalisation pendant 5 ans !

Merci, j'essaye de faire au mieux pour que chacun puisse découvrir un pan de la culture chinoise.

Publié par Blogger damien à 7 février 2007 12:24 #
 

une perle cinématographique de la part de JIANG wen, toujours aussi bon dans l'interprétation et plus abouti comme réalisateur par rapport à son premier film. Vivement le prochain.

Publié par Anonymous chronofixer à 4 avril 2007 20:51 #
 

Et le prochain c'est pour Cannes si tout va bien !! :)

Publié par Blogger damien à 5 avril 2007 11:29 #
 

pfff quel film enorme ! Mais que deviens Yu'Er et leur enfant a la fin ? J'ai du zappe un detail ...
J'adore le rythme du jeu et de la camera en premiere partie !

Publié par Blogger edouard à 5 août 2008 17:57 #
 
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