mercredi 28 février 2007
Hero (英雄)
Avec Tony Leung Chiu Wai, Zhang Ziyi, Jet Li
Hero (英雄) est une grosse déception, on attendait du réalisateur de Vivre, d'Epouses et Concubines (大红灯笼高高挂), de Ju Dou (菊豆) autre chose qu'un Wu Xia Pian sans rythme, plein de longueurs, sans sens critique et si politiquement « correct ».
Pourtant Zhang Yimou (张艺谋)est un grand réalisateur et il s'entoure de ce qu'il y a de mieux ; des acteurs mythiques qu'ils soient de l'ancienne génération des Wu Xia Pian comme Jet Li (李连杰) ou Maggie Cheung (张曼玉) ou de la nouvelle comme Zhang Ziyi (章子怡) ; un chorégraphe de combat compétant en la personne de Tony Ching Sui Tung ; un grand compositeur Tan Dun (qui composa entre autre la BO de Tigre et Dragon).
Court extrait du film Hero
Mais le cocktail a un goût fade ; les acteurs sont confinés au rôle du héro impassible, et les gros plans sur les visages dénués d'expression de Jet Li, Tony Leung Chui Wai (梁朝伟) et Maggie Cheung abondent jusqu'à en devenir pénibles, et la seule à montrer quelques émotions (parce qu'elle n'est pas une guerrière accomplie contrairement aux autres) est Zhang Ziyi, dont le personnage est complètement inutile à l'intrigue et frôle le ridicule le plus complet.
On sent chez Zhang Yimou un désir d'intellectualiser le Wu Xia Pian (武俠片), mais Hero n'a pas la force de ce que Wong Kar Wai (王家卫) réalisa avec Les Cendres du Temps (东邪西毒), et encore moins le coté épique de Tigre et Dragon . Le cinéaste ne réussit ni à rendre homma
ge au genre ni à y apporter une touche personnelle ou quelque chose de nouveau, comme avait pu le faire le réalisateur hong kongaos, président du festival de Cannes 2006.
D'abord il fait référence à la calligraphie, une très bonne idée en soi, mais la démonstration peu paraître un peu lourde et surtout l'analyse finale qu'en fait le roi est insupportable de suffisance. Oui, ce qui fait la qualité d'une calligraphie c'est l'âme et le coeur du calligraphe dans la pensée chinoise, mais pas au point de trouver dans une calligraphie la pensée et la philosophie du calligraphe.
Le roi plaque ses propres fantasmes dans l'oeuvre de Lame Brisée et Zhang Yimou espère que le spectateur n'y verra que du feu (il a sans doute trop fréquenté les musée d'art moderne occidentaux).
Ensuite il y a un grand recours au visuel. Chaque partie du récit baigne dans une couleur déterminée, excepté le roi et ses soldats toujours en noir. Ainsi les personnages évoluent d'abord dans le rouge, puis dans le bleu, le vert et enfin le blanc. Comme ça le spectateur est bien dirigé (pour peu qu'il s'y connaisse en signification des couleurs), il n'y a pas à vagabonder, ou à se creuser la tête pour savoir ce qui peut motiver les personnages ou quel peut-être leur état d'esprit, le film l'annonce clairement. Donc ; rouge pour la loyauté et le courage (version opéra de Pékin), ajoutons à celà le sang et tout les mauvais présages qui vont avec (version Chine ancienne); le bleu pour la pureté et la fraîcheur, mais le bleu ciel dans le film semble plutôt faire référence à un personnage de l'opéra de Pékin surnommé Baa Qing Tian (ciel bleu) qui est la couleur des mandarins intègres, le vert symbolise la vie le dynamisme, la vitalité et le printemps, enfin le blanc le deuil et la tristesse.
Comme ça si vous n'avez pas bien compris le message du film maintenant il n'y a plus de mystère, ne cherchez pas ailleurs. Reste le noir...Ah ! Petit dilemme. Car le noir dans l'opéra de Pékin habille un personnage historique impartial, et comme le pensait les anciens, c'est aussi la couleur du fer qui symbolise la noblesse. Mais à chaque fois que
les soldats de Qin apparaissent à l'écran, ils font penser à une invasion de cancrelats malfaisants dirigé par un roi cruel et sans pitié . Le noir, dans la langue chinoise est plutôt associée à quelque chose de négatif, c'est la couleur des tatouages indélébiles que portent les criminels dans la Chine antique et elle symbolise le mal, le complot et la perfidie (le mot rentre dans la composition des mots : clandestin, marché noir, triade, travail clandestin, et désigne l'escroc). Dilemme pour le spectateur plutôt septique quant à la personnalité éclairé du roi, mais pas pour le réalisateur ; Shihuangdi est noble, il a la droiture et les projets d'un souverain plein d'amour pour son peuple, pour son futur peuple constitué des sujets des royaumes voisins. Bonheur aux vaincus c'est bien connu !!
Oui le message est très lourd, même les chinois à la sortie du film lui en ont parfois fait le reproche. On est bien loin de Vivre...Zhang Yimou en porte-drapeau du nationalisme expansionniste de la Chine, c'est un peu surprenant. Surtout quand on connaît la personnalité assez trouble de l'Empereur et que Zhang Yimou en était le bras droit dans Terracotta Warrior dirigé par ...Tony Ching Sui Tung !
Justement Tony Ching Sui Tung nous avait habitué à plus de fantaisie et d'inventivité dans la chorégraphie de ses combats...Là c'est asse
z décevant pour un maître de cette envergure. Il y a surtout trop de câbles et pas assez de poésie.
On peut aimer Hero pour son scénario à tiroir (mais c'est parfois tellement gros que le spectateur n'y croit pas, et le futur empereur avec lui d'ailleurs ! On est donc content de partager la perspicacité d'un roi tant admiré...), pour ses magnifiques décors naturels; ses costumes et sa philosophie peuvent aussi séduire certain, c'est net et efficace ; la beauté du couple Maggie et Tony est elle aussi très séduisante.
Mais quand même, on ne peut s'empêcher de se poser une question à la vue de tout cela:
Zhang Yimou est-il vraiment sincère, ou « ta hen hei ma ? » (« est-il très noir ? » Expression chinoise pour dire : « est-il un escroc ? »), s'il l'est...alors le film est un petit bijou d'ironie.
Hero (英雄) est une grosse déception, on attendait du réalisateur de Vivre, d'Epouses et Concubines (大红灯笼高高挂), de Ju Dou (菊豆) autre chose qu'un Wu Xia Pian sans rythme, plein de longueurs, sans sens critique et si politiquement « correct ».
Pourtant Zhang Yimou (张艺谋)est un grand réalisateur et il s'entoure de ce qu'il y a de mieux ; des acteurs mythiques qu'ils soient de l'ancienne génération des Wu Xia Pian comme Jet Li (李连杰) ou Maggie Cheung (张曼玉) ou de la nouvelle comme Zhang Ziyi (章子怡) ; un chorégraphe de combat compétant en la personne de Tony Ching Sui Tung ; un grand compositeur Tan Dun (qui composa entre autre la BO de Tigre et Dragon).
Court extrait du film Hero
Mais le cocktail a un goût fade ; les acteurs sont confinés au rôle du héro impassible, et les gros plans sur les visages dénués d'expression de Jet Li, Tony Leung Chui Wai (梁朝伟) et Maggie Cheung abondent jusqu'à en devenir pénibles, et la seule à montrer quelques émotions (parce qu'elle n'est pas une guerrière accomplie contrairement aux autres) est Zhang Ziyi, dont le personnage est complètement inutile à l'intrigue et frôle le ridicule le plus complet.
On sent chez Zhang Yimou un désir d'intellectualiser le Wu Xia Pian (武俠片), mais Hero n'a pas la force de ce que Wong Kar Wai (王家卫) réalisa avec Les Cendres du Temps (东邪西毒), et encore moins le coté épique de Tigre et Dragon . Le cinéaste ne réussit ni à rendre homma
ge au genre ni à y apporter une touche personnelle ou quelque chose de nouveau, comme avait pu le faire le réalisateur hong kongaos, président du festival de Cannes 2006. D'abord il fait référence à la calligraphie, une très bonne idée en soi, mais la démonstration peu paraître un peu lourde et surtout l'analyse finale qu'en fait le roi est insupportable de suffisance. Oui, ce qui fait la qualité d'une calligraphie c'est l'âme et le coeur du calligraphe dans la pensée chinoise, mais pas au point de trouver dans une calligraphie la pensée et la philosophie du calligraphe.
Le roi plaque ses propres fantasmes dans l'oeuvre de Lame Brisée et Zhang Yimou espère que le spectateur n'y verra que du feu (il a sans doute trop fréquenté les musée d'art moderne occidentaux).
Ensuite il y a un grand recours au visuel. Chaque partie du récit baigne dans une couleur déterminée, excepté le roi et ses soldats toujours en noir. Ainsi les personnages évoluent d'abord dans le rouge, puis dans le bleu, le vert et enfin le blanc. Comme ça le spectateur est bien dirigé (pour peu qu'il s'y connaisse en signification des couleurs), il n'y a pas à vagabonder, ou à se creuser la tête pour savoir ce qui peut motiver les personnages ou quel peut-être leur état d'esprit, le film l'annonce clairement. Donc ; rouge pour la loyauté et le courage (version opéra de Pékin), ajoutons à celà le sang et tout les mauvais présages qui vont avec (version Chine ancienne); le bleu pour la pureté et la fraîcheur, mais le bleu ciel dans le film semble plutôt faire référence à un personnage de l'opéra de Pékin surnommé Baa Qing Tian (ciel bleu) qui est la couleur des mandarins intègres, le vert symbolise la vie le dynamisme, la vitalité et le printemps, enfin le blanc le deuil et la tristesse.
Comme ça si vous n'avez pas bien compris le message du film maintenant il n'y a plus de mystère, ne cherchez pas ailleurs. Reste le noir...Ah ! Petit dilemme. Car le noir dans l'opéra de Pékin habille un personnage historique impartial, et comme le pensait les anciens, c'est aussi la couleur du fer qui symbolise la noblesse. Mais à chaque fois que
les soldats de Qin apparaissent à l'écran, ils font penser à une invasion de cancrelats malfaisants dirigé par un roi cruel et sans pitié . Le noir, dans la langue chinoise est plutôt associée à quelque chose de négatif, c'est la couleur des tatouages indélébiles que portent les criminels dans la Chine antique et elle symbolise le mal, le complot et la perfidie (le mot rentre dans la composition des mots : clandestin, marché noir, triade, travail clandestin, et désigne l'escroc). Dilemme pour le spectateur plutôt septique quant à la personnalité éclairé du roi, mais pas pour le réalisateur ; Shihuangdi est noble, il a la droiture et les projets d'un souverain plein d'amour pour son peuple, pour son futur peuple constitué des sujets des royaumes voisins. Bonheur aux vaincus c'est bien connu !!Oui le message est très lourd, même les chinois à la sortie du film lui en ont parfois fait le reproche. On est bien loin de Vivre...Zhang Yimou en porte-drapeau du nationalisme expansionniste de la Chine, c'est un peu surprenant. Surtout quand on connaît la personnalité assez trouble de l'Empereur et que Zhang Yimou en était le bras droit dans Terracotta Warrior dirigé par ...Tony Ching Sui Tung !
Justement Tony Ching Sui Tung nous avait habitué à plus de fantaisie et d'inventivité dans la chorégraphie de ses combats...Là c'est asse
z décevant pour un maître de cette envergure. Il y a surtout trop de câbles et pas assez de poésie.On peut aimer Hero pour son scénario à tiroir (mais c'est parfois tellement gros que le spectateur n'y croit pas, et le futur empereur avec lui d'ailleurs ! On est donc content de partager la perspicacité d'un roi tant admiré...), pour ses magnifiques décors naturels; ses costumes et sa philosophie peuvent aussi séduire certain, c'est net et efficace ; la beauté du couple Maggie et Tony est elle aussi très séduisante.
Mais quand même, on ne peut s'empêcher de se poser une question à la vue de tout cela:
Zhang Yimou est-il vraiment sincère, ou « ta hen hei ma ? » (« est-il très noir ? » Expression chinoise pour dire : « est-il un escroc ? »), s'il l'est...alors le film est un petit bijou d'ironie.
Anne Grosbon



















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