jeudi 22 février 2007
Green Tea (绿茶)
Green Tea de Zhang Yuan, 2003Avec Jiang Wen, Zhao Wei
"Wu Fang est une adepte du speed dating. Elle rencontre de nombreux hommes qui ne correspondent pas à ses attentes jusqu'à ce que Chen Minliang, homme au coeur brisée et sans gêne, essaye de la séduire…"
"Wu Fang est une adepte du speed dating. Elle rencontre de nombreux hommes qui ne correspondent pas à ses attentes jusqu'à ce que Chen Minliang, homme au coeur brisée et sans gêne, essaye de la séduire…"
Green Tea (绿茶) fait partie de ces films chinois que l’on aime à regarder plusieurs fois. Zhang Yuan (张元), l’excellent réalisateur de Palais Est, Palais Ouest (东宫西宫) démontre une fois de plus la grandeur de son talent et s’inscrit définitivementcomme l’un des meilleurs cinéastes chinois de la sixième génération malgré son allegresse mercantile.
Le film relate les expériences sentimentales de Wu Fang (Vicky Zhao 赵薇), une jeune femme qui s’essaye à des speed dating, des rendez vous rapides et anonymes pour y trouver l’homme de sa vie. Elle y rencontre de nombreux hommes plus ou moins intéressants tout en se délectant d'un thé vert, sa boisson favorite. Un jour, elle fait la connaissance de Chen Minliang (Jiang Wen 姜文) qui déballe sa vie sentimentale après s’être fait âprement largué par sa fiancée qui n’a pas hésité à choisir son amant, bien meilleur étalon que lui.
Wu Fang se retrouve ainsi face à un homme qui en a gros sur le cœur et qui partage sa déception sentimentale, tout en jouant la carte de la séduction. Elle décide alors de le revoir, car elle partage tout comme lui ce moment de solitude. Les deux âmes en peine consolident ainsi leur amitié et dessinent doucement leur future relation . Pourtant quelque chose cloche dans cette histoire. Chaque fois que Chen Minliang invite Wu Fang dans une soirée, la belle s’obstine à refuser et invoque des excuses douteuses.
Chen Minliang décide alors de ne pas forcer la marche et de construire des sentiments solides autour de sa nouvelle relation. Lorsque vient la nuit, l'homme prend la direction d’un célèbre piano bar pour y prendre un verre avec l’un de ses amis et parler de ce qui lui arrive en ce moment. Soudain, la pianiste qui joue en ces lieux subjugue Chen Minliang car elle ressemble à s’y méprendre à Wu Fang. Bien décidé à savoir, Chen Minliang l’interpelle afin de prendre contact et découvre que c’est bien Wu Fang. Cependant celle-ci ne semble pas le reconnaître et se fait appeler par un autre nom, Leng. Loin d’être bouche bé devant une telle situation, Chen Minliang joue un double jeu dangereux : le jour il discute avec Wu Fang, la nuit il bavarde avec la pianiste. Mais qui est véritablement cette dernière ? Et pourquoi est elle aussi une grande consommatrice de thé vert ?Tout ceci serait il un cercle vicieux ? …
Green Tea est un mystérieux objet cinématographique, tant il est facile d’y plonger et mais difficile d'en sortir, telle une drogue. Pourtant l’histoire se basait sur peu de choses : on ne connaît rien des antécédents des deux personnages principaux et on ne connaît que très peu leurs personnalités. Zhang Yuan nous propose ainsi une route vers l’inconnue, une voie vers ces
sentiments qu’on ne peut jamais calculé ou maîtrisé complètement. Le cinéaste nous laisse tout de même quelques indices pour ne pas perdre pied dans cette aventure sociale. Le thé vert, titre même du long métrage, est certainement l’une des clés de voûte de la structure narrative et joue le fil conducteur de l’œuvre. Il révèle la personnalité de Wu Fang mais aussi celle de son alter ego la pianiste. Dans cette confusion d’identité, Chen Minliang garde les pieds sur terre grâce à l’amour qu’il porte à Wu Fang.Peut il véritablement jouer le rôle du remède à cette disjonction sentimentale? Rien n’est sûr mais c'est pour lui l’occasion de prouver son attachement à cette femme. Magnifiquement interprété, Green Tea brille de son équipe d’acteurs, à savoi
r l’impérial Jiang Wen, l’un des acteurs préférés des chinois (et à juste titre), mais aussi Vicky Zhao qui joue une double partition superbe, intense, que l’on souhaiterait voir d’avantage chez la jeune comédienne. Elle excelle si bien dans les films d’auteurs chinois comme ceux de Huo Jianqi (霍建起) ou d’Ann Hui (许鞍华) qu’on a parfois un certain regret de ne pas la voir plus souvent dans ce genre là. Ce long métrage possède encore de nombreux atouts, notamment son imagerie autour des bars, des lieux de rencontres (merci Christopher Doyle) et n’oublions pas le thé vert, véritable institution en Chine.Zhang Yuan esquisse ainsi à la perfection le thème de la solitude sentimentale et celui de l’embuée mystérieuse autour de la double personnalité. Les interprétations sont nombreuses, les fins irrésolues : Green Tea est un petit bijou.
Damien Paccellieri


















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