samedi 3 février 2007

Eleven

Eleven de Zhang Lu, 2001
Court métrage

J’ai eu la chance de rencontrer à plusieurs reprises l’auteur de ce court métrage dont Luisa Prudentino en dit le plus grand bien, ce que je partage complètement. Connaissez vous Kim Ki-duk, un célèbre réalisateur coréen (Adresse Inconnue, Locataires, L’Arc) ? Et bien Zhang Lu semble en être l’atler ego chinois.


Pour s'en convaincre il suffit de comparer Grain In Ear aux premières oeuvres du cinéaste coréen.
Pourtant par ses plans fixes, Zhang Lu, qui a apprit ce métier sur le tas, semble être plus proche d’un certain Hou Hsiao-hsien. C’est donc un cinéaste à la croisée des chemins que nous découvrons avec Eleven. Nous suivons un enfant dont la seule et unique qualité pour les autres est d’être la cinquième roue du carrosse. Lorsque les enfants jouent au football, il est toujours celui qui va chercher les ballons perdus, qui regarde les autres jouer en attendant qu’une équipe l’appelle pour prendre place dans les buts. On ne le choisit pas pour ses qualités mais bien par défaut. Son père vivotant dans une petite maison d’un secteur minier ne défend absolument pas son fils.

Bien au contraire, il regarde cette part de désespoir avec une totale nonchalance.
L’enfant se punit alors lui-même en mettant un but contre son camp ce qui lui attire bien évidemment la foudre des autres joueurs. Cette haine et ce désespoir ne seront pas sans conséquences…

Dès les premiers instants du court métrage, on apprend tout de suite à reconnaître les rictus cinématographiques du réalisateur chinois aux or
igines coréennes. Cela commence par une scène sans image où seule la bande son véhicule son lot de sensation. En aparté, c’est typiquement le style de réalisateur qui vous laisse macérer dans votre imagination de longs moments afin d’en tirer profit par la suite. C’est aussi un cinéaste qui défend une certaine âpreté du cinéma tout comme une certaine sécheresse technique. Il n’est pas du genre à vous séduire par des images léchées, mais laisse simplement opérer la magie du cinéma. On voit donc bien dans cette approche un parallèle technique avec le géant du cinéma taiwanais où les plans éloignés fixent des instantanés à jamais oubliés.

Alors avec un tel talent sous le manteau, inutile de vous dire que le scénario, écrit de ses mains, bénéficie d’une habilité très intéressante où chaque petite idée peut se muer en grande réflexion sociale sur l’individu.
Soudain le titre Eleven nous rappelle que dans une partie de foot à 5 contre 5, l’enfant héros tient le titre du onzième, éternel remplaçant. Avec ceci Zhang Lu donne les signes avant coureurs d’un cinéaste sur lequel il faudra compter, sans parler de Hyazgar, son dernier bijou, présenté à Berlin cette année 2007. A suivre…

Damien Paccellieri

Publié par damien à 11:06

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