dimanche 14 janvier 2007

Spring Subway (开往春天的地铁)

Spring Subway de Zhang Yibai, 2002
Avec Xu Jinglei, Geng Le, Zhang Yang, Fan Wei

Réalisé par Zhang Yibai (张一白), Spring Subway a été récompensé aux Flowers Award (Chine) pour le prix de la meilleure actrice accordé à Xu Jinglei (徐静蕾).
Le long métrage dévoile les affres d’un couple au bord de la rupture pour cause d’usure. Jian Bin ne travaille plus et cache son inactivité à sa femme faisant mine d’aller au travail tous les matins. Chaque jour il met sa cravate, sa chemise, son costume et ses chaussures direction le métro. Mais il reste au sein de celui-ci et de ses couloirs escarpés pendant des heures pensant à d’inimaginables scénarii s’il disait la vérité à sa femme. Au premier abord, sa compagne, Xiao Hui, ne se doute de rien mais les problèmes d’argent les rattrapent. Elle sait alors son couple en péril.

Au début des sept années de mariage, elle vivait l’amour pleine d’espoir, d’ambition et de projets. Mais pluq le temps passait et plus les moments de lassitude se sont installés.


Comment lutter contre un mal qui frappe même le plus solide des amours ?
Pour ne pas plonger comme son mari dans le pessimisme et la tristesse, elle sort, se projette qu’elle peut encore donner une force salvatrice à leurs sentiments.

Mais elle aussi a un secret : elle rencontre inopinément depuis peu de temps un garçon gentil, affectueux, responsable d’un bar. En sa compagnie, elle est ivre de quiétudes et savoure chaques instants de ces moments éphémères. Pendant ce temps, son mari passe le plus clair de ses journées dans un métro débordant de sentiments alors qu'il s'en vide peu à peu. Il s’éloigne de sa femme et malgré son amour, se sent partagé entre son mensonge et le peu d’honneur qu'il lui reste.
Il fait alors la rencontre d’une femme victime d’un incendie, sérieusement blessé au visage et lui aussi reprend courage en sa présence.

Autant le dire d’entrée : Spring Subway est une perle du nouveau cinéma chinois. On pensait que Wong Kar-wai était le seul à pouvoir magnifier l’amour et sa lassitude. C’est chose fausse et prouvée par ce long métrage s’inscrivant comme l’un des plus beaux films asiatiques sur le couple, l’amour devenant absence et l’absence devenant le lien du renouvellement.
Rares sont les films qui se laissent aussi facilement approcher par les sentiments. Là où le réalisateur de 2046 fait preuve de mégalomanie en essayant toujours d’épater le spectateur par une surenchère visuelle, Zhang Yibai réussit volontairement à ne pas s’éloigner de la réalité et de la sobriété. La photographie tout aussi somptueuse que celle d’un Hou Hsiao Hsien, transpire de beauté et devient un fabuleux écrin pour le couple et ses difficultés sentimentales.

Tous les amoureux se son
t déjà posés ces questions : Que devient l’amour après tant d’années ? La passion de l’un pour l’autre perd elle de sa superbe au fil des ans ? Spring Subway y répond intelligemment en proposant un brillant développement scénaristique. Même s’il peut paraître un peu lourd et lassant comme le fort intérieur de ce couple, ce n’est que pour mieux ressentir la fêlure des deux amoureux. Chacun reprend sa vitalité sentimentale en côtoyant d’autres individus.

Un recul pour mieux maîtriser ses sentiments ?
Certainement, mais le danger de tomber dans les bras d’un autre en devient plus grand.
Reste les sentiments : assurément le mot résumant de ce long métrage. Qu’il soit sur les visages, dans le cœur, ou sur le corps, leurs silences sont absences et vice versa. Servit par une superbe imagerie comme l’appartement et sa baignoire, le métro et son ambiance, l’hôpital et son espace, le bar et ses souvenirs…ces lieux aussi magnifique qu’ils soient, sont associés à des références physiques auxquels le spectateur s’agrippe pour mieux comprendre le film.

L’ambiance et le peu de musique sont aussi des éléments fédérateurs : elles apportent leurs sensibilités et pallient le manque cruel de communication entre les deux âmes en mal d’affection.
Zhang Yibai se permet même d’interpeller directement le spectateur par des acteurs s'adressant directement à la caméra. Ce procédé évite d’intercaler des phases de transitions indigestes et de comprendre la pensée de chacun.Si l’on compte encore la magnifique interprétation de Xu Jinglei, jeune actrice en devenir en parfaite plénitude de joie et de tristesse, et celle de son mari, Geng Le tout aussi brillant et juste, on en arrive à un point culminant où seul l'illustre Wong Kar-wai avait réussit à nous enmener.

Spring Subway est donc une grande surprise dans le renouveau de la cinématographie chinois
e, appelé plus communément la nouvelle vague.
Une réflexion essentielle sur le couple, une excellente mise en scène, une imagerie renversante et des acteurs solaires.
Coup de cœur, Spring Subway est définitivement un film à se procurer d’urgence : une œuvre déterminante pour les nouveaux réalisateurs de la Chine continentale.

Damien Paccellieri

Publié par damien à 11:41

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