jeudi 18 janvier 2007

Pas un de moins (一个都不能少)

Pas Un de Moins de Zhang Yimou, 1999
Tourné avec des acteurs non professionnels


A la veille de ses films commerciaux comme The Curse of Golden Flower, il est réellement passionnant de se plonger dans les anciens longs métrages de Zhang Yimou (张艺谋) et de découvrir un cinéaste au double visage : celui d’un grand conteur social avec Vivre!, Epouses et Concubines ou Pas un de moins, et celui d’un aventurier chanceux (de manière lucrative) avec ses épopées
commerciales de Wu Xia Pan telles Hero et le Secret des Poignards Volants.
Ici place à la société chinoise d’aujourd’hui ou devrais je dire plus précisément celle de l’avant 2000, date de réalisation du long métrage.



En effet, Pas un de moi
ns (一个都不能少) nous invite à découvrir la passionnante et difficile vie d’une adolescente de 13 ans, Wei, dont le seul mérite fut d’être allé à l’école suffisamment longtemps pour se voir nommer institutrice remplaçante d’une école élémentaire. Pour ce faire, le chef du village et l’instituteur sur le départ lui présente sa classe composée d’enfants d’âges différents, premier indice révélateur de l’extrême pauvreté de certaines campagnes chinoises.

On lui présente notam
ment un élève en particulier, le jeune Zhang, sorte de schtroumpf farceur disposé 24h sur 24h à semer la zizanie au sein de la classe. Ainsi, bien que très remuant, Zhang est l’enfant d’une famille pauvre dans laquelle sa mère est dans l’incapacité de travailler.
L’enfant n’a donc pas d’autre choix de devenir temporairement le chef de famille et de migrer à la ville pour y trouver un emploi. Seulement, ne connaissant rien aux subtilités citadines, Zhang est victime de l’espièglerie des citoyens tandis que Wei avait promis à son instituteur, prématurément partit, de ne laisser aucun enfant hors de la portée bienfaitrice de l’école. Wei s’engage alors dans une recherche interminable afin de ramener Zhang à sa scolarité ...

On ne sait pas où se déroule géographiquement l’aventure humaine de Pas un de Moins mais on peut toutefois deviner qu’elle se déroule dans une région à proximité de Xi’an d’où est originaire Zhang Yimou.
En cette année de 1999, le cinéaste tente le pari fou d’employer uniquement des acteurs non professionnels, méthode déjà employé par Chen Kaige (陈凯歌) ou Tian Zhuangzhuang (田壮壮), afin d’accentuer d’avantages les émotions dégagées par les personnages.
Cette petite folie est toutefois un succès car les acteurs de cette épopée sociale nous transportent dans un voyage fascinant au cœur de la Chine, au cœur de sa pauvreté, au cœur de l’exode rurale et au cœur finalement des grandes richesses sociales du peuple.


Zhang Yimou commence par un développement du type documentaire pour évoquer l’existence d’une très grande misère au sein des régions les plus reculés de la Chine. Avec ces chants nationalistes comme seul soutien moral à cette disette, le cinéaste dresse le portrait d’une société à deux vitesses : d’un coté les grandes villes tel Pékin, Shanghai ou Canton et dans une moindre mesure Xi’an et de l’autre des contrées où le taux d’analphabétisation est grandiloquent tout autant que le manque à gagner des paysans.

Mais Zhang Yimou sait aussi caresser dans le sens du poil avec la formidable idée de communisme (au sens noble du terme) même dans les situations les plus désespérées.


Dans un deuxième temps, Pas un de Moins nous plonge au cœur même de la ville, à la recherche de Zhang, histoire de bien assimiler les différence entre village et zone urbaine afin d’y découvrir toute une manne de petits boulots pour les enfants où de nombreux paysans n’hésitent pas à envoyer leur progéniture pour quelques yuans.

Ce labyrinthe social piège le jeune Zhang et son institutrice. Elle qui ne connaît pas la ville, issue de la campagne profonde, elle ne perd pas espoir en la recherche de son élève, en employant toute une panoplie de méthodes et son plus grand courage. On y observe toutes les démarches individuelles entreprises dans un pays dont l’un des fondements réside dans la solidarité du peuple. Heureusement les médias, seul moyen efficace de trouver un garçon égaré, se penche sur cette disparition grâce à la persévérance de la jeune institutrice. Zhang Yimou ouvre ainsi une troisième perspective d’analyse sur le pouvoir des médias et sur le peu d’intérêts que portent ceux-ci sur les campagnes et généralement les régions de l’Est de la Chine, si ce n’est sur un ton culturel et folklorique enjoué à mille lieux de la réalité.
Attention tout de même : Zhang Yimou a bien changé depuis ses premiers films revendicatifs. En effet depuis Keep Cool, le cinéaste chinois courbe l’échine aux autorités chinoises. On se demande où est passé l’auteur d’Epouses et Concubines, Le Sorgho Rouge, ou bien encore Qiu Ju. Serait il mort avec ses œuvres ? La suite de ses longs métrages à savoir Happy Times, Hero et le Secret des Poignards Volants étayent amplement ce changement.

Peut être préfère t’il aujourd’hui être une icône du cinéma chinois pour son peuple plutôt que d’être un cinéaste militant ?


Dans le cas de Pas un de moins, le réalisateur fait passer les médias comme la bonne conscience de l’Etat, prêt à aider les désoeuvrés jusqu’à partir en pleine campagne pour y faire un reportage exceptionnel sur les paysans… non là, Mr Zhang, il y a quelques limites. Peut être n’avez vous pas regarder les informations télévisées à cette période là qui évitaient de médiatiser les moindres manifestations paysannes, les grands problèmes de pots de vin, ou bien même les relations tendues avec Taïwan qui demeurent toujours aujourd’hui.

Ainsi sur cette dernière phase Zhang Yimou vend sa carrière de cinéaste au diable de l’Etat chinois pour enfin entrer dans les rangs, même si il subsiste un excellent film en la demeure.

Damien Paccellieri

Publié par damien à 18:17

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