lundi 29 janvier 2007

La cité Interdite (满城尽带黄金甲)

La Cité Interdite de Zhang Yimou, 2006
Avec Gong Li, Chow Yun-Fat, Jay Chou, Liu Ye

Quand le Roi rentre chez lui de manière impromptue après une longue absence pour revoir sa femme et ses deux enfants, il comprend de suite que de nombreuses choses ont changé dans son royaume...

Après Riding Alone (千里走单骑), Zhang Yimou (张艺谋) revient à ce qu'il sait faire, car Zhang Yimou c'est d'abord la science de la démesure. Tout n'est que perpétuelle surenchère visuelle et numérique. Les armées sont monumentales, les décors très chargés et des plus chamarrés. Le réalisateur se donne ainsi les moyens de donner à son film beaucoup d'allure et une importance démesurée.

Il faut aimer le genre wu xia pian, d'autant plus que le long métrage se compose principalement de deux parties : d'un côté la mise en place de l'histoire, des personnages et de leurs relations (souvent licencieuses); de l'autre, la guerre. La première partie est lanscinante et très bavarde, la seconde met encore plus de temps à se forger. Mais que sont donc devenues les combats où la chorégraphie transcendaient les images (et finalement le contraire puisqu'avec Zhang Yimou on oublie tout devant ses belles images...) ? C'est vraiment dommage car c'était surtout là que résidait la force de ce genre de cinéma. On assiste donc à des vagues de soldats se foncer les unes sur les autres sans jamais atteindre la poésie et l'exhalation d'une des référeces en la matière à savoir le Seigneur des Anneaux (d'ailleurs comparer les films de Zhang Yimou à ce genre de long métrage montre bien l'aspiration du cinéaste à devenir le Spielberg chinois).

Néanmoins, cette d
émesure est accompagnée d'un travail visuel toujours aussi saisissant mais qui repose un peu sur les mêmes principes des précédents films du cinéaste. Donc oui, c'est beau, c'est de l'hystérie collective en matière de figurants, de couleurs, de décors, mais ce sont toujours le même genre d'artifices, les mêmes ficelles. A force d'avoir recours aux mêmes moyens, les images finissent par s'appauvrir de film en film, elle perdent leur dimension poétique et épique. Par ailleurs, on commence à s'habituer à la Chine médiévale, ce n'est pas donc dans ce film qu'on apprendra quoi que ce soit sur les mœurs et coutumes de l'époque. Ce qui est surtout gênant dans La Cité Interdite, c'est que l'on retrouve encore le côté très manichéen du récit. Déjà vu dans Hero (英雄) et Le Secret des Poignards Volants (十面埋伏) , il existe une vérité et une contre-vérité, il existe un bien et un mal, souvent traduits par des codes couleurs devenus quelque peu orthodoxe.

Cette floppée de wu xia pian devient de plus en plus fades et perdent la poésie qui devait se dégager de ces combats éthiques où le
bien et le mal ne sont finalement qu'une question de point de vue. Curieusement, le long-métrage de Zhang Yimou dérange aussi par sa tendance à produire de l'anachronisme, unir des éléments qui semblent en total contradiction avec l'époque. On veut bien croire aux milliers de serviteurs, aux armées aux proportions bibliques, aux gigantesques citadelles… Mais les décolletés pigeonnants, les couleurs disco, les lentilles de contact du roi, les coucheries totalement improbables, frise le ridicule pour un tel réalisateur.

Heureusement pour cacher quelque part cette disette scénaristique, Zhang Yimou se paie le luxe d'avoir une pléiade de star à commencer par l'immense Chow Yun-Fat (周润发). S'il est loin de forcer son talent et si son mandarin ressemble plus à de la phonétique qu'à autre chose, ses apparitions sont toujours exaltantes avec le gage d'une interprétation matinées par des années de métier. Pour lui donner la réplique, Gong Li (巩俐) abandonne les habits de geisha pour les très chargées parures d'impératrice. Aussi touchante que létale, son interprétation est en tout point remarquable. Enfin Jay Chou (周杰伦), gigantesque star de la chanson en Chine, souffre encore d'un certain amateurisme et d'un léger strabisme un tantinet gênant. Au final La Cité Interdite se révèle sans surprises. Le dernier long métrage de Zhang Yimou n'atteint jamais l'onirisme et la poésie que pourrait prodiguer ce genre de cinéma, d'autant plus qu'à aucun moment, l'histoire n'est à la hauteur du reste.

Un film calibré pour l'Occident en somme… le tout est de savoir combien de temps cela va durer ?
le trailer

Romain Domec

Publié par damien à 21:00

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