mardi 16 janvier 2007

Dazzling (花眼)

Dazzling de Lee Xin, 2002
Avec Wu Lala, Mei Ting, Xu Jinglei


Wu Gang,
un homme employé dans un cinéma regarde les spectateurs de sa salle obscure et imagine leurs vies amoureuses. Le soir dans un bar, il rencontre une femme et se donnent rendez vous dans un parc…Trouvera t’il lui aussi l’amour ? …

Lee (ou Li) Xin (李欣) réalise avec Dazzling (花眼) une véritable expérience cinématographique sur le traitement de l’image. Néanmoins elle ne parvient pas parfaitement à la juxtaposer à son scénario, donnant à ce long métrage hybride une superbe imagerie pour une insatisfaction narrative.Tout commence par un employé de cinéma, dont le travail consiste à valider les tickets d’entrées et à trouver des places aux spectateurs lorsque la salle est comble.

Lorsqu’il était enfant, il regarda trop longtemps le soleil et cela diminua son acuité visuelle, brûlant sa rétine.
Depuis, il a toujours cru que le ciel observait ce que les hommes faisaient. Des anges seraient même les spectateurs de nos vies humaines…

Il observe dans sa salle de cinéma les spectateurs les yeux rivés sur l’écran, pour imaginer leurs vies sentimentales, leurs rencontres amoureuses et leurs vies futures. En s’éternisant sur trois spectateurs, il semble capable de lire dans leurs yeux leurs traits de caractères, leurs envies mais aussi leurs qualités et leurs défauts. Pensant, telle une fiction, la vie que chacun pourrait avoir, il commence à perdre les repères de sa propre vie. Pour lui, chaque spectateur a une relation amoureuse singulière. L’un est amouraché à une femme, laquelle ne veut pas se marier avec lui, l’autre a, au contraire, toutes les difficultés à séduire une fille de son université, enfin une femme n’a pas encore trouvé son idéal amoureux, mais part à l’aventure dans une forêt…
Dans le même temps, Wu Gang fait la rencontre d’une femme assez particulière dans un bar concert. Les deux tourtereaux se donnent rendez vous dans un parc mais elle ne vient pas.

Il reste alors dans cet espace vert afin de à penser à tous ces amours imaginaires et à ses propres sentiments….

En voilà un film d’auteur chinois innovant et singulier !
Dazzling a tout pour plaire aux amateurs de films expérimentaux et psychologiques bénéficiant d’une mise en image soignée et esthétique. Il est difficile de faire le portrait de ce long métrage tant sa complexité narrative, scénaristique et son visuel inventif, voir fantasmagorique fournissent un ensemble assurément cossu et fouillie.
En effet Dazzling ou « Eblouissant » si l’on traduit du chinois, est incroyablement dense mais ne possède pas à son actif, une trame ou une ligne de conduite satisfaisante pour supporter un tel poids narratif. L’esthétisme apporté par la réalisatrice est simplement époustouflant. On passe par de longs plans séquences, des interludes en forme de story-board, des scènes furieuses sous ecstasy. Les soins donnés aux décors et aux personnages sont parfaitement en adéquation avec les techniques utilisées.
On y trouve un cinéma obscur, des anges éphémères, des premiers rôles atypiques, des lieux superbes… : bref, nos rétines sont subjugués par tant de folies et de beautés.Mais une ombre pointe dans toutes ces lumières élogieuses. En effet, le développement aurait été nettement plus efficace et compréhensible si Lee Xin avait adopté dès le départ des idées biens plus concises sur son développement au lieu d’en faire volontairement un épais brouillard entre l’imaginaire de l’employé de cinéma et la réalité découlant de celle-ci. On baigne donc parfois dans une courte incompréhension où l’on rame sérieusement pour recoller au présent des faits.

Le plus intéressant réside tout de même dans la création d’un propre univers au film. Tant d’éléments particuliers ne sont identifiables qu’à Dazzling: de vrais moments amplis de lyrisme venant à point nommé dans ce long métrage caractérisé par la présence des anges et de leurs visions monochrome.

La prestance des acteurs est carrément relayée au second plan, comme gommée par la réalisatrice. Il y a tout de même Xu Jinglei (徐静蕾) ; déjà présente dans Spring Subway qui campe le rôle d’une randonneuse partant dans les bois à la recherche de l’âme sœur. Sa présence, faite de silence et de nonchalance change de ses performances habituelles. Les autres acteurs comme Wu Lala sont loin d’être remarquables et remarqués, si ce n’est les deux anges, deux comédiens souvent présent dans de nombreux films exécrables, qui ici sans prononcer un seul mot, imposent leur étrange présence.

Ce long métrage se
laisse bercer dans une belle musique planante, transcendante, tels les bandes originales composées par le taiwanais Lim Giong (mise en place par Wu Lala avec des compositions de Dou Wei et Xiao Min). Une ambiance en parfaite osmose avec le long métrage.

Ainsi Dazzling est une œuvre loin du conformisme habituel, basé sur l’imaginaire d’une personne et de ses questions sur l’Amour. D’un esthétisme rare, on se demande même si Lee Xin n’en fait pas trop. Heureusement ce trop plein compense son manque de rigueur dans le scénario, avec des phases complexes, trop rapidement assimilées par un spectateur déjà ébahit par les images.

A la fin de la projection, on en arrive à une conclusion :
Quoiqu’il en est sur la complexité du film, l’expérience Dazzling se doit d’être vécu.

Damien Paccellieri

Publié par damien à 14:31

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