mardi 23 janvier 2007
Chine ma douleur (牛棚)
Chine Ma Douleur de Dai Sijie, 1989Tourné avec des acteurs non profesionnels
Tian Bien, un jeune adolescent de 13 ans, est envoyé en camp de rééducation après avoir passé sur son tourne disque une chanson interdite par les autorités de l’époque…
« La révolution culturelle est une révolution qui servira les hommes ». C’est ainsi que s’ouvre le film contesté Chine Ma Douleur de Dai Sijie (戴思杰), œuvre du plus français des cinéastes chinois. Le long métrage nous conte la vie de Tian Bien, un jeune garçon de 13 ans dans les années de la révolution culturelle, qui pour séduire sa jeune voisine met sur son tourne disque une vieille chanson d’amour.
Pour avoir passé cet ancien vinyle, Tian Bien est condamné à une autocritique sur place publique et à un long séjour en camp de rééducation, appelé « Niu Peng (牛棚) » (en français : la cabane du bœuf).
Envoyé dans une région montagneuse et peu peuplée, Tian Bien retrouve d’autres condamnés qui comme lui ont commis des actes considérés comme anti-révolutionnaire par le pouvoir en place. Toutes ces personnes tombent sous la responsabilité d’un seul chef et sont immédiatement appelés à mettre un cône en papier sur la tête afin de leur remémorer à chaque instant leurs imbécillités et par la même occasion les déshonorer. Dans ce camp où il n’y a ni gardien ni soldat, juste des rééduqués en autarcie, la vie passe se meublant d’une inutilité sociale impensable jusqu’alors.
Des chants le matin pour le vénérable président Mao, à quelques tâches usuelles exécutés sans motivations, Tian Bien subit la plus terrible des injustices. De sa famille, il n’en reste plus rien : son père est mort, sa mère est partie elle aussi se faire rééduquer. Heureusement un vieux moine taoïste prend le relais familial et assure un contact social avec le jeune adolescent. Ce vieil individu intrigue Tian Ben car il passe ses journées sur les collines à prier et à s’occuper des pigeons présents dans les hauteurs.
Une certaine solidarité s’installe entre ces deux êtres singuliers et plus généralement entre tous les rééduqués du camp. Mais un jour, Tian Bien tombe gravement mala
de. Heureusement le vieux moine se trouve à ses côtés. Personne ne semble s’intéresser au sort de Tian Bien car chacun fait face à ses propres problèmes. Cependant le vieil homme ne perd pas un seul instant pour partir en forêt afin de trouver les herbes médicinales nécessaires pour guérir le pauvre adolescent. Il lui prépare une mixture qui le soignera peu à peu de sa maladie.Pourtant les problèmes ne s’arrêtent pas là puisque le camp n’est pas propice à une alimentation correcte.
Tian Bien, en pleine forme depuis ses déboires de santé, est désigné avec l’un de ses jeunes collègues de camp pour chercher dans la ville la plus proche les aliments nécessaires au bon fonctionnement du camp. L’ami de Tian Bien n’hésite pas à profiter de cette sortie pour se goinfrer de raviolis, de mets délicieux qui ne sont pas disponibles dans leur refuge pour rééduqués. Il se remplit la pense sans jamais s’arrêter, les yeux plus grand que le ventre. Et comme la grenouille voulait être aussi grosse que le bœuf, son corps ne supporta pas cette suralimentation à la source d’un malaise mortel…
Dai Sijie réalise avec Chi
ne Ma Douleur une œuvre critique des aspects sociaux les plus effroyables de la révolution culturelle chinoise de 1966 à 1976. Par une mise en scène très effacée, le cinéaste démontre la stupidité d’une période échelonné sur dix années. A partir d’ un décor français du Sud Ouest, Dai Sijie s’est réinventé un décor naturiste tel ce qui peut être trouvé dans le Sichuan. D’ailleurs pour les touristes vous pouvez encore aujourd’hui vister le repère qui a servit de camp pour le film.Le premier élément historique étonnant de ce long métrage voit le jour dans la complète autonomie d’un camp de rééduqués. En effet, il y a juste la présence d’un superviseur qui chapeaute l’ensemble des tâches et du lieu. Autrement, personne ne surveille les rééduqués. C’est ainsi que les camps ne ressemblent pas à des prisons comme on les connaît mais plutôt à des prisons mentales où les individus perdent leurs temps et se désociabilisent au lieu même d’en garder une trace idéologique communiste.
Mais alors pourquoi personne ne tente l’évasion? Peut être simplement parce que la peur jugule cette envie ou peut être aussi parce que le camp est loin de toutes habitations. Malgré la très grande passivité des rééduqués, il subsiste en chacun d’eux une grande violence intérieure impossible à exprimer si ce n’est dans des actes déchaînés. Dai Sijie parfait son œuvre par son équipe d’acteurs non professionnels qui n’ont pour la plupart jamais vu la Chine et sont tout juste des français d’origine asiatique. C’est d’ailleurs ce choix qui pose une certaine ambiguïté car la langue la plus couramment parlé dans le film est le cantonnais alors qu’elle devrait être le mandarin à la vue des lieux géographiques et des informations données par le réalisateur.
On peut penser aussi que Chine Ma Douleur est une sorte de préalable et de chantier d’essai à son autre film, Balzac et la Petite Tailleuse Chinoise (巴尔扎克和小裁缝), puisque de nombreuses scènes servent de référentiels. On se souviendra du binoclard
mais aussi de la fameuse chansonnette « Mozart pense à Mao ». Chine Ma Douleur est donc une œuvre charnière pour la compréhension de cette période encore sulfureuse dans le cœur des chinois. Ses réflexions, notamment avec la scène où une troupe d’artiste de propagande croît divertir des paysans alors que ce sont des rééduqués, évoque la puissance destructrice de ces années folles, véritable précarité sociale et intellectuelle infligées aux chinois.Damien Paccellieri


















Lire ou
<<< Revenir à la page d'accueilEnregistrer un commentaire